Société
Kintambo : l’électricité devenue un luxe, les habitants dénoncent la gestion de la SNEL
Dans la commune de Kintambo, l’une des plus anciennes de Kinshasa, l’électricité est progressivement devenue un privilège rare plutôt qu’un service public accessible. Les habitants dénoncent avec insistance la mauvaise gestion et le fonctionnement défaillant de la Société nationale d’électricité (SNEL), qui plonge régulièrement les ménages dans l’obscurité, avec des conséquences importantes sur la vie quotidienne.
Depuis plusieurs mois, un système de délestage s’est installé dans plusieurs quartiers de la commune. Selon les habitants, le principe appliqué est simple mais pénalisant : deux jours avec électricité, suivis d’une journée entière sans courant. Dans la réalité, toutefois, ce calendrier est rarement respecté. Les coupures dépassent souvent les 24 heures prévues et surviennent parfois même durant les jours supposés être alimentés en électricité.
Pour de nombreux ménages, cette situation est devenue insupportable. Les familles voient leurs provisions alimentaires se détériorer faute de réfrigération. Les élèves et étudiants éprouvent des difficultés à étudier dans l’obscurité, tandis que les petits entrepreneurs, fortement dépendants de l’électricité pour leurs activités, peinent à maintenir leurs commerces.
« L’électricité est devenue un luxe à Kintambo », déplore un habitant du quartier Itimbiri. « Nous payons pourtant nos abonnements prépayés, mais nous passons plusieurs jours sans courant. Comment peut-on travailler ou étudier dans ces conditions ? »
Dans le quartier Itimbiri, précisément au camp Utex, la situation suscite une vive indignation. Les habitants affirment que certains agents de terrain de la SNEL gèrent le courant de manière arbitraire. Un agent, identifié sous le nom de John, est régulièrement cité par les riverains comme exerçant une influence disproportionnée sur la distribution de l’électricité dans la zone. Selon plusieurs témoignages, les habitants seraient contraints de le suivre ou de le solliciter pour espérer voir le courant rétabli.
Pour les résidents, une telle situation est inadmissible dans une capitale. « L’accès à l’électricité n’est pas une faveur, c’est un droit pour tout Congolais », rappelle un chef de ménage.
Au-delà du désagrément domestique, les conséquences touchent également la sécurité publique. Dans plusieurs quartiers de Kintambo, l’absence prolongée d’électricité favorise l’insécurité. L’obscurité devient un terrain propice aux vols nocturnes et aux activités des bandes criminelles communément appelées « kuluna ».
Face à cette situation, les habitants appellent les autorités à prendre leurs responsabilités. Dans une ville comme Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, les problèmes d’électricité et d’eau ne devraient plus être une fatalité.
Les citoyens réclament ainsi une réforme profonde dans la gestion des services publics essentiels et un contrôle plus strict du fonctionnement de la SNEL. Pour eux, il est urgent de restaurer un service électrique stable et digne afin d’améliorer les conditions de vie et de soutenir le développement économique des quartiers.
Après plusieurs années de plaintes et de dénonciations, les habitants de Kintambo espèrent enfin être entendus. Car pour eux, vivre dans la capitale ne devrait pas signifier vivre dans l’obscurité.
Régis NGUDIE / Congoprofond.net
Provinces
Gemena : impatiente face au blocage du chantier de modernisation, la jeunesse hausse le ton contre IMMO-SERKAS
À Gemena, l’attente commence à peser lourd. Alors que les travaux de réhabilitation et de modernisation de la ville devaient redessiner le visage urbain, le ralentissement du chantier suscite une vague de mécontentement, particulièrement chez les jeunes.
Depuis plusieurs jours, des messages et vidéos circulent sur les réseaux sociaux pour dénoncer le retard et la qualité perçue des travaux. « Certains individus récidivistes et instrumentalisés diffusent des messages et vidéos de désinformation et désorientation à des fins inavouées », dénonce un communiqué récent de l’entreprise adressé à la population. Mais pour une partie de la jeunesse, ces accusations ne suffisent pas à masquer une frustration bien réelle.
« Depuis l’existence de cette ville, il n’y a jamais eu un seul mètre de route asphaltée », rappelle Me Rufis Enyela, coordinateur du mouvement citoyen lutte pour le changement (LUCHA) dans le Sud-Ubangi. C’est précisément cette promesse historique qui alimente l’impatience. Les jeunes de Gemena, qui espéraient voir enfin des routes praticables, des caniveaux fonctionnels et un éclairage public digne de ce nom, voient le chantier piétiner.
Selon la société IMMO-SERKAS SARL en charge de l’exécution, la responsabilité ne revient pas à l’entreprise. « Les travaux d’assainissement, de pose des bordures et le début des travaux de la chaussée sont exécutés selon les règles de l’art », affirme-t-elle. Le blocage viendrait d’ailleurs : « Cela fait près d’une année que plus de 4 factures de l’entreprise déjà introduites et ayant reçues l’avis de non-objection du Ministre des Finances, ne sont toujours pas payées par le BCECO ».

Conséquence directe : le matériel est à l’arrêt. « Plusieurs camions bennes, 33 conteneurs chargés de bitumes, les engins complets destinés à l’asphaltage proprement dit de nos routes, sont déjà importés » et restent bloqués dans les entrepôts de l’ONATRA en attente de déblocage des fonds. Pour les jeunes mobilisés, cette situation est difficile à accepter alors que les routes comme Gemena-Akula et Gemena-Songo restent « totalement impraticables ».
La colère s’exprime de plus en plus ouvertement. Certains y voient un manque de considération pour la province et une incapacité des acteurs politiques à défendre les projets locaux. « Les mêmes individus sont muets sur ces réalités beaucoup plus graves », souligne le communiqué, qui appelle à la vigilance.
Face à cette tension, l’appel à l’apaisement se fait insistant. « Restons concentrés, ne cédons pas aux informations non vérifiées et sans fondement. Notre rôle est d’assurer un atterrissage en douceur pour que Gemena bénéficie enfin de routes durables », peut-on lire.
Le message se termine sur une note d’espoir : « Gemena mérite mieux. Cela passe par la patience, la vérité et l’unité de tous ». Reste à savoir si cette patience suffira à calmer une jeunesse qui attend des actes concrets, et non plus des promesses.
Blaise ABITA ETAMBE
