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La dérive de la classe politique congolaise : Entre modernité dévoyée et oubli des vertus fondamentales
Dans le cœur battant de l’Afrique, la République Démocratique du Congo se débat avec les vestiges d’une modernité mal assimilée, où la classe politique, loin d’être l’émanation d’une mémoire collective et d’un savoir-faire territorial, s’affiche dans une indignité à la fois avérée et revendiquée. Une réflexion sans concession sur les conséquences de cette modernité acculturée sur le paysage politique congolais s’avère indispensable.
La conversation politique en RDC, souvent réduite à un vacarme sans substance, devrait pourtant résonner de la voix du peuple, être le reflet d’une mémoire et d’une identité partagées. La politique, dans son essence, est le tissu qui lie la communauté, qui défend et valorise les richesses locales, les traditions et les compétences qui sont l’âme d’une nation. Or, en RDC, le constat est amer : la classe politique semble avoir divorcé de cette réalité, oubliant que le travail acharné et la mémoire collective sont les piliers d’une gouvernance vertueuse.
Les exemples de cette indignité politique ne manquent pas : corruption endémique, promesses non tenues, détournements de fonds, le tout joué sur la scène internationale avec une désinvolture qui frise la norme. La RDC, riche de ses ressources et de son potentiel humain, est ainsi prise au piège d’un système politique où l’intérêt personnel prime sur l’intérêt collectif, où l’amnésie des responsabilités historiques et sociales semble être devenue la stratégie de survie politique.
Dans ce paysage désolé, comment la RDC peut-elle retrouver le chemin de la vertu politique ? La réponse est aussi simple que complexe à mettre en œuvre : par le travail et la mémoire. Travailler pour le peuple, se souvenir des luttes, des espoirs et des échecs, et utiliser cette mémoire pour construire un avenir plus juste. La classe politique congolaise doit renouer avec ces fondamentaux si elle souhaite restaurer sa dignité et mériter son titre de représentante du peuple.
Ce renouveau passe inévitablement par une introspection courageuse et une révolution des consciences au sein même de la classe politique. Seul un retour aux sources de ce que devrait être la politique – service du bien commun, défense de la mémoire collective et du savoir-faire local – permettra de reconstruire les fondations d’une RDC fière, indépendante et prospère.
La RDC se trouve à un carrefour crucial de son histoire. Le chemin vers la rédemption est semé d’embûches, mais il est impératif de le parcourir pour espérer un avenir meilleur. Le défi est de taille, mais la récompense est la renaissance d’une nation qui aura su se réapproprier sa politique pour la mettre véritablement au service de son peuple.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
À la Une
Révision constitutionnelle en RDC : Ferdinand Lokunda et l’ASMECO plaident pour une refondation institutionnelle
Le débat sur une éventuelle révision ou réforme constitutionnelle en RD Congo continue d’alimenter la scène politique et citoyenne. Parmi les voix qui se font entendre figure celle de Ferdinand Lokunda Dasilva, président de l’Association des Métis au Congo (ASMECO), une structure de la société civile engagée notamment dans la lutte contre la discrimination raciale, la marginalisation et la défense des droits des enfants sans distinction d’origine.
À travers une série de propositions rendues publiques, Ferdinand Lokunda appelle à une « nouvelle Constitution » qu’il juge plus adaptée aux réalités politiques, sécuritaires et institutionnelles de la RDC. Ses desiderata touchent aussi bien à la nationalité, à l’organisation des institutions qu’au mode de gouvernance du pays.

La double nationalité au cœur des propositions
Parmi les réformes majeures défendues par Ferdinand Lokunda figure la reconnaissance de la double nationalité pour les Congolais. Selon lui, tout citoyen devrait avoir le droit d’acquérir une autre nationalité sans perdre celle de la RDC. Une question qui revient régulièrement dans le débat national, notamment au regard de l’importante diaspora congolaise installée en Europe, en Amérique ou ailleurs en Afrique.
L’activiste estime que cette ouverture pourrait renforcer l’apport économique et intellectuel de la diaspora dans le développement du pays, tout en modernisant le cadre juridique actuel.
Un mandat présidentiel plus long
Autre proposition phare : la modification de la durée du mandat présidentiel. Ferdinand Lokunda suggère soit un mandat de 7 ans renouvelable une seule fois, soit un mandat unique de dix ans non renouvelable. Pour lui, cette réforme permettrait au chef de l’État de disposer du temps nécessaire pour exécuter ses projets de société et garantir une certaine stabilité institutionnelle.
La proposition intervient dans un contexte où la question des institutions et de leur efficacité reste largement débattue au sein de l’opinion congolaise.
Les fonctions de souveraineté et la question identitaire
Le président de l’ASMECO propose également un durcissement des conditions d’éligibilité aux fonctions dites de souveraineté. Selon sa vision, tout Congolais ayant des « affiliations » ou des « cordons ombilicaux » avec un pays voisin ne devrait pas accéder à certaines hautes fonctions de l’État.
Une position qui s’inscrit dans un climat politique marqué depuis plusieurs années par les débats autour de la nationalité, de l’identité et des questions sécuritaires dans la région des Grands Lacs.
Vers un Parlement monocaméral ?
Dans ses propositions, Ferdinand Lokunda défend aussi l’idée d’un Parlement à chambre unique composé de 800 députés, estimant que cette formule serait plus adaptée à l’immensité géographique de la RDC. Il plaide en outre pour des élections présidentielles organisées à deux tours afin de renforcer la légitimité populaire du président élu.
Enfin, il souhaite que les gouverneurs des provinces, les responsables territoriaux ainsi que le Premier ministre soient nommés par le président de la République lorsqu’ils ne sont pas originaires des entités concernées.
Une vision portée par l’ASMECO
À travers l’Association des Métis au Congo (ASMECO), Ferdinand Lokunda développe depuis plusieurs années un discours axé sur la cohésion nationale, la lutte contre les discriminations et la protection des droits des personnes marginalisées. La structure affirme également promouvoir des projets de développement communautaire et l’autofinancement pour soutenir ses actions sociales.
Ces nouvelles propositions constitutionnelles viennent ainsi élargir le champ d’intervention de cette organisation citoyenne qui entend désormais peser dans le débat public sur l’avenir institutionnel de la RDC.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
