Société
La piscine municipale de Kabinda : Quand la gouvernance gadget masque l’indécence
Dans un récent développement surprenant, les autorités de la République Démocratique du Congo ont décidé d’instaurer une police vestimentaire en interdisant les promenades en babouches à Gombe. Cette mesure, censée résoudre des problèmes de propreté dans la capitale, Kinshasa, soulève des questions essentielles sur les priorités et l’efficacité des décideurs politiques.
Alors que la saleté de la ville crie à l’aide, au lieu de s’attaquer aux véritables sources du problème telles que les déchets plastiques qui jonchent les rues, les autorités semblent préoccupées par des détails insignifiants. En effet, punir ceux qui portent des babouches ne fera que masquer temporairement l’indécence environnementale qui sévit à Kinshasa.
Plutôt que de réglementer les vêtements des citoyens, il est impératif de s’attaquer aux racines du mal. En payant correctement le peuple, en nettoyant efficacement la ville et en punissant ceux qui la salissent, les autorités pourraient véritablement inspirer un changement positif dans la société congolaise. Il est grand temps que les mesures absurdes et ridicules cèdent la place à des actions concrètes et significatives.
Plutôt que de se focaliser sur les babouches, il est urgent de viser l’essentiel : une gouvernance responsable, une propreté réelle et une justice sociale. Seul en agissant ainsi, les Congolais pourront s’habiller décemment et avec élégance, non pas par contrainte, mais par fierté et respect de leur environnement et de leur société.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Nord-Kivu : à la veille de la visite ministérielle, Clovis Mutsuva appelle les chefs coutumiers à « dire la vérité » face à l’insécurité
L’arrivée annoncée du ministre des Affaires coutumières, prévue ce vendredi 17 avril 2026 dans les villes de Beni et Butembo, continue de susciter de vives réactions au sein de la communauté locale. Dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les autorités coutumières appelées à rencontrer le membre du gouvernement.
Parmi elles, celle de Clovis Mutsuva, leader d’opinion dans la région, se distingue par la fermeté de son ton. À la veille de cette visite officielle, il adresse un message direct aux chefs coutumiers, communément appelés Mwami, les exhortant à assumer pleinement leur rôle face aux violences qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, il rappelle l’ampleur des souffrances endurées par la population : « Je m’adresse à nos chefs coutumiers, nos Mwami. Voici plus de dix ans que nous mourons par décapitation. Ailleurs, les coutumiers mettent fin à la guerre dans ce pays. […] Mais ici chez nous, je ne veux pas revenir sur les petits conflits qui vous occupent souvent, comme la cession des terres… »
Au-delà du constat, Clovis Mutsuva dénonce les divisions internes et les luttes de pouvoir qui, selon lui, fragilisent l’autorité coutumière et détournent l’attention des véritables enjeux sécuritaires. Il pointe également la prolifération de faux chefs coutumiers :
« Il est vrai qu’il existe des vrais coutumiers, mais les faux existent aussi, et ils sont les plus nombreux. […] C’est une occasion importante qui ne doit pas servir à exposer encore vos querelles. »
Pour ce leader d’opinion, la visite du ministre représente une opportunité cruciale à ne pas gaspiller. Il appelle les autorités traditionnelles à privilégier l’intérêt général et à proposer des solutions concrètes pour mettre fin à l’insécurité, notamment face aux exactions attribuées aux ADF.
Il insiste sur le fait que les conflits entre chefs coutumiers n’ont jamais profité à la population : « Nous, la population, n’avons jamais vu le bénéfice de tout cela. […] Allez lui dire la vérité. Réfléchissez ensemble à comment mettre fin au phénomène ADF, comment utiliser votre pouvoir pour arrêter les massacres et récupérer nos territoires. »
Son message s’étend également à la société civile et à la jeunesse, qu’il invite à éviter tout opportunisme lors de cette visite et à privilégier la responsabilité collective.
Cette prise de parole traduit un ras-le-bol croissant au sein de la population du Grand Nord, qui attend des actions concrètes de la part des autorités, tant coutumières que politiques, pour mettre un terme à une crise sécuritaire qui perdure depuis trop longtemps.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
