Analyses et points de vue
Les douze apôtres de l’Apocalypse : l’Union Sacrée nous offre son casting pour la fin des temps parlementaires
Quand le navire parlementaire prend l’eau de toutes parts, que les sirènes hurlent et que l’on aperçoit les icebergs à l’horizon, que font les responsables en première ligne ? Ils organisent un concours de celui qui aura la plus belle ceinture de sauvetage. C’est à peu près le sentiment qui se dégage du communiqué de l’Union Sacrée pour la Nation, porté par la plume de son Secrétaire Permanent, André Mbata Mangu.
C’est avec une solennité tragique que le peuple Congolais découvre les douze personnalités chargées d’assouvir leurs propres ambitions démesurées. On se serait plutôt cru devant la bande-annonce d’un film catastrophe, “Les 12 Apôtres de l’Apocalypse parlementaire”, une production 100% congolaise où l’inconscience se dispute à l’ambition personnelle pendant que l’Est du pays est en proie aux flammes.
Depuis janvier 2025, l’occupation rwandaise se consolide avec un cynisme affligeant et que l’ombre de la balkanisation s’allonge chaque jour un peu plus sur nos frontières, l’urgence, paraît-il, était de constituer un comité. Non pas un comité de crise, mais ce qui ressemble furieusement à un comité des festivités de la dernière chance. Boji Sangara Aimé, Dunia Mangu Mangu Doudou, Kalumba Yuma Jean-Marie, Matata Makalamba Patrick et les autres.
La liste est si parfaite qu’on se demande si elle n’a pas été dressée par les ennemis de la nation eux-mêmes. Quel meilleur cadeau pourrait-on leur faire qu’une équipe si habilement choisie pour incarner le statu quo, les rivalités intestines et les ambitions démesurées ? C’est de notre point de vue le sommet de l’irresponsabilité politique. C’est d’une telle mauvaise foi que l’on se pose des questions sur l’élite congolaise.
Il faut avoir un sens de l’humour particulièrement développé, ou une indifférence totale au drame qui se joue, pour imaginer que l’heure est à la comédie. Comment peut-on présenter une telle brochette de personnalités sans consistance à un moment où le pays a besoin de politiques aguerris et de soldats. Un apôtre, rappelons-le, est un messager, celui qui porte une bonne nouvelle. Laquelle ?
Posons-nous la question si un jour une seule bonne nouvelle est déjà sortie de ce Parlement depuis qu’il existe ? Quel projet législatif portent ces “ambitieux de Lingwala”? Que la fin des aventures de Paul Kagame sur nos terres est proche et qu’il ne faut pas se résigner ? Le choix du terme “Apocalypse” est d’une justesse sinistre et volontaire. L’Apocalypse, dans l’imaginaire collectif, c’est la destruction, la fin du monde.
Le communiqué en lui-même est un chef-d’œuvre de déconnexion. Il sent la poussière des bureaux, le renfermé des couloirs du pouvoir où l’on s’agite pour des postes, des titres et une place au soleil des prébendes, tandis que dehors, le pays brûle. On imagine aisément les tractations, les marchandages, les promesses et les menaces qui ont dû précéder l’établissement de cette liste par le tout puissant Secrétaire Permanent.
Le rêve de leur vie face au cauchemar de la Nation
Ces douze personnalités sont décrites par des observateurs comme “inconscientes et ambitieuses pour elles-mêmes”. En d’autres termes, ils réalisent le rêve de leur vie – accéder à un cercle très restreint du pouvoir – sur les ruines fumantes de l’unité nationale. Chaque nom est probablement le fruit d’un équilibre précaire entre clans, un calcul politicien qui n’a que faire de la compétence, de l’intégrité ou de l’urgence nationale.
Pendant que des familles fuient les violences, que des enfants meurent et que la souveraineté de la RDC est bafouée, leur plus grande préoccupation semble être de décrocher leur ticket pour le train de l’Histoire, même si ce train est un train fantôme qui se dirige droit vers un précipice. Que peuvent bien avoir à proposer MM. Kamundu Batundi Didier, Mbindule Mitono Crispin, Mayo Mambeke Jean Baudouin ou Saidi Balikwisha Emil qui n’ait déjà été tenté ?
Leurs noms résonnent comme un écho d’un passé récent, fait de promesses non tenues et d’occasions manquées. S’agit-il de recycler les mêmes visages en espérant un résultat différent ? Si oui, alors la définition même de la folie – refaire la même chose en attendant un résultat différent – s’applique parfaitement à cette Union dite “Sacrée” qui fait tout son possible pour compliquer le travail de l’exécutif.
La comédie est tragique
Le peuple congolais, lui, n’est pas dupe. Il voit dans cette mascarade des “douze apôtres” le dernier acte d’une classe politique en perte de vitesse et en manque criant de légitimité. Cette annonce n’est pas un plan de sauvetage ; c’est une épitaphe, écrite à l’avance, pour un pays qu’on a abandonné à son sort. La véritable apocalypse, ce n’est pas seulement l’occupation étrangère – aussi grave soit-elle – c’est aussi l’effondrement moral et politique de ceux qui sont censés diriger.
C’est cette capacité à danser sur le pont du Titanic en se disputant les cabines de première classe. Les noms de Willy Mishiki Buhini, Mboso N’kodia Pwanga Christophe, Mulamba Mputu Simon et Mwanza Hamissi Singoma seront peut-être dans les livres d’histoire, mais pas comme des sauveurs. Ils y figureront comme le symbole ultime de l’irresponsabilité, les apôtres d’une fin parlementaire annoncée, choisis par une Union qui n’a de sacré que le nom, et qui a trahi la Nation jusqu’à la moelle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Le député Jacques Djoli brandit Tocqueville : la souveraineté populaire foudroie l’imposture
L’Honorable Jacques Djoli Eseng’Ekeli n’a pas seulement démenti une rumeur : il a donné une magistrale leçon de grandeur. Par un tweet lapidaire convoquant la science, le Rapporteur de l’Assemblée nationale a refusé de descendre dans l’arène fangeuse où certains voulaient l’attirer. Il a choisi la verticale. Face à la manœuvre odieuse qui lui prêtait des propos imaginaires, il ne s’est pas justifié.
Il a surplombé, avec l’autorité souveraine de celui qui manie le droit comme on manie le glaive. Un silence calculé, puis une annonce : l’heure de la vérité sonnera, et elle sera sans appel. Car la riposte, c’est à Tocqueville qu’il la confie, élevant soudain le débat à des hauteurs où la calomnie ne peut plus respirer. Aux “chercheurs du Buzz” qui alimentent l’infamie, il assène la pensée centrale de l’article 5 de la Constitution.
Celle qui brûle toutes les impostures : “Au-dessus de toutes les institutions et en dehors de toutes les formes réside un pouvoir souverain : celui du peuple, qui les détruit ou les modifie à son gré.” Ce n’est plus un tweet, c’est un manifeste. Le pouvoir créateur, le pouvoir constituant originaire, est par essence illimité, inconditionné, indomptable. Placé au-delà des pouvoirs institués (simples créatures ), il détient la faculté sublime de tout refonder.
La faculté de briser les cadres établis et de redessiner, dans sa majesté absolue, le pacte national tout entier. Voilà la souveraineté populaire dans sa vérité nue, que le Professeur Jacques Djoli brandit comme une torche dans la nuit des manigances. Ainsi, en deux phrases et une citation, l’honorable rapporteur vient d’offrir à la nation congolaise bien plus qu’un rétablissement des faits : il lui restitue la puissance de son propre destin.
Là où les manœuvriers espéraient l’enfermer dans une polémique stérile, il leur oppose le granit des principes, rappelant que le peuple est le seul maître, le seul architecte, le seul juge. Par cette riposte éclatante, où Tocqueville éclaire le chemin de la RD Congo, Jacques Djoli Eseng’Ekeli lave son honneur sans une once d’aigreur, et du même geste réarme la démocratie avec une force conceptuelle rare. La calomnie n’a pas été vaincue : elle a été dissoute, dans la lumière d’une vérité plus haute. Magistral.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
