Société
Kinshasa asphyxiée : Bras de fer entre l’Hôtel de ville et les chauffeurs poids lourds
Pour désengorger la capitale tentaculaire, le gouvernement provincial de Kinshasa a tranché : depuis le 20 mai dernier, les camions-remorques et les véhicules de plus de 20 tonnes ne peuvent circuler dans la ville que de 22h à 5h. Une décision qui, si elle vise à fluidifier la circulation urbaine, déclenche en retour une vague de protestations. Depuis le mardi 27 mai, les chauffeurs de poids lourds sont en grève. Ils exigent la levée immédiate de cette mesure qu’ils jugent irréaliste, dangereuse, voire contradictoire avec la législation nationale.
Contacté par CONGOPROFOND.NET, Glodie Mbaki, chauffeur au sein de la compagnie « Trans Vision », tire la sonnette d’alarme : « Circuler la nuit nous met en insécurité. Passé Kasangulu, la RN1 est encerclée de forêts. Des malfrats y dressent des barrages avec des gros cailloux, des pneus en feu… C’est devenu un piège à ciel ouvert. » Et de dénoncer une incohérence juridique : « Le gouvernement provincial nous impose des déchargements nocturnes, alors que la Constitution, elle, les interdit. Ce n’est pas sérieux de prendre une décision qui en contredit une autre. »

Made with LogoLicious Add Your Logo App
L’invocation juridique n’est pas anodine. Les chauffeurs évoquent notamment l’ordonnance 64/Cont. du 16 septembre 1925, toujours en vigueur, qui interdit toute forme de tapage nocturne. Ce texte, hérité de l’époque coloniale mais jamais abrogé, prohibe les activités génératrices de nuisances sonores durant la nuit. « Le déchargement nocturne tombe donc sous le coup de cette ordonnance », rappelle Mbaki, visiblement excédé.
Sur le terrain, la mise en œuvre du décret provincial reste floue. Les seules exemptions visibles concernent les camions-citernes, les véhicules de livraison, ainsi que les poids lourds transportant matériaux de construction, bois ou boissons. Mais les syndicats menacent désormais d’élargir la grève à ces catégories.
« Si rien ne change, nous allons bloquer les camions-citernes aussi », préviennent les chauffeurs. Une telle paralysie aurait des conséquences en chaîne : pénurie de carburant, flambée des prix à la pompe, et, à terme, un mouvement de grève chez les chauffeurs de transport en commun. Kinshasa, déjà victime d’un chaos routier chronique, pourrait se retrouver en état d’asphyxie totale.
Exaucé Kaya/CONGOPROFOND.NET
À la Une
Jeux d’argent en RDC : Le ministère des Finances lance la grande réforme de la régulation du secteur
Le gouvernement congolais franchit une étape décisive dans la modernisation du secteur des jeux d’argent. Sous l’impulsion du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, la Cellule de surveillance des jeux d’argent a engagé un vaste processus de réforme destiné à assainir et structurer un secteur en pleine expansion.
C’est dans cette dynamique que le coordonnateur de la Cellule de surveillance des jeux d’argent, Dieudonné Ntumba, a présidé une importante réunion avec les opérateurs du secteur au Centre financier de Kinshasa. Cette rencontre marque le lancement d’une série d’activités visant à mettre en place un cadre moderne de régulation, conforme aux standards internationaux.

Un partenariat entre l’État et les opérateurs
Dans son allocution, Dieudonné Ntumba a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite entre les pouvoirs publics et les opérateurs privés afin de garantir une concurrence loyale et de prévenir les dérives liées à la criminalité financière.
« Le rôle de l’État n’est pas d’empêcher les activités économiques, mais de les encadrer », a-t-il déclaré, rappelant que cette démarche s’inscrit dans la vision du gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka visant à moderniser l’économie nationale tout en protégeant les populations vulnérables.
Une plateforme numérique pour contrôler les flux financiers
Parmi les mesures phares annoncées figure la mise en place d’une plateforme centralisée de régulation. Cet outil permettra aux autorités de suivre en temps réel les transactions et les mouvements financiers générés par les opérateurs de jeux.
L’objectif est double : renforcer la transparence du secteur et optimiser la mobilisation des recettes publiques. Les opérateurs ont ainsi été invités à intégrer leurs systèmes à cette nouvelle infrastructure technologique.
Vers un nouveau cadre légal
La réforme s’accompagne également d’une évolution du cadre juridique. Un projet de loi sur la régulation des jeux d’argent est actuellement examiné au Parlement. Ce texte ambitionne de remplacer les dispositions héritées de l’époque coloniale par une législation moderne adaptée aux réalités actuelles du marché.
En attendant son adoption, la Cellule de surveillance poursuit la mise en œuvre des mécanismes de contrôle et d’encadrement destinés à préparer le secteur à cette transition.
Un soutien des acteurs du secteur
Les opérateurs présents à la réunion ont salué l’initiative du ministère des Finances. Responsable commercial et marketing de PixLab RDC, l’un des participants a estimé qu’un environnement mieux réglementé permettra aux entreprises d’exercer leurs activités dans un climat plus sécurisé et plus prévisible.
À l’issue des échanges, Dieudonné Ntumba a réaffirmé la volonté du ministère des Finances de maintenir un dialogue permanent avec les opérateurs afin d’assurer une mise en œuvre harmonieuse de cette réforme stratégique pour l’économie nationale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
