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Analyses et points de vue

La jeunesse congolaise : entre passion pour les leaders et indifférence à ses propres droits

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La jeunesse congolaise a toujours été au centre des dynamiques politiques, tantôt comme actrice de changement, tantôt comme force instrumentalisée. La récente mobilisation autour de Constant Mutamba illustre cette ambivalence. Voir des jeunes se lever pour soutenir un leader politique n’est pas un fait négatif en soi : cela traduit une vitalité citoyenne et la capacité de croire à une vision de changement. Toutefois, ce type de mobilisation révèle une contradiction profonde.

Le paradoxe saute aux yeux : pourquoi cette même jeunesse, si dynamique pour défendre un individu, reste-t-elle silencieuse face aux réalités qui écrasent son quotidien ? Où sont ces foules quand il s’agit de manifester contre le chômage endémique, contre la flambée des prix qui étrangle les familles, contre la précarité qui détruit les rêves d’avenir ? Où est ce courage lorsqu’il faut réclamer une éducation de qualité, des soins de santé accessibles, ou encore la protection de leurs droits fondamentaux ?

La question centrale est donc la suivante : la mobilisation de la jeunesse congolaise exprime-t-elle une véritable conscience politique orientée vers l’émancipation collective, ou n’est-elle que l’expression d’une aliénation qui la détourne de ses propres intérêts fondamentaux ?

Cette contradiction révèle une jeunesse qui, souvent instrumentalisée par les idéologies politiques, peine à s’ériger en véritable force de contestation sociale. Elle s’indigne quand il s’agit d’un leader, mais pas quand il s’agit de son propre sort. On en vient à se demander : la jeunesse congolaise défend-elle ses droits ou les ambitions de quelques-uns ?

En effet, la jeunesse congolaise a en elle une puissance historique inestimable. Encore faut-il qu’elle choisisse de la mettre au service de la justice, de l’équité et de son avenir, plutôt que de la dilapider dans des combats qui, souvent, ne profitent qu’à quelques figures politiques. Le vrai courage n’est pas de crier le nom d’un leader, mais d’oser crier sa propre douleur et ses propres espérances.

Hannah Arendt rappelait que « la liberté politique ne s’éprouve que dans l’action ». Agir politiquement, c’est participer activement à la vie de la cité, en posant des actes qui transforment les conditions de l’existence collective. Or, lorsque la jeunesse choisit d’agir principalement pour défendre une personne plutôt que pour revendiquer son propre avenir, elle déplace l’essence de son engagement. Elle confond la politique comme espace de liberté avec la politique comme culte des individus.

Le problème est profond. La politique a réussi à détourner l’énergie des jeunes vers des causes personnalisées, au lieu de les canaliser vers la défense du bien commun. Et tant que les jeunes se laisseront séduire par des figures au lieu de lutter pour des idéaux, ils resteront vulnérables à la manipulation. Il ne s’agit pas ici de condamner le soutien à Constant Mutamba. Ce soutien est l’expression d’une croyance et d’une conviction, ce qui demeure respectable. Mais il devient inquiétant lorsqu’il révèle une incapacité à prioriser les véritables enjeux. Car un peuple qui marche pour les hommes, mais ne marche pas pour lui-même, prépare inconsciemment sa propre servitude.

Le drame est là : la jeunesse congolaise démontre qu’elle peut marcher, qu’elle peut s’unir, qu’elle peut se faire entendre. Mais elle choisit trop souvent de canaliser cette force dans des causes personnalisées, au lieu de la diriger vers l’essentiel : son avenir. On ne la voit pas descendre massivement dans la rue pour crier son chômage, sa misère, l’effondrement du système éducatif, la cherté de la vie, la fragilité de ses rêves. Elle se lève pour un individu, mais s’incline face aux structures qui l’écrasent.

Le défi reste donc ouvert : transformer cette énergie en une force critique, orientée non pas vers des personnes, mais vers des idéaux. Comme le rappelait Frantz Fanon, « chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». La mission de la jeunesse congolaise n’est pas seulement de défendre les figures politiques, mais de devenir elle-même le sujet de son histoire. Le jour où elle marchera d’abord pour ses propres droits et sa dignité, aucun système ne pourra lui résister.

Régis MBUYI NGUDIE KULONDI (Philosophe, journaliste, penseur, consultant en communication)

Analyses et points de vue

RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)

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Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.

Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.

En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.

CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.

Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.

Le Processus de Réinsertion

Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.

A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.

Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.

Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.

Suivi psychologique pour les violences

Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.

La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.

Zagor Mukoko Sanda

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