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Culture

Kinshasa célèbre la photographie comme gardienne de la mémoire collective

La capitale congolaise franchit une nouvelle étape dans la valorisation de son patrimoine artistique en accueillant un festival consacré à la photographie et aux mémoires. À travers cette initiative, l’image dépasse sa simple fonction esthétique pour devenir un instrument de transmission, de réflexion et de reconstruction d’une histoire nationale marquée par de profondes mutations.

Organisé notamment à l’Académie des Beaux-Arts et au Musée National de la République démocratique du Congo, l’événement met en lumière un siècle de photographie congolaise. Des archives de l’époque coloniale aux créations contemporaines, les œuvres présentées invitent le public à relire l’histoire du pays sous le regard de celles et ceux qui l’ont vécue ou documentée.

Pour le photographe et enseignant Samy Baloji, la photographie constitue un véritable langage de la mémoire. Elle donne corps aux récits individuels et collectifs, tout en permettant de retracer les différentes périodes politiques qui ont façonné le Congo. À ses yeux, préserver ces images revient à préserver une partie essentielle de l’identité nationale.

Cette réflexion trouve un prolongement dans l’exposition « Mémoires », accueillie au Musée National. Imaginée par Marthe Tussi, elle rassemble plusieurs artistes autour d’œuvres inspirées des drames vécus dans l’Est de la RDC. Déplacements forcés, violences, enfants associés aux groupes armés et résilience des femmes composent une fresque artistique qui transforme la souffrance en témoignage et en espoir.

Au-delà de l’exposition, les organisateurs défendent une vision de l’art comme espace de guérison. En donnant la parole aux survivants et aux communautés affectées par les conflits, ils souhaitent contribuer au renforcement de la cohésion nationale et encourager un dialogue fondé sur la mémoire partagée.

Le festival s’inscrit également dans la continuité d’autres initiatives culturelles mettant la photographie au service de l’engagement citoyen. Les expositions consacrées aux jeunes photographes de Goma, aux femmes artisanes de la paix ou encore les célébrations de la Journée mondiale de la photographie témoignent d’une volonté grandissante de faire de l’image un outil d’éducation, de sensibilisation et de conservation du patrimoine.

À travers ce rendez-vous inédit, Kinshasa confirme que la photographie n’est plus seulement un moyen de figer un instant. Elle devient un patrimoine vivant, capable d’interroger le passé, d’éclairer le présent et d’inspirer l’avenir. Dans un pays où les mémoires demeurent parfois fragmentées, chaque cliché apparaît comme une page d’histoire que l’objectif refuse de laisser disparaître.

Barca Horly Fibilulu Mpia