Analyses et points de vue
Le président Tshisekedi contraint d’être à la fois le vent et le moulin (Par Amédée Mwarabu)
Depuis son investiture pour un second mandat, le président Félix Tshisekedi maintient un cap politique identifiable, affine progressivement son langage et précise, discours après discours, les priorités de son action. Les formulations évoluent peu et les ambitions demeurent constantes, signe d’une volonté de continuité assumée. Pourtant, malgré cette stabilité du propos, les résultats concrets tardent à se matérialiser. À mesure que le message est répété, une interrogation s’impose avec une insistance croissante : la difficulté se situe-t-elle dans la vision elle-même ou dans ceux chargés de la traduire en action.
Le chef de l’État n’a cessé de décliner les six axes structurants de son quinquennat : création d’emplois, protection du pouvoir d’achat, sécurité, diversification de l’économie, accès aux services de base et efficacité de l’action publique. Du discours de 29 janvier 2025 à celui de décembre de la même année devant le Congrès, la ligne demeure remarquablement cohérente. Aucun infléchissement idéologique, aucune rupture stratégique, aucun revirement de cap. La trajectoire est assumée, stable et lisible, tant pour l’opinion publique que pour l’appareil institutionnel chargé de sa mise en œuvre.
Au fil des prises de parole, le discours présidentiel se fait même plus pédagogique. Les engagements initiaux sont déclinés en priorités opérationnelles, puis en trajectoires d’action, avant d’être associés à des indicateurs censés permettre leur suivi et leur évaluation. Le président ne promet plus une prospérité immédiate ou sans effort, mais un État qui protège, arbitre avec justice, honore ses obligations et fait respecter les règles. Le registre de la responsabilité et de l’exigence a progressivement remplacé celui de l’incantation politique.
Cette constance produit cependant un effet paradoxal de plus en plus perceptible. Plus le président explique, précise et reformule, plus l’action gouvernementale semble marquer le pas. La répétition ne relève plus seulement d’un souci de clarté ou de pédagogie politique. Elle apparaît désormais comme le symptôme d’une difficulté persistante à traduire une vision pourtant clairement exprimée en résultats concrets, mesurables et visibles pour la population.
Un gouvernement qui écoute, mais n’exécute pas
Dans ses interventions publiques, Félix Tshisekedi s’exprime en stratège. Il fixe un cap, hiérarchise les priorités et assume des arbitrages qui engagent l’État dans la durée. À ce niveau, la vision est structurée et lisible. En revanche, au stade de l’exécution, l’appareil gouvernemental continue de fonctionner selon des logiques administratives héritées, marquées par l’inertie, la fragmentation sectorielle et l’absence d’un pilotage rigoureux de l’action publique. Les décisions sont annoncées, les orientations sont connues, mais leur traduction concrète demeure lente, incomplète ou désarticulée, en particulier au niveau ministériel, là où la responsabilité politique devrait s’exercer avec le plus de fermeté.

Les conseils des ministres reflètent cette difficulté persistante. Ils deviennent moins des espaces de coordination stratégique que des moments de recadrage répétés. Le président y rappelle des exigences pourtant élémentaires de gouvernance publique : évaluer ce qui a été fait, corriger ce qui ne fonctionne pas, ajuster les dispositifs qui n’ont pas produit les effets attendus. Le caractère récurrent de ces rappels révèle une faiblesse profonde de la culture de performance au sein de l’exécutif et met en lumière un déficit de responsabilité politique assumée par ceux qui sont chargés de conduire, au quotidien, l’action de l’État.
Le blocage n’est donc ni idéologique ni conceptuel. Il ne tient ni à l’absence de vision ni à un manque de clarté dans les orientations présidentielles. Il est structurel et politique. L’appareil gouvernemental peine à convertir une ligne stratégique clairement définie en politiques publiques cohérentes, articulées entre secteurs et évaluables dans leurs effets réels sur la population. Cette incapacité à passer de l’intention à l’impact engage directement la responsabilité de ceux qui détiennent les leviers de l’exécution et expose les limites d’une équipe qui, confrontée à des objectifs de transformation profonde, continue de fonctionner selon des logiques de gestion ordinaire.
Gouverner en temps de guerre et de réforme
La persistance de la crise sécuritaire à l’Est a placé le président de la république devant l’une des équations politiques les plus contraignantes de son second mandat. Il lui incombe de conduire une guerre visant à restaurer l’autorité de l’État et à protéger les populations, tout en poursuivant un agenda de réformes profondes destiné à transformer durablement l’économie et les institutions du pays. Cette ambition cumulée confronte l’exécutif à une tension permanente entre l’urgence du présent et la construction de l’avenir, dans un contexte alourdi par des pressions politiques, sociales et sécuritaires constantes.
La conduite d’un conflit armé impose au sommet de l’État des exigences élevées de discipline, de réactivité et de cohérence immédiate. Elle requiert un gouvernement capable de transformer rapidement les décisions politiques en actions coordonnées, exécutées sans dilution ni retards excessifs. À l’inverse, la réforme économique et institutionnelle repose sur la planification, la continuité de l’action et une forte maîtrise technique. Ces deux dynamiques, fondées sur des logiques distinctes, sollicitent des compétences différentes et mettent à l’épreuve la capacité réelle du gouvernement à agir de manière efficace et simultanée sur plusieurs fronts.
Dans ce contexte de forte contrainte, le président se voit contraint de concentrer l’impulsion politique et le suivi de l’action publique. Il fixe le cap, relance les dispositifs, recadre les acteurs et corrige les insuffisances, bien au-delà de ce que requiert habituellement la fonction présidentielle dans un exécutif pleinement opérationnel. Cette centralité accrue ne traduit pas une dérive autoritaire, mais révèle un déficit d’exécution persistant au sein de l’appareil gouvernemental. Elle met en lumière un déséquilibre structurel entre la vision portée au sommet de l’État et les capacités opérationnelles disponibles pour la traduire en résultats concrets.
Cette configuration met à nu une limite désormais difficile à ignorer. Le gouvernement Suminwa, dans sa forme actuelle, éprouve de sérieuses difficultés à porter simultanément l’effort sécuritaire et un projet ambitieux de transformation structurelle. L’ampleur et la complexité des chantiers engagés exigent un niveau élevé de coordination, de discipline et de performance qui demeure, à ce stade, sensiblement en deçà des objectifs affichés. Cette insuffisance fragilise l’ensemble du projet présidentiel et fait peser un risque réel d’essoufflement stratégique sur la trajectoire de transformation annoncée.
Le « grand bond » face à un gouvernement hors gabarit
En annonçant 2026 comme l’année du « saut qualitatif », Félix Tshisekedi assume un changement d’échelle clair dans sa trajectoire politique. Il ne s’agit plus d’améliorations graduelles ni de corrections à la marge, mais d’une transformation profonde des fondements de l’action publique. Sécurité durable, industrialisation, efficacité administrative, cohésion nationale, ces objectifs relèvent d’une logique de rupture avec les pratiques antérieures. Ils appellent un État capable de dépasser la gestion quotidienne pour s’inscrire dans une dynamique de refondation, structurée, cohérente et orientée vers des résultats durables.

Face à cette ambition affichée, le gouvernement en place apparaît structurellement en décalage avec l’ampleur du défi. De la cheffe du gouvernement aux ministères sectoriels, l’appareil reste principalement configuré pour administrer l’existant, gérer les équilibres politiques et absorber les urgences successives. Cette architecture de gestion, adaptée à la stabilité relative, montre ses limites lorsqu’il s’agit de conduire un choc de transformation. Le saut qualitatif annoncé suppose des capacités élevées de décision, une exécution rigoureuse et une responsabilité politique clairement assumée, des exigences qui peinent encore à s’imposer dans la pratique gouvernementale.
Cette inadéquation place le président dans une situation de tension permanente. Au-delà de la définition de la vision, il lui revient d’en assurer l’impulsion, de corriger les défaillances d’exécution et de maintenir une pression constante sur l’appareil gouvernemental. La concentration de ces fonctions fragilise l’équilibre institutionnel et accroît la dépendance du projet de transformation à l’engagement personnel du chef de l’État. Un changement d’échelle aussi ambitieux ne peut durablement reposer sur l’énergie et la vigilance d’un seul homme, quelle que soit sa détermination.
Félix Tshisekedi a clairement tracé la direction, défini les objectifs et précisé les moyens attendus. Le débat politique a désormais changé de nature. Il ne porte plus sur la lisibilité du cap, mais sur la capacité collective à le suivre. Un saut qualitatif exige une équipe en mesure d’en porter l’élan, d’en absorber les contraintes et d’en assumer pleinement les conséquences. À défaut, même l’impulsion la plus forte se heurte aux limites d’un appareil qui avance à un rythme inférieur aux exigences de l’histoire qu’il ambitionne de façonner.
Amédée Mwarabu
Chroniqueur Economique
Analyses et points de vue
RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)
Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.
Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.
En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.
CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.
Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.
Le Processus de Réinsertion
Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.
A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.
Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.
Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.
Suivi psychologique pour les violences
Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.
La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.
Zagor Mukoko Sanda
