Justice
Kwango : le journaliste Paz Miluta interdit de sortir de Kenge !
L’épopée sur l’arrestation du journaliste Paz Miluta n’est pas loin de finir. L’effervescence des jeunes à l’issue de sa sortie de prison jeudi 10 juillet dans la soirée aura été une joie éphémère au regard des décisions et précautions prises autour de sa situation.
Les jeunes autour du CPJ et le Collectif des journalistes du Kwango, structures qui ont milité pour sa liberté n’ont pas été informés des contours de la liberté provisoire du journaliste.
CONGOPROFOND.NET vient d’être informé que le journaliste Paz Miluta a bénéficié d’une liberté provisoire assortie de quelques conditions auxquelles il doit se soumettre sans broncher. La plus importante étant le fait qu’il ne peut pas bouger de la ville de Kenge (chef-lieu de la province du Kwango), où il s’est installé depuis près de trois ans.
Le journaliste dit avoir accepté et signé les conditions pour retrouver d’abord sa liberté et discuter une fois dehors.
Mais s’il veut aller de faire soigner à Kinshasa, il doit adresser une demande expresse auprès du Tribunal de Paix de Kenge.
Il lui a également été imposé le silence sur le sujet (son arrestation). Il ne peut pas partager sur ce sujet en public (dans la rue, autour d’un verre). C’est ce que les responsables du Tripaix appelleraient « faire du triomphalisme ».
Pour les observateurs, c’est un piège qui peut se refermer à tout moment, car ces mesures de restriction sévère laissent une manœuvre à ses adversaires du Parquet de Grande Instance de Kenge pour le recoffrer à la moindre escarmouche. Déjà dans les commentaires, il se dit que Paz bénéficie d’une liberté provisoire piégée.
D’autres pensent que c’est des mesures fantaisistes mises sur papier pour contenter les magistrats du PGI qui sont déterminés à voir le journaliste croupir sempiternellement en prison. On va voir !
Émile Yimbu/ CONGOPROFOND.NET
À la Une
« Maîtrisez-les n’est pas torturez-les » : La Cour militaire siégeant à Ndolo acquitte Philémon Mambabua
L’épilogue judiciaire de l’affaire dite des « Enfants Mushobekwa » est tombé ce jeudi 4 juin 2026 à 13h20, dans le décor solennel d’une audience ouverte par les honneurs militaires. L’affaire PR 540/026, appelée par le greffier, a vu comparaître physiquement Philémon Mambabua et les deux policiers Bope Tshende et Ebukalela Aaron, tandis que les parties civiles (Marie-Ange Mushobekwa et Ntabaza) étaient présentes, les 3 garçons étant représentés par leurs conseils.

Le Premier Président de la Cour, devant l’épaisseur du jugement, a dispensé l’assemblée de la lecture exhaustive pour se concentrer sur l’exposé des faits. Il est revenu sur cette soirée pyjama organisée par Malaïka, fille de Philémon Mambabua, et sa cousine Leonnie, qui invitèrent Sakina, laquelle fit appel à son petit ami Claudien Likulia vers 1h du matin fraîchement revenu de Paris. Contre toute attente, ce dernier fit irruption vers 3 heures du matin avec deux autres garçons (son petit-frère Christopher et son ami Noah), bien après l’heure convenue. Une situation qui affecta Malaïka et qui, au retour inopiné de son père, fit éclater le stratagème. Ce dernier exigea que les parents soient appelés pour une discussion au petit matin. Marie-Ange Mushobekwa présenta alors ses excuses et demanda à ses garçons d’en faire autant. L’affaire, à cet instant précis, était close.
C’est le lendemain que le cours des événements bascula, avec le dépôt d’une plainte par Me Claude Mulemba Benoit, avocat de Madame Mushobekwa auprès de l’auditorat militaire, évoquant torture et séquestration. Pourtant, au fil des audiences, Philémon Mambabua et les deux policiers ont constamment nié. La Cour, dans son office de vérification et de reconstitution des faits, a relevé que la volonté de Philémon Mambabua avait été viciée : la dissimulation des 3 garçons dans la salle de bain prouve qu’il n’avait jamais autorisé leur présence à son domicile. Sur le cœur du dossier — la torture —, la Cour s’est livrée à un examen méthodique des preuves. Elle a constaté que si les victimes ont décrit des actes sous l’effet de traumatismes, la nature et l’exactitude de leurs récits pouvaient en être altérées, notamment sur le nombre de policiers impliqués et l’instrument utilisé. Mais surtout, Sakina, témoin central, a toujours affirmé n’avoir jamais entendu Philémon Mambabua donner l’ordre de maltraiter les garçons. La Cour a donc retenu le doute sur l’incitation, rejetant la qualification du Ministère public et rappelant que l’ordre de « maîtriser » ne saurait être confondu avec celui de torturer. Faute de preuves matérielles et d’élément intentionnel caractérisé, Philémon Mambabua a été purement et simplement acquitté.
La Cour, s’en tenant aux faits et non aux définitions ontologiques, a ainsi déclaré l’infraction d’incitation non fondée en droit pour le prévenu principal. Cet acquittement emporte des conséquences civiles directes : Philémon Mambabua, déclaré non responsable, ne devra verser aucune réparation. Le droit a été dit, et pour l’ »avocat de la société » comme pour la défense, le message est limpide : sans preuve, l’accusation ne tient pas.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
