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L’ambassadeur Ingo Herbert à CONGOPROFOND.NET : » Sans presse libre, pas de democratie… »
En marge du 7ᵉ anniversaire de CONGOPROFOND.NET, la rédaction du média en ligne a reçu, ce lundi 22 septembre 2025, la visite de l’ambassadeur d’Allemagne en République démocratique du Congo, Ingo Herbert. Accueilli par le directeur général Tchèques Bukasa et le rédacteur en chef Jules Kisema, le diplomate s’est longuement entretenu avec les journalistes sur des thèmes au cœur de l’actualité : relations bilatérales RDC–Allemagne, sécurité, culture, sport, éducation… mais surtout liberté de la presse, pilier fondamental de toute démocratie.

La presse, socle de l’État de droit
« La liberté de la presse compte parmi les conditions les plus importantes pour une démocratie », a rappelé d’emblée le diplomate allemand. En Allemagne, a-t-il expliqué, elle est protégée par la Loi fondamentale. L’article 5 stipule que chacun a le droit d’exprimer et de diffuser son opinion par la parole, l’écriture et l’image, et de s’informer librement à des sources accessibles à tous. « Il n’y a pas de censure », a-t-il insisté, soulignant l’importance d’un paysage médiatique diversifié et indépendant du contrôle politique.
L’Allemagne, cinquième marché mondial de la presse et premier en Europe, compte environ 320 quotidiens, près de 20 hebdomadaires et plus de 1.300 magazines grand public. Dans le classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières, le pays figure à la 11ᵉ place sur 180, preuve de l’importance accordée à l’indépendance des médias.
Lutter contre les fake news et la désinformation

Le diplomate a également mis en avant le rôle des journalistes dans un monde bouleversé par la transition numérique. Avec la montée en puissance des réseaux sociaux et des publications électroniques, les risques de désinformation et de manipulation se multiplient. « Les journalistes ont pour mission d’informer les citoyennes et citoyens à travers des recherches minutieuses et des reportages fidèles à la vérité », a-t-il souligné, saluant le rôle central des médias dans la lutte contre les fake news.
En Allemagne, les établissements de radiodiffusion publics, financés par la redevance, garantissent un accès large à l’information, à l’éducation et au débat. Ils coexistent avec des médias privés, assurant ainsi un équilibre qui, depuis 1949, constitue l’un des piliers de la République fédérale.
Une réalité plus difficile en RDC

Face à ce tableau, plusieurs journalistes de CONGOPROFOND ont exprimé leurs inquiétudes. En RDC, la liberté d’expression reste fragile : critiques des autorités parfois assimilées à un manque de patriotisme, arrestations ou poursuites judiciaires, autocensure sur les questions sécuritaires sensibles… autant de contraintes qui limitent le rôle de la presse dans la consolidation de l’État de droit.
En écho, l’ambassadeur a réaffirmé l’attachement de son pays aux valeurs démocratiques et au respect des droits fondamentaux, soulignant que l’indépendance des journalistes est un combat universel.
Agression de la RDC

Sur le dossier sécuritaire, le diplomate n’a pas éludé la question des relations entre l’Allemagne et le Rwanda. Son pays, a-t-il rappelé, a fermement condamné les exactions attribuées à Kigali en RDC. À titre d’exemple, il a évoqué la décision du club de football Bayer Leverkusen de retirer le slogan « Visit Rwanda » de ses maillots, illustrant un geste de désapprobation face aux violations dénoncées.
Un anniversaire placé sous le signe de l’engagement

La rencontre s’est clôturée par une photo de famille et l’échange de présents symboliques. Dans cette atmosphère de dialogue et de convivialité, l’ambassadeur a encouragé les journalistes congolais à poursuivre leur mission, malgré les obstacles.
Rappelons que CONGOPROFOND.NET célébrera officiellement ses 7 ans d’existence le 1ᵉʳ octobre prochain. Un anniversaire qui prend une résonance particulière, à l’heure où la liberté de la presse, conquête jamais acquise, demeure une condition sine qua non pour bâtir une démocratie véritable et un État de droit.
Dorcas Mwavita & Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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Procès “des Enfants chillers” : Marie-Ange Mushobekwa réclame 3,4 millions de dollars !
Et si le mobile n’était pas seulement la justice ? La plaidoirie de la partie civile, ce jeudi 30 Avril 2026 aura duré une heure. Elle aura aussi produit un chiffre qui a fait réagir l’assistance jusqu’aux bancs de la presse : 3.400.000 dollars américains. Un million de dollars par enfant et 200.000 dollars pour chaque mère soit 7.898.200.000 CDF (taux de 2 323 CDF) c’est-à-dire sept milliards huit cent quatre-vingt-dix-huit millions deux cent mille francs congolais.
Un montant colossal, présenté comme la juste réparation de “douleurs et souffrances aiguës intentionnellement infligées”, selon les mots du conseil de Madame Marie-Ange Mushobekwa parlant au nom de toutes les parties civiles. Mais au-delà de l’effet d’annonce, ce quantum interroge. Et ouvre une brèche que les prochaines audiences ne pourront ignorer. Car le décalage est troublant. D’un côté, un récit d’horreur : torture, détention illégale, séquestration, cages à chiens.
De l’autre, un dossier médical qui, de l’aveu même du médecin traitant Docteur Yenga Mbuta Dosh Junior, ne révèle aucun traumatisme interne, aucune fracture, aucune lésion grave. Les vidéos projetées montrent des enfants certes éprouvés, mais que l’on voit debout, capables de se mouvoir, sans trace visible de saignement (alors même que la plaignante Marie-Ange Mushobekwa affirmait que ses fils saignaient). L’écart entre la gravité alléguée et les constatations objectives interroge nécessairement la proportionnalité de la demande indemnitaire.
Quatre mois de procès, et ce constat implacable : personne n’a pu désigner Philemon Mambabwa comme le véritable architecte des violences, rien ne documente un ordre explicite sorti de sa bouche, et son récit, livré avec constance depuis le premier jour, demeure à ce jour sans contradiction. Dès lors, une question s’invite dans les couloirs du prétoire : ce procès était-il mû par la seule quête de justice, ou ce chiffre de 3,4 millions de dollars soit 7.898.200.000 Francs Congolais, trahit-il un objectif plus lucratif ?
Les parties civiles ont le droit de solliciter réparation. Mais lorsque la somme réclamée semble décorrélée de la matérialité des faits établie à l’audience, c’est la crédibilité même de la démarche qui est en jeu. La défense, qui se dit prête à plaider, ne manquera certainement pas de le relever.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
