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Actualité

L’ambiguïté de l’application du principe de subsidiarité au sein de l’Église catholique romaine : Le cas de la RDC (_tribune du Prof Dr Jean-Pierre Bikunda Mawete, ancien prêtre du diocèse de Popokabaka )

L’actualité politique en République démocratique du Congo est dominée par le débat sur le changement ou non de la Constitution. La majorité au pouvoir défend fermement cette initiative, tandis que les partis de l’opposition, rejoints par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), y sont opposés.

Cependant, un fait mérite une attention particulière : certains fidèles catholiques, ainsi qu’un évêque et plusieurs prêtres, ont publiquement exprimé une position différente de celle de la CENCO.

Cette situation met en lumière une tension interne qui invite à une réflexion rationnelle sur l’autorité ecclésiale, la liberté de conscience et le principe de subsidiarité.

Dès lors, une question fondamentale se pose : le message de la CENCO est-il infaillible au point qu’il ne puisse faire l’objet d’une analyse critique ?

La réponse est négative

Dans la doctrine catholique, l’infaillibilité ne s’applique pas aux déclarations d’une conférence épiscopale en tant que telle. Elle est réservée à des conditions très précises concernant l’enseignement du pape ou du collège des évêques en communion avec lui sur les questions de foi et de morale.

Les déclarations de la CENCO sur une question politique relèvent de son magistère pastoral. Elles méritent respect, écoute et considération, mais elles ne sont pas irréformables. Elles peuvent donc être analysées, discutées et évaluées à la lumière de la doctrine sociale de l’Église, des faits et de la recherche du bien commun, dans le respect des personnes et de la communion ecclésiale.

La divergence exprimée par certains évêques ou prêtres ne constitue pas nécessairement un rejet de la foi catholique. Elle peut traduire une différence de jugement prudentiel quant à la meilleure manière d’appliquer les principes de la doctrine sociale de l’Église à une situation politique concrète.

Cette réalité révèle toute l’ambiguïté de l’application du principe de subsidiarité au sein même de l’Église. Si ce principe reconnaît l’autonomie et la responsabilité des différents niveaux d’autorité, il invite également à rechercher l’unité dans la diversité et à éviter de confondre autorité pastorale et infaillibilité.

Le débat actuel en RDC offre ainsi une occasion privilégiée de réfléchir à l’articulation entre la communion ecclésiale, la liberté de discernement et le rôle des conférences épiscopales. Plus qu’une crise, il peut devenir une opportunité de mieux comprendre les limites de l’autorité des structures ecclésiales et la place du dialogue dans la vie de l’Église.

Émile Yimbu/CONGOPROFOND.NET