Politique
Les coulisses du pouvoir en RDC : Vital Kamerhe en maître du jeu politique post-investiture de Félix Tshisekedi
Dès les premiers instants de l’investiture de Félix Tshisekedi pour un deuxième mandat, les regards se sont tournés vers l’avenir politique de la République Démocratique du Congo. En coulisses, les grandes manœuvres pour l’échéance de 2028 ont déjà commencé, avec Vital Kamerhe, fin politicien aguerri, prenant les rênes du jeu politique.
Il est clair pour tous que l’avenir politique du pays se jouera en très grande partie au parlement, et le président de l’assemblée natioanle Vital Kamerhe entend bien en être le maître incontesté. Sa montée en puissance suscite des interrogations et des spéculations quant à son rôle essentiel dans les décisions à venir, notamment en ce qui concerne le sort de Félix Tshisekedi.
Les rumeurs vont bon train sur la possibilité d’un troisième mandat présidentiel pour Tshisekedi qui serait lié à la révision constitutionnelle, et il semble que ce soit Vital Kamerhe qui détienne la clé de cette éventualité. Il serait prêt à dicter les termes d’un éventuel maintien au pouvoir du président en exercice ou à trahir l’alliance nouée à Nairobi qui les porta au pouvoir en décembre 2018.
Ce qui semblait être initialement des rivalités politiques et des ambitions contrariées avec l’émergence de Judith Suminwa Tuluka comme Première Ministre se révèle être une toile bien plus complexe et stratégique. Les prochains mois promettent d’être le théâtre d’une guerre feutrée entre les différents acteurs politiques, avec en ligne de mire une révision constitutionnelle.
Ce qui pourrait bien marquer un tournant décisif dans l’histoire politique de la RDC et d’après les rumeurs signer le grand retour de l’ancien Président Joseph Kabila dans l’arène politique. Cette lutte d’influences et de pouvoirs, orchestrée en coulisses, laisse présager un avenir politique tumultueux pour le pays, avec la perspective d’un possible divorce annoncé entre les différents acteurs politiques.
La question de la révision constitutionnelle apparaît comme le point de non-retour, ouvrant la voie à une nouvelle ère politique marquée par l’incertitude et les tensions. Dans ce contexte où les alliances se font et se défont, où les intérêts personnels et politiques s’entremêlent, il apparaît clairement que Vital Kamerhe se positionne en tant que figure incontournable du jeu politique congolais post-investiture de Félix Tshisekedi.
Son rôle de stratège à la tête du parlement et d’homme fort des coulisses promet de façonner de manière significative le paysage politique de la RDC dans les années à venir, laissant entrevoir des bouleversements majeurs et des confrontations inévitables. Qui l’aurait cru ? Celui qui a été humilié publiquement lors du procès dit « de 100 jours » sera peut-être l’arbitre de l’avenir de son bourreau.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Politique
Guillaume Ngefa Atondoko : l’inflexible gardien du Droit au service de la Justice du Peuple
Il est des nominations qui sonnent comme des professions de foi. Celle de Guillaume Ngefa Atondoko au poste de Ministre d’État, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, le 8 août 2025, est de celles qui redonnent espoir à tout un peuple en quête d’équité. Rares sont les personnalités dont le pedigree international et le courage personnel forcent autant le respect.
Ce juriste chevronné, diplômé de Columbia University et de l’Institut des droits de l’homme de Strasbourg, n’a pas attendu les ors de la République pour servir son pays. Dès les années 1990, alors que la dictature zaïroise étouffait toute velléité de liberté, il cofondait l’AZADHO (devenue ASADHO), bravant menaces et tentatives d’assassinat pour documenter les exactions. Son parcours à l’ONU, où il a piloté la Division des droits de l’homme de la MINUSMA au Mali avant d’en être expulsé pour son intransigeance, puis dirigé l’Examen Périodique Universel à Genève, a forgé en lui une cuirasse d’intégrité.
Aujourd’hui, c’est avec cette même intransigeance morale qu’il a accepté de relever le défi le plus périlleux de sa carrière : restaurer la foi des Congolais en leur justice. Conscient de l’immensité de la tâche dans un système judiciaire miné par la corruption et la lenteur, Guillaume Ngefa n’a pas perdu une minute pour poser les jalons de son ambitieux projet réformateur. Son action s’articule autour d’une vision claire : une justice de proximité, digitalisée et surtout indépendante.
Parmi ses premières initiatives marquantes, on note le renforcement immédiat de la coopération avec la MONUSCO pour l’humanisation du système pénitentiaire congolais, un dossier brûlant tant les conditions de détention sont souvent indignes. En recevant Patience Saï et en relançant les travaux du groupe technique sur la stratégie pénitentiaire, il a démontré que la modernisation des infrastructures carcérales et la protection des détenus, en particulier les femmes, figuraient au sommet de ses priorités.
Parallèlement, il travaille à la digitalisation de la chaîne judiciaire et à la réforme de la formation des magistrats, avec l’ambition affichée de faire de l’École de magistrature un creuset d’excellence éthique et non plus un simple lieu de passage. Mais au-delà des réformes techniques, c’est la dimension profondément humaine et politique de sa mission qui impressionne. Nommé dans un contexte de crise de légitimité suite aux affaires ayant éclaboussé son prédécesseur, il incarne un “pari risqué” sur l’éthique. Pourtant, cet homme qui a documenté les massacres des années 1990 et survécu à l’exil forcé sous Laurent-Désiré Kabila, aborde cette nouvelle bataille avec la sérénité des vétérans.
S’il se définit comme le “ministre du peuple”, c’est parce qu’il sait que la justice ne se décrète pas d’en haut ; elle se vit au quotidien dans les villages reculés et les quartiers populaires. En posant la première pierre d’une justice de proximité et en s’attaquant frontalement aux interférences politiques, Guillaume Ngefa Atondoko ne cherche pas à être populaire, mais à être utile. Et c’est précisément dans cette quête d’une justice intègre et souveraine que réside tout l’espoir d’un État de droit véritable en République Démocratique du Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
