Politique
Kasaï / Conflit à Dekese : Patrick Issako sommé de se retirer, le gouverneur Crispin Mukendi interpellé
Un grave conflit agite depuis 2022 le territoire de Dekese, dans la province du Kasaï, autour de la gestion du village de Longa. Ce différend a déjà causé plusieurs dégâts matériels et pertes en vies humaines.
Face à cette situation préoccupante, le député provincial Djosteve Betshindo Lombolo, élu de Dekese, a lancé une motion d’information lors de la plénière du mercredi 25 juin 2025, interpellant la représentation provinciale.
Selon lui, Patrick Issako, qui se présente comme chef de groupement, soutient Jeannot Bampembe, prétendu chef du village Longa, au cœur du conflit. Des messages vocaux attribués à Patrick Issako, datés du 9 juin 2025, et rendus publics, révèlent un discours violent, contraire à la morale et en violation des articles 5 al. 4, 10 al. 1 et 2 de la loi n°15/015 du 28 août 2015 fixant le statut des chefs coutumiers.
« Même s’il faut mourir, mourez pour sauvegarder notre pouvoir… un chef ne peut avoir peur ! » aurait-il dit à Jeannot Bampembe, tout juste libéré de prison.
Ce retour forcé a ravivé les tensions à Longa, provoquant de nouveaux actes de violence, notamment des maisons saccagées.
Le député a indiqué que les preuves audio sont conservées sur une clé USB remise au bureau de l’Assemblée, et a appelé à une interprétation par tout ressortissant de Dekese.
Recommandations du député Djosteve Betshindo :
- Reconnaissance rapide de MFutsha Ngodja comme successeur légitime du chef Jean-Willy Ikonga Nshamo, désigné par la famille régnante.
- Saisine du FONAREV pour identifier et réparer les préjudices subis par les victimes des violences à Dekese.
- Reconstruction du poste de santé de Bolombo (vestige colonial) et construction d’un bâtiment administratif moderne au village siège du groupement.
- Transmission de la motion au niveau national, pour une réponse à la hauteur de la gravité du conflit.
- Impliquer des structures comme le BCNUDH, l’APC, la Fondation Kadima, l’APEFFIVU, BUPOLE et d’autres partenaires pour accompagner le processus de résolution.
- Incompatibilité de fonctions de Patrick Issako, nommé chef de division à la DGRKAS le 13 mars 2025, qui ne peut prétendre à une fonction coutumière. Le ministre de l’Intérieur est invité à faire respecter la loi à ce sujet.
- Instruction à l’administrateur du territoire de Dekese, au chef de chefferie et au chef de groupement d’apaiser les tensions, enquêter sur les généalogies et assurer un retour pacifique des déplacés.
- Clarification du rôle du chef de groupement Ikolombe, rappelé à son devoir d’impartialité et de garant de la paix dans tous les villages de sa juridiction.
- Enquête sur une éventuelle milice, mentionnée dans certaines correspondances, pour restaurer l’autorité de l’État ou dissuader les fausses accusations.
Cette intervention marque une nouvelle étape dans la quête de paix et de stabilité dans le territoire de Dekese, où la tension reste palpable. Le député exhorte les autorités provinciales et nationales à agir sans délai.
Faustin Nkumbi | CONGOPROFOND.NET
Politique
Assemblée nationale : Sous la conduite de Boji Sangara et Djoli Eseng’Ekeli, le temple des lois retrouve sa rigueur constitutionnelle
En recevant, dans le strict respect des formes républicaines, le rapport annuel de la CENI des mains de Denis Kadima, le tandem Aimé Boji Sangara – Jacques Djoli Eseng’Ekeli a offert ce mardi 14 avril 2026 une magistrale leçon de droit parlementaire. Loin des tumultes et des improvisations du passé, le Palais du Peuple démontre qu’il est redevenu le sanctuaire intangible de la procédure.
Ce mardi 14 avril 2026 restera comme l’illustration éclatante qu’un État de droit se construit d’abord par la stricte observance des gestes prescrits. En recevant officiellement Denis Kadima dans l’antre du bureau de l’Assemblée nationale, le Président Aimé Boji Sangara n’a pas seulement ouvert sa porte ; il a ouvert la session de contrôle parlementaire à l’heure exacte où la loi l’exigeait.
Accompagné du rapporteur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, orfèvre constitutionnel dont la présence suffit à garantir l’orthodoxie juridique du moment, ce binôme a transformé une formalité administrative en une démonstration de force institutionnelle : ici, au Palais du Peuple, on ne badine plus avec le calendrier de la démocratie, et chaque échéance légale est honorée avec une rigueur qui force le respect de tous les acteurs politiques.
Le dépôt des 550 exemplaires du rapport annuel — un par député national, ni un de moins, ni un de trop — incarne à lui seul la révolution procédurale silencieuse en cours. Couvrant la période stratégique d’avril 2025 à mars 2026, ce document n’est pas un simple bilan technique ; c’est la feuille de route authentifiée des prochaines échéances électorales. Dans une tradition où les documents se perdaient parfois dans les couloirs ou n’arrivaient que tronqués dans les mains des élus, la précision mathématique exigée par le Professeur Djoli et orchestrée par le Speaker Boji Sangara envoie un signal limpide : le Parlement ne délibère plus sur des rumeurs, il légifère et contrôle sur pièces.
En remettant matériellement à chaque élu la totalité de l’œuvre de la Centrale Électorale, le duo dirigeant de la Chambre basse élève le débat à venir au rang d’examen rigoureux, là où régnait hier l’à-peu-près. Cette image d’un Parlement respectueux de ses propres règles jusqu’au détail protocolaire est la plus cinglante des réponses aux sceptiques de la gouvernance congolaise. La CENI de Denis Kadima n’a pas été convoquée comme un justiciable à la barre, mais accueillie comme une institution partenaire dans le cadre défini par la Loi fondamentale.
En verrouillant ainsi la procédure, Aimé Boji Sangara et Jacques Djoli Eseng’Ekeli ne protègent pas seulement la majorité ou l’opposition ; ils protègent la République elle-même contre ses vieux démons d’improvisation. Dans une Afrique centrale en quête de repères, le message porté ce 14 avril depuis Kinshasa est d’une clarté assourdissante : quand les hommes de droit sont à la manœuvre, les institutions respirent au rythme serein et inébranlable de la Constitution.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
