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Coopération

Le retour foudroyant de la RDC sur la scène mondiale : double victoire diplomatique

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La double victoire diplomatique de la RDC : Vice-Présidence de l’ONU et siège au Conseil de sécurité – Est-ce un nouvel ordre africain ? En l’espace de 48 heures, la RDC a opéré un coup de maître diplomatique historique. Élue vice-présidente de la 80e Assemblée générale des Nations Unies le 2 juin 2025, puis membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2026-2027 avec 183 voix sur 187 votants le 3 juin.

Le pays s’impose comme le nouveau porte-drapeau de l’Afrique dans les arènes internationales. Cette double victoire, orchestrée sous le leadership du président Félix Tshisekedi, marque bien plus qu’une simple reconnaissance symbolique. Elle consacre le retour fracassant d’un géant africain après trois décennies d’absence dans les instances décisionnelles mondiales.

Mais au-delà des applaudissements, que signifient réellement ces postes pour la RDC, l’Afrique et l’équilibre géopolitique mondial ? La Vice-Présidence de l’Assemblée générale de l’ONU est une tribune pour l’Afrique. C’est un formidable levier stratégique pour amplifier la voix congolaise. Cette élection de la RDC comme vice-présidente de l’AG de l’ONU n’est pas une simple formalité protocolaire.

Ce poste offre un accès direct aux négociations clés (paix, climat, développement) aux côtés des grandes puissances, une influence sur l’agenda onusien, notamment dans la désignation du prochain Secrétaire général, alors qu’António Guterres achève son mandat et une légitimité renforcée pour porter les combats africains : conflits armés, exploitation illégale des ressources, justice climatique.

Cette victoire intervient dans un timing parfait, à la veille de l’élection au Conseil de sécurité, quelques jours seulement avant le vote décisif, renforçant la crédibilité de la RDC comme acteur incontournable. Kinshasa a su jouer de son héritage diplomatique (sièges en 1982-1983 et 1990-1991) et de son engagement chronique et constant récemment renouvelé en faveur du multilatéralisme.

Le siège au Conseil de sécurité est un pouvoir de décision inédit, une reconnaissance des efforts congolais en matière de paix. La RDC, malgré ses défis internes (conflits dans l’Est, crise humanitaire), a été élue avec un soutien massif (183 voix). Cette légitimité repose sur son rôle dans la stabilisation régionale, malgré l’offensive du RDF/M23 et son plaidoyer pour des solutions africaines, via les processus de Luanda et Nairobi.

Son expérience unique en maintien de la paix, ayant accueilli pendant des décennies la MONUSCO offre un impact immédiat sur la lutte contre l’impunité au Rwanda. Dès son entrée en 2026, la RDC pourra pousser pour des sanctions ciblées contre les commanditaires rwandais du RDF/M23. Exiger un embargo sur les minerais pillés (coltan, or) exportés frauduleusement via Kigali.

Revendiquer un siège africain permanent au Conseil, en lien avec la réforme de l’ONU. Le leadership de Félix Tshisekedi, de Kayikwamba Wagner et Patrick Muyaya qui ont mené dans une remarquable synchronisation une diplomatie offensive doublée d’une maîtrise parfaite de la communication ont produit ce résultat inédit. C’est la stratégie gagnante du Président Tshisekedi qui est récompensée.

Depuis 2019, Félix Tshisekedi a fait de la diplomatie un pilier de sa gouvernance : repositionnement multilatéral (UA, SADC, ONU), mobilisation des alliés africains pour obtenir un large soutien, utilisation des crises comme leviers (l’agression rwandaise a renforcé la sympathie internationale envers la RDC). Patrick Muyaya Katembwe et Thérèse Kayikwamba Wagner sont les architectes de ce succès.

Les ministres de la Communication et Médias, Porte-parole du gouvernement et des Affaires étrangères ont mené une campagne acharnée, marquée par un discours ferme à l’ONU relayé sur toutes les plateformes numériques, dénonçant l’inaction face au Rwanda. Une habile diplomatie de lobbying, notamment auprès de l’Union Africaine et de la SADC mais aussi dans les grands médias internationaux.

Avec une vision claire : faire de la RDC un hub communicationnel et diplomatique central où l’accès à toutes les informations certifiées est libre et disponible. Les défis à relever sont énormes. Sur le plan International, il faut maintenir l’unité africaine face aux divisions sur les crises (Rwanda, Sahel) et éviter l’instrumentalisation par les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie).

Sur le plan national, il faut résoudre la crise dans l’Est pour crédibiliser son mandat au Conseil de sécurité et lutter contre la corruption pour incarner une gouvernance irréprochable. La RDC, serait-elle la nouvelle puissance diplomatique africaine ? Cette double victoire n’est pas une fin en soi, mais le début d’une nouvelle ère. La RDC a désormais les outils pour peser sur les décisions mondiales.

Soit elle devient le porte-voix d’une Afrique unie, exigeant le respect de sa souveraineté et de ses ressources. Soit elle échoue à transformer cette opportunité en influence durable. Une chose est sûre : le monde regarde désormais vers Kinshasa. Et pour la première fois depuis le Maréchal Mobutu, la RDC a les moyens de dicter l’agenda – pas seulement de le subir.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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Kinshasa, terre d’asile forcée : les premiers “expulsés latinos” de l’accord RDC-USA débarquent dans la nuit à N’Sele

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Ils sont arrivés dans le silence épais de la nuit tropicale, à l’heure où Kinshasa s’assoupit sous le poids de l’humidité. Vendredi, peu après 1 heure du matin, quinze silhouettes éreintées ont foulé le tarmac de N’djili, non pas comme des voyageurs en quête d’aventure, mais comme les premiers rouages d’une mécanique migratoire inédite entre Washington et la RD Congo.

Péruviens, Équatoriens et Colombiens – tous originaires de cette Amérique latine que l’on imagine plus proche du rêve américain que des rives du fleuve Congo – ont été extirpés du territoire des États-Unis pour être “réinstallés” à près de 10 000 kilomètres de leur continent natal. Après une escale technique furtive à Accra, c’est une Afrique centrale souvent perçue comme un point de départ qu’ils découvrent à présent comme un terminus administratif.

Leur prise en charge immédiate dans une vaste résidence de la commune de la N’Sele transforme ce coin périphérique de la capitale en une antichambre inattendue de la politique de fermeté américaine. Ce transfert nocturne est la traduction concrète d’un accord bilatéral encore méconnu du grand public congolais, mais qui place Kinshasa dans le jeu complexe des externalisations des frontières américaines.

Alors que Washington durcit sa doctrine en matière d’immigration, la RDC, en quête de partenariats stratégiques et de reconnaissance diplomatique sur l’échiquier international, accepte de jouer le rôle de plateforme de transit ou d’accueil pour des ressortissants de pays tiers. L’ironie est palpable : là où des milliers de Congolais risquent leur vie pour atteindre les Amériques, voici que des Latino-Américains sont déportés vers la RDC, pays qui lutte lui-même pour stabiliser ses propres déplacés internes.

La nationalité des expulsés soulève une question lancinante : pourquoi Kinshasa ? La réponse tient probablement moins à la proximité géographique qu’à la disponibilité logistique et à la signature d’un parapheur engageant la souveraineté congolaise comme variable d’ajustement des flux humains du Nord. Installés dans le calme relatif de la N’Sele, loin du tumulte de la Gombe, ces quinze hommes et femmes incarnent désormais une nouvelle catégorie juridique et humaine aux contours flous.

Pris en charge dans des conditions décrites comme « correctes » par les sources sécuritaires, ils demeurent néanmoins suspendus à un vide juridique et existentiel. Que deviendront-ils une fois les projecteurs diplomatiques éteints ? Le gouvernement congolais évoque une aide au retour volontaire ou à la réinstallation, mais les filières migratoires entre le Pérou, l’Équateur et la RDC sont inexistantes.

Cet épisode nocturne, aussi discret soit-il, est bien plus qu’un simple fait divers aéroportuaire ; c’est le premier signal faible d’une reconfiguration des routes de l’exil, où le Sud global se voit contraint d’absorber les contradictions et les rejets du Nord. Dans les prochains mois, la résidence de la N’Sele pourrait bien devenir, malgré elle, un laboratoire à ciel ouvert de cette nouvelle géopolitique du refoulement.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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