Analyses et points de vue
Les tireurs de ficelles du conflit Sambia-Akuwa : un conflit qui ne doit rien au hasard
Le conflit entre les villages de Sambia (territoire de Dungu) et Akuwa (territoire de Faradje) dans le Haut-Uélé n’est pas une simple querelle foncière. Derrière les affrontements sanglants, les maisons incendiées et les milliers de déplacés, se cachent des manipulateurs invisibles – des acteurs politiques locaux qui instrumentalisent les tensions pour servir des ambitions électoralistes et des calculs géostratégiques.
Pire encore, alors que la province s’enfonce dans la violence, deux figures-clés – le vice-gouverneur Honorable Dara Matata Christophe et le président de l’Assemblée provinciale du Haut-Uélé, Honorable Zamba Ndezu Justin – persistent dans un silence assourdissant qui alimente les flammes de la violence. Pourquoi ? Parce que leur mutisme n’est pas une absence, mais serait une stratégie.
Les affrontements entre Sambia et Akuwa ne datent pas d’hier. Depuis des mois, des tensions latentes opposent les communautés Zande et Logo, notamment autour du centre commercial de Sambia, un enjeu économique majeur. Mais ce qui aurait pu être réglé par des experts en démarcation territoriale a été sciemment exacerbé par une violence méticuleusement entretenue.
Au mois de janvier 2025, il y a eu trois morts, des habitations réduites en cendres, des milliers de déplacés. La société civile n’a cessé d’alerter les autorités provinciales, mais rien n’est fait. Ce qui étonne, c’est le fait qu’il y a des rebondissements cycliques. Dès qu’une accalmie semble poindre, de nouveaux incidents éclatent. Comme si une main invisible relançait systématiquement les hostilités.
Selon des sources locales, des réunions secrètes et stratégiques se tiendraient régulièrement à Faradje, sous l’égide des deux hauts responsables précités dans la cité de Faradje, mais aussi le chef-lieu du territoire qui porte le même nom. Qui en seraient les participants ? Des acteurs politiques, des chefs locaux, et des éléments soupçonnés d’organiser des expéditions punitives vers Sambia.
L’objectif serait de maintenir une instabilité contrôlée, utile pour mobiliser des soutiens en vue des prochaines échéances électorales. Les preuves sont difficiles à obtenir dans ce dossier, car ces réunions bénéficient d’une protection institutionnelle. Mais comme le dit un adage judiciaire : « Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » Ici, toute la population pointerait le jeu trouble de ces autorités.
La question est simple : à qui profite le crime ? En maintenant la région troublée en ébullition, certains politiciens se poseraient en sauveurs indispensables, capables de ramener l’ordre à condition d’être réélus. Lélectoralisme serait donc le carburant de toute cette violence. Le silence complice des autorités provinciales, dont celui particulièrement abasourdissant de l’homme de Bambesa, serait une stratégie.
La coalition de Gombe, alliée aux élus de Faradje dans la coalition au pouvoir provincial, aurait tout intérêt à déstabiliser le Haut-Uélé pour affaiblir les adversaires politiques et justifier un renforcement sécuritaire sous leur contrôle. Rappelons que le chef rebelle Corneille Nangaa Yobeluo est originaire de Wamba dans le Haut-Uélé. Or, une insécurité persistante lui offre un terreau fertile pour recruter (le cas de Timothée Kamanga) et justifier sa présence.
Coïncidence ? Pas quand des rumeurs évoquent des liens discrets entre certains élus et les pantins sous ordre des rwandais à Goma. La population du Haut-Uélé est face à un mutisme qui parle trop fort. Pourquoi Dara Matata Christophe et Zamba Ndezu Justin ne condamnent-ils pas publiquement ces violences ? Par incompétence crasse ? C’est peu crédible, car ils ont les moyens d’agir. Par complicité passive ?
Ils laisseraint faire, car le chaos sert leurs intérêts. Serait-ce à cause d’une implication active ? Ils orchestreraient dans ce cas les tensions en coulisses. La sécurité serait renforcée dans la zone mais pour qui ? D’après nos sources, le gouvernement provincial a bien déployé des forces de sécurité mais celles-ci semblent davantage protéger les instigateurs et expéditionnaires que les civils.
Pendant ce temps, les enquêtes judiciaires piétinent, et personne n’est tenu pour responsable. Il faut briser l’omerta et punir les manipulateurs. Il est temps d’exiger des comptes. Une enquête indépendante doit être ouverte sur les réunions secrètes de Faradje pour sanctionner les tireurs de ficelles comme l’a promis le président Félix Tshisekedi, les politiciens qui attisent les conflits doivent être poursuivis, immunité ou non.
Il faut démilitariser le discours politique dans le Haut-Uélé. Il faut un regard particulier sur les terroristes du clavier et la meute numérisée insultocratique Bakomitonienne qui attisent la haine dans les forums de la province. Les élus doivent cesser de voir les conflits communautaires comme des leviers électoraux. La population du Haut-Uélé mérite mieux que des jeux de pouvoir sanglants.
Si rien n’est fait, Sambia et Akuwa ne seront que les premières étapes d’une stratégie de tension bien plus vaste. Et cette fois, les morts ne seront plus des « dommages collatéraux », mais des victimes d’un système pourri jusqu’à la moelle. Quand les innocents meurent, les coupables ne sont jamais ceux que l’on croit. Que les autorités prennent enfin toutes les mesures pour imposer la paix dans cette region.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique
C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.
Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.
La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.
C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.
Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
