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Le bon sens l’exige: l’ Union Sacrée, c’est maintenant! (Tribune de Patience Bondonga, doctorant en Science Politique/Université de Montreal-Québec)
Lorsque Diogène de Sinope promenait sa lanterne dans les rues d’Athènes, au milieu du jour, à la recherche de l’Homme et se désolait de ne trouver que des hommes, certains de ses contemporains le prenaient pour un fou. Sans prétendre me comparer à cet illustre philosophe, tout en acceptant d’être qualifié de « fou », de « rêveur », j’urge les Congolais à analyser le blocage institutionnel qui se profile sous le prisme du bon sens. Cette denrée est malheureusement bien plus difficile à trouver, surtout depuis la Passation Pacifique et Civilisée du Pouvoir Politique en République Démocratique du Congo.
En effet, depuis qu’elle s’est effectuée, la Passation Pacifique et Civilisée du Pouvoir Politique en République Démocratique du Congo a mis en lumière les contradictions de la communauté internationale. Après que certains aient dénoncé une « espèce de compromis à l’africaine »[1], d’autres n’ont pas hésité à déclarer publiquement que la RDC venait de connaître « la meilleure élection »[2] de son histoire. Face à leurs intérêts stratégiques, aucun principe, même démocratique, ne vaut ; c’est connu !

Bien plus grave, cette passation historique du pouvoir continue de diviser les Congolais. Les pro-LAMUKA ne jurent que par « la vérité des urnes », leur champion, Martin FAYULU, promettant même un soulèvement populaire pour récupérer sa « victoire volée ».[3] Les pro-CACH, trop contents d’être enfin aux affaires, mélangent triomphalisme et arrogance dans leur slogan phare : BO KOMESANA (entendez : Vous vous y habituerez). En soutien indéfectible à leurs leaders, ils ferment les yeux sur tout, justifient tout, acceptent tout, …sauf la récente « déconfiture » aux élections sénatoriales, le FCC s’étant taillé la part du lion, bien décidé à conserver les rênes du pouvoir, même en perdant la Présidence de la République.

Entre-temps, l’analyse objective des effets de cette alternance au sommet de l’Etat est noyée dans de nombreux « petits dossiers ». Que l’on pérore sur la difficulté à supporter un gilet pare-balles ou sur les « décisions » de la réunion inter-institutionnelle du 18 mars 2019 ; que l’on s’attarde sur le non-usage de l’avion présidentiel ou sur les visites des Chefs d’Etat africains à l’ancien président congolais, tout est mis à contribution pour susciter des débats interminables, parfois intéressants, j’en conviens, mais toujours loin de l’essentiel.
En psychologie sociale comme en stratégie politique, la diversion est une forme de manipulation. William Milton Cooper, dans « Armes Silencieuses pour Guerres Tranquilles », décrit fort bien son objectif final : « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. »[4] Ne soyons donc pas des marionnettes entre les mains de ceux qui veulent nous détourner de l’essentiel !
C’est donc quoi l’essentiel ?
- Rebâtir l’union Sacrée autour de la Nation, et non autour d’un homme fort.
La question des hommes a toujours empoisonné le débat politique congolais. Dans notre marigot national, peuplé d’alligators et autres reptiliens aux ambitions démesurées, difficile de trouver l’Homme (je retrouve ici Diogène de Sinope) qui puisse fédérer tous les hommes. Les nations qui ont compris qu’il n’existait pas d’hommes providentiels, se sont efforcées de mettre en place des institutions fortes, fonctionnant presque « comme sur des roulettes ».
Ignorant l’évidence, la classe politique congolaise a toujours préféré se battre pour avoir droit aux prébendes d’un pouvoir temporaire, plutôt que de construire des institutions qui peuvent résister au temps. Pour la plupart des observateurs, le partenariat FFC-CACH s’inscrit dans la même logique de partage du pouvoir. Mais déjà les conflits de ménage, après les dernières élections sénatoriales, font planer le risque de divorce. La rue s’en est emparée, obligeant les forces en présence à revoir leurs calculs et stratégies.

On se rappellera que face aux compromis d’arrière-boutique, le peuple congolais s’était mobilisé pour faire échec au troisième mandat. En se levant aujourd’hui, le peuple tout entier peut obtenir l’annulation d’un deal aux contours flous. La rue doit se mobiliser, non pas contre les conséquences, mais contre les causes. Le peuple doit se lever, comme au Venezuela ou en Algérie, car le temps de l’Union Sacrée a de nouveau sonné. CACH et LAMUKA doivent dépasser leurs egos, rejeter tout triomphalisme et tout ressentiment, pour travailler ENSEMBLE. Le modèle kenyan que cite souvent le Président de la République exige qu’une main soit tendue à Martin FAYULU, et que ce dernier l’accepte, quoi qu’en pensent les partisans de l’un et l’autre camp.
Disons-le sans ambiguïté : Felix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO est le Président de la République aujourd’hui, quoi que l’on pense des élections qui l’ont porté au pouvoir. Martin FAYULU MADIDI est le porte-étendard d’un grand nombre des Congolais qui ont jeté leur dévolu sur sa personne. Joseph KABILA KABANGE est l’incarnation d’un système honni, dont les métastases cancéreuses doivent être complètement éradiquées. C’est donc maintenant que les deux premiers, alliés naturels car émanant de l’Opposition, doivent s’unir pour stopper le troisième et asseoir des institutions réellement démocratiques. Le temps de l’Union Sacrée a de nouveau sonné. C’est le seul moyen de faire échec aux nombreux pièges préparés par le FCC pour flouer CACH et revenir au-devant de la scène. Résistons aux démons de la division, du tribalisme et du fanatisme ! Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer pas le coche !
- Résoudre définitivement la crise de légitimité qui gangrène nos institutions.
Les crises politiques se succèdent en République Démocratique du Congo depuis l’indépendance. Par malheur, la crasse (pardon, la classe) politique congolaise semble ne pas vouloir en identifier les causes réelles. Comment soigner un mal en se limitant aux symptômes, quand les causes ne sont pas cernées ni attaquées ?
Le tripatouillage de la volonté populaire au profit des intérêts partisans est la racine de toutes nos crises. Le vote qui a fait de Patrice E. Lumumba le Premier Ministre du Congo a vite été anéanti par l’installation des Commissaires Généraux en Septembre 1960. Depuis lors, tous les dirigeants successifs du Congo souffrent, à divers degrés, d’une crise de légitimité. Leur longévité au pouvoir dépend plus de leur assujettissement aux puissances occidentales qu’à leur dévouement au bien-être de leurs concitoyens.
« Sublata causa, tollitur effectus », enseigne la sagesse latine. Pour sortir de l’impasse, de ce « système du Rond-point », nous devons réapprendre à respecter la volonté populaire. Aucune élection ne sera certes parfaite. Mais au minimum, faisons bien les choses, en édictant des règles de jeu claires et équitables, en publiant des résultats aisément retraçables, et en sanctionnant les fraudes dénoncées. La restauration de la crédibilité du Congo est à ce prix.
La préparation du prochain cycle électoral doit d’ores et déjà commencer. En attendant, les personnes qui font l’objet des sanctions internationales pour des « faits de corruption liés au processus électoral »[5] doivent être mises sur la touche. D’où cet appel insistant au Président de la République, Félix A. TSHISEKEDI, de se montrer à la hauteur des espoirs de changement que son accession à la magistrature suprême a suscités.
***
« Être contesté, c’est être constaté », disait Victor Hugo. Le peuple a constaté puis la rue s’est exprimée. Sa colère ira crescendo, si l’on n’y prend pas garde. Ignorer les frustrations légitimes de ceux qui continuent de voir le système kabiliste au contrôle de presque toutes les institutions publiques, c’est faire injure au sacrifice de Floribert CHEBEYA, Rossy MUKENDI, Thérèse KAPANGALA, Luc NKULULA, Éric BOKOLE, et de nombreux autres héros de la démocratie qui ont sué, saigné et péri, pour qu’advienne enfin le CHANGEMENT dans notre pays.
Les congolais ont une grande soif de changement, une soif telle qu’ils ont du mal à attendre que l’on nettoie le verre ou que la bouteille rafraichisse au frigo. Ils souffrent de voir leur volonté emprisonnée dans un deal hasardeux. Ils appellent de nouveau à l’Union Sacrée TSHISEKEDI-FAYULU pour faire échec au système KABILA, et à l’organisation future d’un meilleur cycle électoral. Ils avertissent que si l’on fait le sourd, leurs frustrations, trop longtemps accumulées, se déverseront et, comme un tsunami, emporteront tout sur leur passage.
Au moins vous aurez été prévenus !
Patience Bondonga
[1] https://www.jeuneafrique.com/730380/politique/chronique-jean-yves-le-drian-promoteur-de-scabreux-compromis-a-lafricaine/
[2] https://www.jeuneafrique.com/744661/politique/pour-tibor-nagy-la-rdc-vient-de-connaitre-la-meilleure-election-de-son-histoire/
[3] Interview de Martin FAYULU, sur TV5 Monde du 17 Mars 2019 https://information.tv5monde.com/video/martin-fayulu-il-y-aura-un-soulevement-populaire-en-rd-congo
[4] https://michelduchaine.com/2014/05/22/livre-numerique-armes-silencieuses-pour-guerres-tranquilles-top-secret-par-william-milton-cooper/
[5] https://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2019/02/289644.htm
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Dialogue politique en RDC : J. Kabila et « Sauvons la RDC » posent leurs conditions et dénoncent une « manœuvre dilatoire »
Le Mouvement « Sauvons la RDC » s’est exprimé, ce 14 janvier 2026, à travers un communiqué de deux pages, au sujet de l’initiative de dialogue entre Congolais, portée par les autorités angolaises. Tout en saluant l’implication personnelle du président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, le mouvement d’opposition émet de sérieuses réserves sur la sincérité du processus engagé et fixe des préalables jugés non négociables
Pour Sauvons la RDC, le succès de tout dialogue repose avant tout sur la sincérité, la bonne foi des parties et le respect des engagements pris. Le mouvement dénonce une diplomatie erratique, marquée par une succession de médiations et de lieux (de Nairobi à Luanda, de Doha à Luanda, en passant par Bujumbura, Kampala ou Lomé ) qui traduirait une instabilité de vision et une absence de ligne politique claire.
Selon le communiqué, cette valse des médiateurs et des capitales donne l’impression d’un processus inachevé, dicté davantage par le souci de communication que par la recherche réelle d’une solution politique durable à la crise congolaise. Sauvons la RDC va plus loin, accusant le pouvoir de Kinshasa d’ambiguïtés stratégiques, de contradictions répétées et d’une instrumentalisation des processus politiques, ayant fini par décrédibiliser la parole de l’État, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Le respect des engagements comme test de bonne foi
Le mouvement estime que la volonté politique ne se proclame pas, mais se démontre par des actes concrets. Il cite notamment les engagements relatifs à la libération des prisonniers politiques, à la décrispation du climat politique et au respect des cessez-le-feu souscrits par le gouvernement.
À l’inverse, Sauvons la RDC accuse le régime du président Félix Tshisekedi de poursuivre les arrestations arbitraires, les enlèvements, les pressions à l’exil contre des opposants, des journalistes, des défenseurs des droits humains et toute voix critique. Le communiqué évoque également de vastes mouvements de troupes, des attaques contre des localités densément peuplées et des bombardements de civils par drones et avions de combat, souvent au moment même où le chef de l’État se présente à l’étranger comme artisan de paix.
Bukama, symbole d’un dialogue impossible sans préalables
Le mouvement inscrit le massacre survenu le 11 janvier 2026 à Bukama, dans la province du Haut-Lomami, dans ce contexte de violences persistantes. Selon Savons la RDC, des civils sans défense auraient été victimes d’exactions, d’actes de torture et de traitements inhumains perpétrés par des éléments des FARDC déployés sur ordre de Kinshasa.
Face à ce « triste record », le mouvement affirme que les mesures de décrispation politique et l’expression tangible d’une volonté de dialogue constituent des préalables indispensables à toute discussion. Des décisions effectives sont exigées, et non des promesses jugées, à l’expérience, sans lendemain.
Achever d’abord le processus de Doha
Si l’objectif réel est le rétablissement de la paix, Sauvons la RDC estime qu’il est prioritaire de mener à terme le processus de Doha, qui engage le gouvernement et l’opposition armée.
Selon le mouvement, ce n’est qu’après la prise en charge complète des aspects militaires de la crise ( y compris la mise en œuvre effective des cessez-le-feu ) qu’un dialogue politique pourra se tenir dans un climat serein.
Le dialogue, rappelle le communiqué, doit être un espace de réconciliation, de restauration de l’unité nationale et de construction d’un consensus sur le mieux-vivre ensemble, et non une simple formalité politique.
Un dialogue inclusif et sans tabou
Sauvons la RDC insiste sur le caractère inclusif du dialogue. Il n’y a pas de véritable dialogue, souligne le texte, lorsque celui-ci est dicté par les caprices d’une seule partie, laquelle est par ailleurs à l’origine de nombreux problèmes à résoudre.
Les Églises congolaises comme médiateurs légitimes
Le mouvement estime enfin que les évêques des Églises catholique et protestante du Congo sont les mieux indiqués pour assurer la médiation d’un éventuel dialogue. Leur travail préparatoire, leur écoute de toutes les forces politiques et sociales, ainsi que leur connaissance approfondie des acteurs et des causes de la crise, plaident en leur faveur.
Imposer un veto à leur implication, comme le ferait le pouvoir en place, revient selon Savons la RDC à discréditer d’avance le dialogue projeté et à recycler, sous couvert de bonne foi étrangère, une manœuvre déjà tentée et jugée infructueuse.
Une mise en garde sans ambiguïté
En conclusion, Sauvons la RDC avertit : sans sincérité, sans respect des engagements, sans inclusion réelle et sans médiation crédible, le dialogue annoncé risque de n’être qu’une réunion de plus, destinée à faire gagner du temps à certains, au détriment des intérêts supérieurs du pays.
Tchèques Bukasa
