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L’accusation vacille sur un témoin qui n’a rien vu : le dossier Philemon Mambabwa ou le procès du vide

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“Acquittez-moi, je suis innocent.” Ces mots de Philémon Mambabwa, prononcés en toute fin d’audience, résument la position d’un homme qui, depuis douze audiences, conteste avoir ordonné la moindre violence. Rentré chez lui le 22 décembre 2025 à 4h30, il découvre trois jeunes gens inconnus cachés dans la salle de bain d’une chambre de sa maison, introduits à son insu par les filles.

Il demande aux policiers commis à sa garde de les “maîtriser” – c’est-à-dire, selon sa défense, de les retenir jusqu’à l’arrivée des parents. Le matin même, vers 8h, les parents sont reçus courtoisement, présentent des excuses et l’affaire est close. Rien, dans ce comportement, ne caractérise une incitation à la torture. En droit pénal, l’infraction exige un élément moral, une volonté délibérée de provoquer des souffrances. Cette intention n’a jamais existé, et l’accusation n’en a jamais rapporté la preuve.

Pire, la procédure est viciée dès l’origine : la plainte date les faits au 21 décembre 2025 alors que tout le dossier démontre qu’ils sont survenus le 22 décembre 2025, une discordance qui rend l’instruction irrégulière. Enfin, la défense a rappelé que Philémon Mambabwa est un civil, et que l’article 88 du code pénal militaire ne peut en aucun cas s’appliquer à lui. Juridiquement, l’infraction poursuivie est donc insusceptible de lui être imputée.

Face à ce vide originel, l’accusation s’accroche à un récit unique : celui de Marie-Ange Mushobekwa, qui n’a pas assisté aux faits qu’elle dénonce. Sa reconstitution a posteriori – cinq, six, sept voire huit policiers et des jeeps de militaires frappant à deux reprises pendant 45 minutes jusqu’à l’évanouissement – se heurte à un constat médical “sans particularité” et à l’absence de tout témoin oculaire crédible. Aucun témoin direct, ni Sakina ni Clément Kanku Bukasa, pourtant témoin à charge, n’a entendu Philémon Mambabwa ordonner de frapper.

Les dépositions de Claudien et Christopher fils de Marie-Ange Mushobekwa, mot pour mot, phrase par phrase, termes sur termes identiques de la première à la dernière ligne, suggèrent un récit préparé. Le médecin légiste indépendant convoqué par la Cour ne s’est pas présenté, et le rapport initial, non signé par le médecin examinateur, est privé de toute valeur médico-légale. La défense a donc soulevé deux principes cardinaux de l’État de droit.

D’une part, le doute profite à l’accusé, principe à valeur constitutionnelle qui commande l’acquittement lorsque l’intime conviction ne peut se forger sur un faisceau d’indices graves, précis et concordants ; d’autre part, il est exclu de condamner sur la foi d’un seul témoignage non oculaire, en l’absence du moindre commencement de corroboration. Or, ici, rien ne corrobore. L’accusation repose sur deux piliers fragiles – un témoignage de seconde main et un rapport médical fantôme.

Ce qui, dans une justice digne de ce nom, ne saurait suffire à détruire une présomption d’innocence. Pour les policiers Aaron et Tshende, le vide est encore plus criant. Aucune preuve n’établit qui a fait quoi. Le bulletin de service ne mentionne que quatre agents affectés à la résidence, en rotation de deux. Le second policier est détenu depuis décembre 2025 sans qu’aucun fait précis ne lui soit imputé. “L’infraction est individuelle”, a plaidé leur conseil, et la justice ne saurait condamner en bloc.

Les deux agents ont demandé leur acquittement. Au moment où le verdict doit être rendu, force est de constater que la culpabilité des prévenus n’a jamais été apportée. Elle repose sur un récit personnel, imaginé par une actrice n’ayant pas participé aux événements, que rien n’est venu confirmer. Acquitter Philémon Mambabwa et les policiers, ce n’est pas seulement leur rendre justice. C’est rappeler que le droit ne se nourrit pas d’impressions mais de preuves, et que l’innocence ne se négocie pas.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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395 millions USD pour désengorger Kinshasa : Judith Suminwa évalue l’avancement des rocades

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La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, ce mardi 12 mai, une visite d’inspection sur les chantiers des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa, un ambitieux projet routier de 73 kilomètres destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale congolaise.

Ce vaste corridor reliera l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en passant notamment par Mitendi et la Route nationale numéro 1 (RN1).

Estimés à près de 395 millions de dollars américains dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, les travaux ont été lancés en juin 2024 sous l’impulsion du Président de la République, Félix Tshisekedi, pour une durée prévisionnelle de trois ans.

Une visite de terrain pour mesurer l’état réel du projet

Accompagnée du Gouverneur de Kinshasa, du Ministre de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Ministre déléguée en charge de la Politique de la ville, la Cheffe du Gouvernement s’est rendue sur plusieurs sites afin d’évaluer personnellement l’évolution des travaux.

Pour Judith Suminwa Tuluka, cette descente sur terrain était indispensable afin de confronter les rapports administratifs à la réalité du chantier.

« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, nous suivons les images et les vidéos, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré la Première Ministre.

Un périphérique stratégique pour décongestionner Kinshasa

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent permettre de désengorger les principaux axes routiers de la capitale, particulièrement la RN1, saturée par le trafic en provenance ou en direction du Kongo Central, du Grand Bandundu et de l’aéroport international de N’djili.

Au cours de sa visite, Judith Suminwa Tuluka a parcouru plusieurs tronçons déjà ouverts ou en cours d’aménagement, notamment entre le quartier Ndjoku et Mitendi, où un important échangeur est en construction.

« Cette rocade est conçue comme un périphérique qui permettra de désengorger Kinshasa. À Mitendi, la rocade passera sous la Nationale numéro 1 tandis que la RN1 passera au-dessus. Ce type d’infrastructure va profondément transformer la mobilité dans la ville », a expliqué la Cheffe du Gouvernement.

Des infrastructures modernes pour renforcer la connectivité

La Première Ministre a également salué les dispositifs techniques mis en place pour lutter contre les érosions et sécuriser durablement les infrastructures routières.

Murs de soutènement, importants travaux de terrassement et tracé en deux fois deux voies figurent parmi les aménagements prévus pour améliorer la fluidité de la circulation et les conditions de déplacement des habitants de Kinshasa.

« Nous avons vu les travaux de stabilisation ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra d’améliorer durablement les déplacements des Kinois », a-t-elle souligné.

Judith Suminwa Tuluka a par ailleurs replacé ce projet dans la vision nationale de modernisation des grands corridors routiers portée par le Chef de l’État afin de renforcer la connectivité entre les provinces et les espaces économiques du pays.

Le défi des indemnisations au cœur des préoccupations

Malgré l’avancement des travaux, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations concernées afin d’éviter tout retard dans l’exécution du projet.

« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois, dans le cadre du programme SICOMINES, pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus, idéalement d’ici septembre 2027 », a-t-elle indiqué.

Le partenariat sino-congolais mis au service des infrastructures

La Cheffe du Gouvernement a enfin salué les retombées du partenariat sino-congolais revisité sous l’impulsion du Président de la République, estimant que celui-ci permet désormais d’accroître les investissements dans les infrastructures structurantes au bénéfice direct des populations.

« Aujourd’hui, les résultats commencent à être visibles. Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a-t-elle conclu.

Le projet des rocades s’inscrit dans le troisième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 consacré à « l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale », avec pour objectif de renforcer les infrastructures stratégiques et d’améliorer durablement la mobilité urbaine et interprovinciale.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET

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