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Analyses et points de vue

Kinshasa : Capitale de la boisson et de la prière… mais orpheline de la culture et du savoir

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Kinshasa étouffe sous ses contradictions. Dans cette ville qui devrait être le cœur battant de la culture et de l’innovation, on voit fleurir chaque jour des bars comme des champignons après la pluie, et s’ériger des églises à chaque coin de rue. Mais où sont nos centres culturels ? Où sont les bibliothèques communales, les salles de théâtre, les centres de formation professionnelle modernes ? Ces lieux qui nourrissent l’esprit et forgent l’avenir semblent absents, comme si l’éducation et la culture étaient reléguées au second plan, loin derrière le bruit des verres qui s’entrechoquent et des haut-parleurs qui saturent nos nuits.

Notre capitale, notre fierté, notre miroir au monde, s’enlise chaque jour dans un paradoxe honteux : Jamais, ou sinon rarement, on n’assiste à l’inauguration d’un centre culturel, d’une bibliothèque communale, d’une salle de théâtre ou d’un centre de formation professionnelle bien équipé.

Les terrasses fleurissent, mais la culture se fane.
Il suffit de marcher dans n’importe quelle commune de Kinshasa pour s’en rendre compte : à chaque coin de rue, un débit de boisson flambant neuf, une terrasse improvisée, une sono tonitruante. La bière coule à flots, la musique vibre jusque tard dans la nuit… Mais où sont les espaces où l’intelligence pourrait s’abreuver ? Où sont les lieux où les jeunes pourraient apprendre, créer, inventer, bâtir leur avenir autrement que dans le vacarme d’un soir d’ivresse ?

Les églises poussent, mais la sagesse s’étiole.
Ne me méprenez pas : prier est un droit, un besoin même. Mais lorsque chaque parcelle se transforme en chapelle et que le mot “évangile” rime avec “affaire”, il est permis de se demander si nous avons perdu le sens de la foi véritable. Combien d’églises prient pour que Dieu ouvre les yeux de notre peuple… alors que leurs propres portes restent closes à la lecture, à l’éducation, à la culture ?

Kinshasa étouffe dans un désert intellectuel.
Aucune grande ville digne de ce nom ne se construit sans lieux de culture. Or, dans une capitale de plus de 15 millions d’habitants, combien de bibliothèques publiques accessibles à tous ? Combien de salles de théâtre vivantes ? Combien de centres de formation technique gratuits ou à coût réduit pour les jeunes sans emploi ? Nous préférons investir dans des fûts de bière plutôt que dans des rayons de livres. Nous préférons amplifier la sono d’un concert improvisé plutôt qu’ouvrir un atelier de menuiserie, de mécanique ou d’informatique.

Le drame est silencieux, mais profond.
Une jeunesse sans espace de culture est une jeunesse livrée à la distraction stérile. Une ville sans lieux de savoir est une ville condamnée à importer ses idées et à consommer les rêves des autres. Aujourd’hui, nous construisons des bars pour danser, demain il nous faudra importer des ingénieurs pour bâtir nos routes. Aujourd’hui, nous multiplions les églises pour chanter, demain nous supplierons des étrangers de penser à notre place.

Assez ! Il est temps que nos dirigeants municipaux, provinciaux et nationaux aient le courage de rééquilibrer la balance. Il est temps que chaque commune de Kinshasa ait :

– Une bibliothèque publique, gratuite et moderne, avec internet et livres récents.

– Un centre culturel, où théâtre, danse, peinture et cinéma puissent vivre.

– Un centre de formation professionnelle équipé, où les jeunes puissent apprendre un métier utile.

Bâtir des bars est facile, bâtir des cerveaux est difficile. Mais c’est le seul chantier qui nous sauvera.

Notre ville ne sera pas jugée par le nombre de terrasses qu’elle a ouvertes, ni par le nombre d’églises qu’elle a plantées… mais par la qualité de ses écoles, de ses bibliothèques, de ses salles de théâtre, et par l’élévation de son peuple. Si nous ne faisons rien aujourd’hui, demain, Kinshasa sera pleine de chants et de rires… mais vide d’avenir.

 

Régis MBUYI NGUDIE
(Philosophe-Consultant en communication et penseur préoccupé par l’avenir de la jeunesse Congolaise)

Analyses et points de vue

Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique

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C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.

Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.

La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.

C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.

Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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