Société
Kinshasa ezo bonga : entre rues libérées et petits commerces à bout, les démolitions divisent les Kinois
À Kinshasa, l’opération d’assainissement des artères et de libération des emprises publiques se poursuit dans plusieurs quartiers de la capitale. Dans le sillage de la dynamique « Kinshasa ezo bonga », des équipes sont déployées pour dégager les voies occupées par des étalages, des commerces et des installations considérées comme irrégulières. Autour du marché central de Kinshasa, notamment, les autorités avaient déjà engagé des opérations de dégagement des espaces publics afin de fluidifier la circulation, améliorer la salubrité et restaurer l’ordre urbain.
À Bandal-Kitambo, les vendeurs sommés de libérer les artères
Mardi 11 août, le constat effectué sur l’axe reliant le secteur de Pont makelele jusqu’à la station Ma Campagne, en passant par Bandal-Kitambo, montre la poursuite de cette campagne. Des agents ont demandé aux commerçants installés le long des artères de libérer les abords de la chaussée et de ne plus exposer leurs marchandises sur la voie publique. Les vendeurs ont été avertis que les marchandises laissées sur les emprises pourraient être saisies lors des passages des équipes chargées de l’opération.

À Zando, le commerce de rue résiste
Au marché central, la situation illustre davantage la difficulté de faire disparaître complètement le commerce informel. Alors que les autorités ont encouragé les vendeurs à rejoindre les espaces aménagés à l’intérieur du marché, certains continuent de vendre à l’extérieur. Lorsqu’une présence policière est signalée, plusieurs commerçants ramassent rapidement leurs marchandises et s’éloignent avant de revenir une fois le passage des agents terminé. Un fonctionnement qui donne au commerce de rue des allures de jeu du chat et de la souris.

« Les étalages sont trop chers », expliquent certains vendeurs
Interrogés sur les raisons qui les poussent à rester à l’extérieur, certains vendeurs rencontrés sur place évoquent principalement le coût des espaces commerciaux. Ils affirment ne pas être en mesure de supporter le prix des étalages, auquel s’ajoutent différentes charges et taxes quotidiennes. Pour ces petits commerçants, les bénéfices réalisés sur leurs activités ne permettraient pas toujours de couvrir l’ensemble de ces dépenses. Ils préfèrent donc continuer à vendre dans la rue, malgré les risques de saisie de leurs marchandises.
Entre satisfaction et inquiétude
Les opérations suscitent ainsi des réactions contrastées chez les Kinois. Certains habitants saluent la libération des artères, estimant que les routes, les trottoirs et les espaces publics doivent être dégagés pour améliorer la circulation et le cadre de vie. D’autres, notamment parmi les commerçants touchés, redoutent la perte de leur principale source de revenus et disent ne pas savoir où poursuivre leurs activités. Derrière les démolitions et le dégagement des voies publiques, une question demeure donc : comment concilier la volonté de remettre de l’ordre dans Kinshasa avec la nécessité de permettre aux petits commerçants de continuer à vivre de leurs activités ?
Dorcas Mwavita