Analyses et points de vue
La mesure désespérée : La messe noire d’un camp perdant et les limites de la démocratie à Isiro
Dans l’arène politique tumultueuse du Haut-Uélé, un acte sinistre a secoué les fondations de la démocratie. Lors d’une confrontation électorale tendue opposant le Gouverneur sortant du Haut-Uélé Christophe Baseane Nangaa et ses fidèles lieutenants d’un côté au camp rival mené par le sénateur Jean Bakomito Gambu étiqueté candidat affairiste, l’impensable s’est produit : une messe noire orchestrée pour promettre la mort aux adversaires politiques.
Au cœur de cet événement choquant réside une question fondamentale : jusqu’où la démocratie peut-elle être étirée avant de se rompre ? Alors que le peuple exprime sa volonté à travers ses représentants, de tels actes extrêmes soulèvent des doutes sur la véritable nature du jeu politique. Un dérapage inadmissible même si c’est une histoire entre personnalités affairistes rompues aux pratiques obscures.
Dans une société où le respect de l’expression démocratique est sacro-saint, cette déviation vers des pratiques obscures et menaçantes met en lumière les dangers d’une ambition politique sans limites. La démocratie, en tant que phare de la gouvernance juste, doit être protégée contre de telles dérives pour garantir la souveraineté du peuple et la légitimité des processus électoraux.
Face à cette sombre affaire, il est impératif que la société civile, les institutions démocratiques et les citoyens se lèvent pour condamner ces agissements inacceptables et rappeler que la voix du peuple doit être respectée, sans menace ni intimidation. Car, en dernière analyse, la force véritable d’une démocratie réside dans sa capacité à honorer la volonté collective, non pas à la subvertir par des pratiques destructrices et anti-démocratiques.
La démocratie moderne que le Grand Chef Constant Lungagbe Mbatanadu entend mettre en place dans la province du Haut-Uélé est un idéal d’égalité, d’équité et de fraternité. C’est la volonté des citoyens à défendre des vertus. C’est un rassemblement de gens quelque fois en désaccord certes, dont les vues divergent mais qui n’essaieront jamais d’imposer leurs volontés aux autres.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
La matrophagie : l’instinct cannibale ou la maternité dévorée
La matrophagie n’est pas un mythe oublié, ni une simple figure échouée sur les rives de la psychanalyse. Elle est le geste inaugural, trop souvent tu, de notre rapport à l’origine. Manger la mère, c’est d’abord tenter d’absorber ce qui nous a précédés pour ne plus lui être redevable : un monde sans dette, sans filiation, sans cet importun rappel que nous venons toujours d’ailleurs que de nous-mêmes.
Dans cette ingestion symbolique, l’enfant devenu adulte croit s’émanciper en digérant celle dont le corps fut le premier territoire. Mais le prix de cette autarcie est l’oubli de la vulnérabilité constitutive — celle qui nous lie aux autres par ce que nous avons reçu avant même de savoir vouloir. La matrophagie n’est donc pas un acte, mais un silence : celui d’une culture qui célèbre l’autonomie tout en ensevelissant les mères sous le poids de ce qu’elles ont donné sans jamais pouvoir être remboursées.
Car la matrophagie n’a pas besoin de crocs ni de feux de bois : elle s’exerce froidement, dans les interstices du quotidien. Elle se niche dans l’injonction faite aux mères de s’effacer dès lors que leur utilité a servi — après le sevrage, après les nuits blanches, après que leur corps a été morcelé par les attentes sociales. On loue leur abnégation tout en la leur reprochant dès qu’elle devient trop visible. On les somme de donner sans compter.
Puis on les accuse d’étouffer lorsqu’elles osent encore vouloir exister pour elles-mêmes. La matrophagie, c’est cette double contrainte qui transforme la mère en ressource, puis en gêne : source de vie réduite à l’état de vestige, une fois son capital de sollicitude épuisé. Elle révèle ainsi la contradiction brute d’une société qui sacralise la maternité comme fonction mais abandonne la mère comme personne. Ce que la matrophagie déchire, c’est le lien même qui pourrait fonder une politique de la vulnérabilité partagée.
En faisant de la mère le lieu du don sans retour, on installe au cœur du monde une dette impossible à honorer, et que l’on préfère donc effacer en effaçant celle qui l’incarne. Mais refuser la matrophagie, ce n’est pas simplement rendre hommage aux mères : c’est refuser la logique sacrificielle qui exige que le commencement soit dévoré pour que le continuateur puisse se croire autosuffisant.
C’est soutenir qu’aucun commencement ne doit être ni mangé ni oublié, mais porté comme ce qui nous empêche à jamais de nous prendre pour des dieux. La mère digérée hante les cultures qui l’ont avalée ; la mère reconnue, en revanche, pourrait devenir le premier maillon d’une chaîne où donner et recevoir ne s’opposent plus, où l’on cesse enfin de croire qu’il faut tuer ce qui nous a faits pour devenir quelqu’un.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
