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La restauration de l’autorité de l’État : Un impératif pour la paix en RDC
La Déclaration de principes signée à Doha le 19 juillet 2025 entre le gouvernement congolais et le mouvement terroriste RDF/M23 marque une étape cruciale dans la résolution du conflit qui déchire la RDC. Parmi ses engagements phares figure la restauration de l’autorité de l’État, un principe fondamental pour garantir la stabilité, la sécurité et le développement durable.
Cette exigence n’est pas nouvelle dans l’histoire des conflits armés et des processus de paix. À travers le monde, plusieurs exemples historiques démontrent que sans le rétablissement effectif de l’autorité étatique, les accords de paix restent fragiles, les violences ressurgissent et les populations continuent de souffrir. C’est pourquoi la position du gouvernement congolais est légitime et nécessaire.
Elle ne peut souffrir d’une quelconque mauvaise interprétation sémantique. En nous appuyant sur des cas concrets, des précédents internationaux et les termes mêmes de la déclaration de Doha, la restauration de l’autorité de l’État s’avère une condition sine qua non pour une paix durable. L’engagement de Doha est un cadre juridique et politique clair s’inscrivant dans l’accord de Washington du 27 juin 2025.
La Déclaration de principes insiste sur la nécessité de « restaurer sans conditions l’autorité de l’État congolais sur l’ensemble des territoires occupés ». Cet engagement est conforme aux principes de la Constitution congolaise, de la Charte de l’Union africaine et du droit international, qui affirment tous la primauté de l’État dans l’exercice de sa souveraineté. Le texte prévoit également :
Un cessez-le-feu permanent pour créer un environnement propice au retour de l’administration publique, un mécanisme de vérification impliquant la MONUSCO et des observateurs régionaux pour garantir le respect des engagements et une feuille de route précise pour le rétablissement progressif des institutions étatiques. Ces mesures ne sont pas des vœux pieux : elles répondent à une nécessité historique, comme le prouvent plusieurs exemples internationaux.
La Somalie (1991-présent) : L’effondrement de l’État et ses conséquences désastreuses
Après la chute de Siad Barre en 1991, la Somalie a sombré dans le chaos en raison de l’absence d’un État central fort. Les accords de paix successifs (Djibouti 2008, Accord de Mogadiscio 2012) n’ont pas réussi à stabiliser le pays, car les groupes armés (Al-Shabaab, milices claniques) ont continué à contrôler des territoires, empêchant toute reconstruction institutionnelle. Sans une autorité étatique restaurée, les groupes rebelles maintiennent des zones de non-droit, comme le RDF/M23 dans le Nord-Kivu.
Le Liban (1975-1990) : La guerre civile et le rôle crucial de l’État dans la réconciliation
Pendant la guerre civile libanaise, les milices (comme le Hezbollah ou les Forces libanaises) ont fragmenté le pays. L’Accord de Taëf (1989) a permis la fin des combats, mais le désarmement des factions et le retour de l’armée libanaise dans toutes les régions ont été essentiels pour rétablir l’ordre. Comme au Liban, le retrait des combattants du RDF/M23 doit s’accompagner d’un déploiement effectif des FARDC et des services publics.
La Colombie (2016) : L’accord de paix avec les FARC et la réintégration des territoires
L’accord de paix entre le gouvernement colombien et les FARC en 2016 prévoyait : le désarmement des rebelles sous supervision de l’ONU, la réintégration politique des ex-combattants et la réhabilitation des zones contrôlées par la guérilla via des programmes étatiques. Cependant, dans les régions où l’État est resté faible (comme le Catatumbo), de nouveaux groupes armés (ELN, dissidents des FARC) ont émergé.
La déclaration de Doha a justement évité cet écueil en garantissant une présence étatique effective dans le Kivu. Le gouvernement congolais, seul représentant légal du peuple, ne peut accepter qu’une milice contrôle des portions du territoire. La Déclaration de Doha réaffirme cette exigence en soulignant la restauration sans conditions de l’autorité de l’État et l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC.
Les zones sous contrôle du RDF/M23 ont connu des exactions contre les populations, des déplacements massifs (plus de 500 000 personnes depuis janvier 2025) et une économie paralysée par l’exploitation illégale des minerais. Seul un État restauré peut garantir la sécurité, la justice et les services de base. Il y a un précédent dangereux à éviter. C’est l’échec de l’accord d’Addis-Abeba en 2013.
Ce dernier accord avec le RDF/M23 avait échoué car ce groupe terroriste n’avait pas été complètement démobilisé et l’autorité de l’État n’avait pas été rétablie dans les zones occupées. Résultat : Le M23 a repris les armes en 2022. La déclaration de Doha qui vient s’aligner sur celle de Washington du 27 juin 2025 est donc plus contraignante pour éviter une répétition de cet échec.
La restauration de l’autorité de l’État n’est pas une simple clause de style : c’est la clé de voûte de tout accord de paix durable. Les exemples de la Somalie, du Liban et de la Colombie montrent que sans elle, les conflits renaissent. La Déclaration de Doha offre une opportunité historique, mais sa réussite dépendra de la mise en œuvre effective des engagements, notamment :
Le retrait vérifié du RDF/M23 des zones occupées, le déploiement des FARDC et de l’administration civile et un mécanisme international de suivi crédible (Qatar, UA, ONU). La paix ne réside pas dans la signature, mais dans l’action qui sera mise en place avec des sanctions systématiques des réfractaires. Le gouvernement congolais a donc raison d’insister sur ce point : l’État doit retrouver sa pleine autorité pour que la paix soit réelle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
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Est de la RDC : Human Rights Watch accuse le M23 et l’armée rwandaise de graves exactions à Uvira
L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch accuse les rebelles du M23 et des soldats rwandais d’avoir commis de graves violations contre des civils lors de l’occupation de la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un rapport publié ce jeudi 14 mai, l’ONG évoque notamment des exécutions sommaires, des viols, des disparitions forcées et des enlèvements survenus entre décembre 2025 et janvier 2026.

Des témoignages accablants recueillis sur le terrain
Selon Human Rights Watch, les enquêteurs ont rencontré plus d’une centaine de témoins, survivants et responsables locaux afin de documenter les violences commises après la prise d’Uvira par les combattants de l’AFC/M23 soutenus, selon l’organisation, par des éléments de l’armée rwandaise. L’ONG affirme que plusieurs civils non armés, dont des femmes et des mineurs, auraient été ciblés alors même que les forces gouvernementales congolaises avaient déjà quitté la ville.
Parmi les récits recueillis figure celui d’un père ayant perdu quatre de ses fils, exécutés dans leur maison par des hommes armés accusant les victimes d’être proches des groupes d’autodéfense wazalendo. D’autres témoignages font état de violences sexuelles commises contre des femmes parties chercher de la nourriture dans les zones agricoles autour de la ville.
Human Rights Watch parle de possibles crimes de guerre
Pour l’organisation, la nature des actes documentés pourrait relever de crimes de guerre. Human Rights Watch estime également que le rôle joué par les forces rwandaises dans cette occupation renforce les accusations selon lesquelles Rwanda agirait directement aux côtés du M23 dans l’est congolais, ce que Kigali continue de nier.
L’ONG appelle la communauté internationale à intensifier les enquêtes indépendantes et à sanctionner les responsables présumés des abus. Elle demande aussi une meilleure protection des civils dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, régulièrement secouées par les affrontements armés.
Une situation sécuritaire toujours explosive à Uvira
La ville d’Uvira reste au cœur des tensions dans le Sud-Kivu malgré le retrait annoncé du M23 en janvier dernier. Plusieurs rapports évoquent encore des violences, des déplacements massifs de populations et la découverte de fosses communes après le départ des rebelles. Les autorités congolaises et les groupes armés locaux continuent de s’accuser mutuellement de nouvelles violations contre les civils.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
