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Provinces

L’artifice budgétaire – De l’incohérence prévisionnelle au mépris des réalités d’exécution

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Quand un projet d’édit budgétaire à 656 milliards de francs congolais ignore délibérément les échecs de l’exécution précédente, la rigueur proclamée n’est que théâtre politique. Le dépôt, dans les temps, d’un projet d’édit budgétaire est systématiquement présenté comme un gage de rigueur et de respect des exigences légales.

La communication du Gouverneur Jean Bakomito Gambu, suite au dépôt d’un projet colossal de 656 milliards de francs congolais pour 2025-2026, en est une illustration caricaturale. Pourtant, une analyse technique des chiffres, mise en regard avec l’exécution budgétaire historique de la province, révèle non pas une rigueur, mais une fuite en avant financièrement irresponsable et politiquement cynique.

Une hausse de 44% n’est pas un signe de performance ; c’est, dans ce contexte, le symptôme d’une schizophrénie budgétaire. La première incohérence, majeure et criante, réside dans le déni total des taux d’exécution budgétaire historiquement médiocres. Selon les rapports de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et les données de la Banque Centrale, la province du Haut-Uélé n’a jamais exécuté son budget à plus de 35-40% en moyenne sur les cinq dernières années.

L’exercice 2023-2024, dont le budget initial était d’environ 455 milliards, n’aurait, selon des sources internes, pas dépassé un taux d’exécution de 30% en termes de dépenses d’investissement. La question technique est implacable : sur quelle base macroéconomique ou fiscale solide le Gouverneur Jean Bakomito Gambu justifie-t-il une augmentation de 44% du volume budgétaire ?

Les recettes propres de la province, structurellement faibles et dépendantes des transferts de l’État central, ont-elles connu une croissance miraculeuse qui autoriserait un tel bond ? La réponse est non. Les prévisions de recettes sont manifestement surévaluées, créant un budget virtuel, un château de cartes financier qui s’effondrera inévitablement lors de l’exécution.

Cette augmentation démesurée relève d’une stratégie bien rodée : le gigantisme budgétaire. Il s’agit de frapper les esprits par un chiffre astronomique pour créer un effet d’annonce médiatique, en sachant pertinemment que l’exécution réelle ne sera jamais scrutée avec la même intensité. Le vrai sujet n’est pas le montant déposé, mais le montant dépensé à bon escient.

En annonçant 656 milliards, l’Exécutif provincial se pare des atours d’un ambitieux gestionnaire, alors qu’il ne fait que repousser dans le temps la révélation de son impuissance à exécuter. Sur le plan technique de la gestion publique, un budget aussi surévalué est nuisible. Il désorganise l’administration. Les services planifient des actions sur la base de crédits qui ne seront jamais disponibles.

Il décrédibilise la province vis-à-vis des partenaires techniques et financiers, qui analysent ces incohérences avec sévérité et entretient un cycle de frustration auprès des populations et des fournisseurs, qui voient des projets annoncés ne jamais se concrétiser. Se vanter de déposer un projet de budget avant le 25 novembre est un leurre. La vraie rigueur ne se situe pas dans le respect d’une date administrative mais dans l’élaboration d’un document crédible.

Un document réaliste et aligné sur la capacité d’absorption financière et technique de l’administration provinciale. Un budget déposé à l’heure mais fondé sur des prévisions de recettes fantaisistes et une ignorance des contraintes d’exécution est un acte de mal-gouvernance. La rigueur aurait consisté à présenter un budget en baisse ou stable, assorti d’un plan détaillé et chiffré d’amélioration du taux de recouvrement des recettes et de la fluidité de la chaîne de dépense.

Elle aurait consisté à auditer l’exécution de l’exercice précédent et à en intégrer les enseignements. Rien de tout cela n’est évoqué. Le projet d’édit budgétaire 2025-2026 du Haut-Uele n’est pas un plan de développement ; c’est une fiction économique. Il contredit toute logique de bonne gouvernance financière en ignorant superbement les échecs patents de l’exécution passée. Cette augmentation de 44% est un chiffre politique, pas un chiffre de gestion.

La véritable information ne sera pas dans le vote de cet édit, mais dans le premier rapport d’exécution qui révélera, comme les années précédentes, l’écart abyssal entre les promesses et la réalité. En attendant, le Gouverneur Jean Bakomito Gambu peut bien se rendre à Durba pour une mission de service.

Le service le plus urgent à rendre aux populations du Haut-Uélé serait de leur présenter un budget honnête, modeste et exécutable, plutôt qu’un document irréalisable seulement par son incohérence et son cynisme. La rigueur n’est pas dans le calendrier, elle est dans la vérité des chiffres. Et cette vérité, aujourd’hui, est absente.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Provinces

Beni : Six membres de la communauté pygmée, dont la star Nzanzu Mangesse, tués lors d’une attaque attribuée aux ADF à Ngadi

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La ville de Beni, au Nord-Kivu, a de nouveau été frappée par une attaque meurtrière attribuée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Au moins six civils issus de la communauté autochtone pygmée ont perdu la vie dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 2026 au quartier Ngadi, dans la commune de Ruwenzori.

D’après plusieurs témoignages recueillis auprès des habitants, les assaillants se sont introduits dans le quartier avant de s’en prendre à un campement occupé par des membres de cette communauté. « Les assaillants ont d’abord ciblé un campement des pygmées où ils ont exécuté les pygmées à l’arme blanche avant de poursuivre l’assaut dans d’autres parties de Ngadi », a relaté un jeune résident du quartier.

Après cette première attaque, les hommes armés auraient poursuivi leur incursion dans d’autres zones de Ngadi. Outre les six personnes tuées dont les corps ont été retrouvés et identifiés par la population locale, plusieurs civils auraient été enlevés et emmenés vers une destination inconnue, faisant craindre un bilan plus lourd dans les prochaines heures.

La population pleure également la disparition de Nzanzu Mangese, considéré comme l’une des personnalités les plus connues de la région. Son décès a provoqué une vive émotion parmi les habitants, qui dénoncent la persistance de l’insécurité dans cette partie du territoire de Beni.

Cette nouvelle attaque remet en évidence les défis sécuritaires auxquels restent confrontées les populations civiles, en particulier les communautés autochtones, malgré les opérations militaires menées contre les groupes armés actifs dans la région.

Franck Kaky/CONGOPROFOND.NET

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