À la Une
“La justice ne saurait attendre” : Le cri de Genève contre le Genocost signé Guillaume Ngefa
Le 8 septembre 2025, Guillaume Ngefa Atondoko, Ministre d’État de la Justice de la RD Congo, a marqué la 60e session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève par un discours puissant et émouvant. Représentant Kinshasa, il a exigé le respect du droit international et des sanctions contre les auteurs de crimes dans l’Est de la RDC, notamment les membres de l’AFC/M23 et les officiers de l’armée rwandaise.
Devant une audience internationale à Genève, Guillaume Ngefa a porté la voix des sans-voix et exigé la fin de l’impunité pour les crimes internationaux. Il a rappelé que “l’engagement pour la justice et la solidarité en faveur des victimes reste un pilier” du processus de paix, tout en mettant en garde contre “la tentation d’instrumentaliser l’histoire”. Guillaume Ngefa incarne une vie de combat pour la justice.
Fondateur de l’Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme (ASADHO), il a documenté les exactions des régimes de Mobutu et de Kabila, au péril de sa vie. En exil après avoir été menacé, torturé et persécuté, il n’a jamais cessé de défendre les opprimés, des pygmées marginalisés aux victimes de génocides. Le ministère de la Justice a intensifié les procès contre les auteurs de crimes, y compris au sein des FARDC.
Guillaume Ngefa insiste : “Des procès sont en cours devant la Haute Cour Militaire contre les officiers ayant commis des actes répréhensibles”. Il ne se contente pas de poursuivre les criminels ; il œuvre pour la dignité des victimes. Lors d’événements parallèles à Genève, il a organisé une exposition culturelle “ART EXPO pour la paix et la résilience” et une conférence sur “Trente ans de conflits armés en RDC : appel à la reconnaissance des génocides oubliés”.
Cette approche multidimensionnelle associe justice, réparations et mémoire collective, visant à briser le cycle de la violence. Son plaidoyer pour une justice transitionnelle inclusive s’appuie sur des consultations avec les victimes, comme le recommande Amnesty International. Face aux tentatives de réécriture de l’histoire, Guillaume Ngefa appelle à la reconnaissance internationale du “Genocost”, le génocide congolais pour des gains économiques.
Il a rappelé à la communauté internationale son “devoir moral et politique” de soutenir cette démarche, soulignant que les conflits à Kisangani (2000) et dans les Kivu ont fait des centaines de milliers de victimes sans justice. Son leadership s’inscrit dans la lignée des grands défenseurs des droits humains, comme l’a décrit le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme. Guillaume Ngefa incarne l’espoir d’une RDC réconciliée avec la justice et la paix.
Son passage de militant exilé à ministre de la Justice symbolise une trajectoire rare, alliant courage, intégrité et vision stratégique. Alors que la RDC poursuit son combat contre l’impunité, son message à Genève résonne comme un appel à l’action global : “La justice ne saurait attendre 25 années supplémentaires”. Sous son impulsion, la RDC montre au monde que la justice pour les victimes n’est pas une option, mais un pilier essentiel de la paix durable.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
À la Une
La RDC parle, le monde écoute… mais que retient-il vraiment ? ( Par
Dans le théâtre feutré de grandes chaînes internationales, une interview n’est jamais un simple échange. C’est un moment de projection, presque une épreuve : celle où un pays, à travers une voix, se mesure au regard du monde. Lorsque Judith Suminwa Tuluka s’installe face aux caméras de TV5 Monde, c’est précisément cet exercice qui se joue. Non pas seulement répondre, mais exister. Non pas seulement expliquer, mais s’inscrire. Et à cet instant, une question s’impose en filigrane : la RDC est-elle en train de trouver sa voix… ou d’apprendre à la faire porter ?

D’abord, une évidence : le ton est posé, méthodique, presque pédagogique. À aucun moment la Première Ministre ne cède à la précipitation ni à la surenchère. Lorsqu’elle rappelle que « la Constitution est claire » et insiste sur « une consultation permanente » au sommet de l’État, elle installe une image de continuité et de discipline institutionnelle. Ce signal n’est pas anodin, dans un contexte où les équilibres politiques sont souvent scrutés.
Sur le plan international, on peut retrouver la même logique : à propos de l’accueil de migrants, elle évoque « un service que nous rendons (…) dans le cadre d’un accord (…) de manière temporaire ». La formule est mesurée, presque prudente. Elle cherche à tenir une ligne étroite : apparaître comme un partenaire fiable sans donner le sentiment d’un déséquilibre. C’est précisément là que réside la nature de cet exercice : dire suffisamment pour exister, sans trop en dire pour ne pas s’exposer.
Sur la sécurité, le propos gagne en densité. « Nous sommes là pour protéger nos citoyens (…) et l’intégrité territoriale de notre pays », affirme-t-elle. La phrase est forte, presque attendue, mais elle est dite avec une forme de retenue qui tranche avec les discours plus offensifs que l’on observe ailleurs. Cette retenue a une vertu : elle crédibilise. Elle donne le sentiment d’un pouvoir conscient de la gravité des enjeux. Toutefois, elle a aussi une limite : elle atténue l’impact. Car dans ce type d’entretien, tout est affaire de contraste. Et lorsque tout est maîtrisé, tout peut aussi sembler égal. Les moments forts existent, mais ils ne sont pas toujours mis en relief.
C’est particulièrement visible sur le terrain économique. Lorsque Judith Suminwa évoque la nécessité de « partenaires qui vont nous permettre d’évoluer (…) vers une transformation locale (…) et la création d’emplois », elle touche à un point central : celui de la mutation du modèle économique congolais. De même, en affirmant que « nous sommes dans la diversification (…) des partenariats », elle dessine les contours d’une diplomatie plus ouverte.
Ces éléments portent une vision. Ils racontent une trajectoire possible pour la RDC. Pourtant, ils passent presque sans bruit, comme s’ils étaient noyés dans un flux continu d’explications. Le problème n’est donc pas l’absence de contenu. Il est ailleurs : dans la hiérarchie du discours. À trop vouloir tout dire avec le même niveau d’intensité, on finit par ne rien faire émerger clairement.
Il en va de même pour les séquences plus sensibles. La Première Ministre choisit de ne pas éluder certaines réalités, et c’est à mettre à son crédit. Mais dans un espace médiatique où chaque mot peut être amplifié, cette transparence exige un encadrement plus serré. Non pour dissimuler, mais pour orienter la lecture.
C’est toute la différence entre une parole juste et une parole stratégique.
Car au fond, cette interview pose une question simple : que doit être aujourd’hui la communication d’un État comme la RDC sur la scène internationale ?
Si l’objectif est de rassurer, le contrat est rempli. Si l’objectif est d’exister, le mouvement est enclenché. Mais si l’objectif est d’influencer, alors une étape reste à franchir.
Cette étape passe par une transformation du registre. Moins d’explication linéaire, plus de points d’appui. Moins de prudence uniforme, plus de moments assumés. Moins de discours continu, plus de repères clairs. Rien de cela ne remet en cause le fond. Au contraire. C’est précisément parce que le socle est solide que l’exigence augmente.
L’intervention de Judith Suminwa Tuluka donne à voir une parole en construction, sérieuse, cohérente, crédible. Elle marque une entrée dans un espace où la RDC est désormais attendue, écoutée, parfois même contestée. Et c’est peut-être là le signe le plus révélateur : un pays qui commence à compter est un pays dont la parole commence à être scrutée.
Reste désormais à faire de cette parole non seulement un outil de présence, mais un instrument d’influence. Car sur la scène internationale, il ne suffit plus de parler juste. Il faut aussi parler fort, au sens stratégique du terme.
Georges Herady, Journaliste et Analyste Politique.
