Environnement
Kinshasa : Judith Suminwa clôture la SNC et prend note de dix recommandations issues des ateliers
La Semaine nationale du climat s’est clôturée ce jeudi à Kinshasa, lors d’une cérémonie présidée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, représentant le Président de la République, actuellement à Paris pour la Conférence internationale sur la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs. Cet événement, organisé par le ministère de l’Environnement et du Développement durable, a réuni pendant quatre jours des experts, diplomates, partenaires techniques et financiers ainsi que les ministres provinciaux de l’Environnement venus des 26 provinces du pays.
Les travaux de deux jours d’ateliers thématiques ont abouti à dix recommandations majeures destinées à orienter l’action climatique de la RDC dans la perspective de la COP30. Ces recommandations, présentées solennellement à la cheffe du gouvernement, traduisent l’engagement des acteurs nationaux à renforcer la gouvernance environnementale et à préparer le pays à défendre son leadership climatique sur la scène internationale.
Parmi les recommandations phares, figure la mise en place d’un cadre national de concertation technique réunissant toutes les parties prenantes pour impulser la transition vers une économie verte et bleue, créatrice d’emplois durables. Une autre proposition met l’accent sur la promotion des énergies renouvelables dans les zones rurales et périurbaines, afin de réduire la pression sur les ressources forestières. Enfin, la troisième recommandation jugée prioritaire appelle à renforcer les alliances internationales stratégiques en faveur de la protection des écosystèmes et de la solidarité climatique entre nations.
Dans son mot de clôture, la ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, a salué la participation active des experts congolais et internationaux, soulignant que ces échanges constituent « un jalon essentiel pour positionner la RDC comme pays solution face à la crise climatique mondiale ». Elle a également rappelé que la richesse écologique du Congo deuxième poumon vert de la planète doit se traduire par des opportunités concrètes pour le développement national.
La Première ministre, pour sa part, a pris acte des recommandations et réaffirmé la détermination du gouvernement à les traduire en actions concrètes. Elle a insisté sur l’importance d’une coopération accrue avec les partenaires internationaux et d’une mobilisation budgétaire nationale pour garantir la mise en œuvre des engagements pris. La clôture de cette édition 2025 de la Semaine nationale du climat marque ainsi une étape clé dans la préparation de la RDC à la COP30 et dans sa transition vers une économie plus résiliente et durable.
Dorcas Mwavita
Environnement
Le Baobab s’est couché : Adieu à Anny Mandungu, la femme qui savait le nom secret des arbres
C’est une bibliothèque tout entière qui disparaît avec elle, une forêt de savoirs que les flammes du temps viennent d’emporter. Anny Mandungu n’est plus, et nous voilà orphelins de cette femme qui connaissait chaque essence par son nom, chaque plante par ses vertus, chaque sentier de brousse par son histoire, avec une précision qui tenait du miracle et de la dévotion.
Issue d’une famille noble, façonnée par une immense culture, elle avait tout pour mener une existence feutrée dans les salons de Kinshasa. Elle a préféré l’odeur de la terre après la pluie, le défrichage du potager, les longues marches silencieuses sous la canopée et la complicité avec les paysans. Cette femme aux cheveux blancs incarnait à elle seule une élégance intellectuelle rare et une simplicité bouleversante ; elle ne s’appartenait pas, elle appartenait au Congo profond, à sa biodiversité, à la jeunesse qu’elle formait sans relâche.
Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement ses proches qui pleurent : ce sont les forêts qui perdent leur gardienne la plus aimante, et le pays tout entier qui sent vaciller une part irremplacée de son âme verte. C’est dans l’humilité des gestes ordinaires que son engagement prenait toute sa grandeur, car Anny Mandungu ne concevait pas la protection de la nature sans les femmes et les hommes qui en vivent. Son grand projet, (Fhenev — Femmes, Hommes, Environnement, Nature et Entrepreneuriat Vert) était une plateforme visionnaire.
Un lieu où devait germer une Afrique réconciliée avec sa terre par l’agroforesterie, la souveraineté alimentaire et la transmission des savoirs. Elle y croyait comme on croit à l’aube, avec une ferveur inusable, et passait sans effort apparent d’une réunion Zoom à une récolte de soja, d’une recette partagée avec tendresse à une négociation internationale. Infatigable, elle donnait tout sans jamais rien réclamer pour elle-même. Et c’est peut-être là que le chagrin se fait plus lourd encore.
Cette technicienne exceptionnelle, cette voix crédible et rare, n’a pas toujours été écoutée, reconnue, honorée à la mesure de ce qu’elle offrait. Ce silence autour de son génie discret ajoute à notre tristesse une injustice que nous porterons longtemps, comme un remords. Car au-delà de la science, nous perdons aussi la femme chaleureuse qui illuminait les jours par sa joie de vivre, ses petites recettes données avec un sourire, ses invitations aux expéditions champêtres et cette manière unique de faire de chaque rencontre un moment de générosité pure.
Alors il nous faut maintenant apprendre à avancer sans elle, le cœur lourd et la mémoire en alerte. Anny Mandungu ne s’est pas éteinte : elle s’est enracinée, comme elle l’a toujours rêvé. Elle devient ces racines qu’elle a tant chéries, ces arbres qu’elle a sauvés, ces jeunes consciences qu’elle a éveillées et qui continueront de porter sa voix. Chaque graine mise en terre, chaque parcelle d’agroforesterie, chaque étudiant congolais qui prononcera le nom d’une plante en se souvenant d’elle sera une petite flamme allumée dans son sillage, un murmure de sa présence.
Les grandes femmes ne disparaissent jamais tout à fait : elles se transforment en terre nourricière, en promesse de renaissance. Le chemin de la RD Congo sera plus triste sans toi, chère et admirable Anny Mandungu, bourlingueuse utile et efficace, mais nous veillerons à ce que ton héritage grandisse plus haut que les plus majestueux baobabs. Va en paix, toi qui savais le nom secret des arbres, désormais c’est la forêt tout entière qui chuchotera le tien.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
