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Kamerhe vs Kamuleta : le duel qui expose la faillite des institutions congolaises

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L’échange épistolaire entre Vital Kamerhe, Président de l’Assemblée nationale, et Dieudonné Kamuleta, Président de la Cour constitutionnelle, autour de la poursuite de l’ancien Premier ministre Matata Ponyo n’est pas une simple querelle juridique. C’est le symptôme d’une démocratie congolaise malade, où les institutions se déchirent au lieu de servir la République.

Une guerre des lettres qui cache une bombe à retardement. Derrière le conflit sur Matata Ponyo se cacherait l’ombre de Joseph Kabila et la menace d’un nouveau chaos institutionnel. Si un ex-Premier ministre ne peut être poursuivi, comment osera-t-on un jour juger Joseph Kabila, un ancien Chef de l’État ? Le conflit institutionnel est une tradition congolaise mortifère.

Déjà en 1965, Joseph Mobutu justifie son coup d’État par l’instabilité entre le Premier ministre (Évariste Kimba) et le Président (Kasa-Vubu). En 2015, Joseph Kabila manipule la Cour constitutionnelle pour se maintenir au pouvoir en s’offrant deux années anti-constitutionnelles. Aujourd’hui Vital Kamerhe exige que Matata Ponyo ne soit pas jugé sans que l’Assemblée nationale ne soit saisie pour lever son immunité.

Il s’agit du dossier sur le détournement de 400 millions $ dans le projet Bukanga Lonzo. Dieudonné Kamuleta invoque une irrecevabilité procédurale, poursuivant la procédure. La RDC a changé de régime, mais pas de méthodes. La justice paraît toujours du point de vue des observateurs comme une arme politique. L’enjeu caché de cette guerre serait la protection ou pas de Joseph Kabila.

Pourquoi ce dossier est stratégique ? Matata Ponyo est un ancien bras droit de Joseph Kabila. S’il est condamné, cela ouvrirait la voie à des poursuites contre l’ancien président. D’aucuns pensent que certains ne défendent plus la Constitution. Ils préparent un bouclier juridique pour que le Raïs ne soit jamais poursuivi. Jusqu’à présent, la Cour constitutionnelle a toujours statué en sa faveur (2016, 2018).

Alors qu’elle censure systématiquement l’opposition. Il y a en évidence des risques pour un nouveau blocage démocratique. La victoire de Vital Kamerhe sur Dieudonné Kamuleta entraînerait une suspension immédiate du procès Matata. La majorité présidentielle pourrait se fracturer entre ceux qui voudraient absolument faire juger Matata Ponyo et ceux qui s’y opposeraient définitivement.

Conséquence, Joseph Kabila sauverait sa tête et Félix Tshisekedi perdrait sa crédibilité avec un risque d’explosion sociale. La victoire de Dieudonné Kamuleta sur Vital Kamerhe ouvrirait la possibilité pour la Cour constitutionnelle de poursuivre le procès Matata. Mais aussi tous les anciens Premiers ministres et anciens Présidents de la République. Conséquence, Joseph Kabila serait inévitablement le prochain sur la liste.

Si l’on opte pour le statu quo faisant traîner la décision sur le dossier Matata qui est devenu emblématique, les institutions s’affaibliraient. Conséquence, le retour triomphant à la logique dévastatrice des personnalités intouchables et la consécration constitutionnelle de l’impunité des élites. Quelle serait alors la responsabilité de Félix Tshisekedi en tant que garant du bon fonctionnement des institutions ?

Serait-il joueur ou spectateur ? Le Président semble n’avoir alors que trois options. Condamner Matata Ponyo pour éviter d’ériger l’impunité comme marque de fabrique de son régime et la perte définitive de sa base anti-corruption. Dissoudre la Cour constitutionnelle (ce qui serait un risque énorme dans le contexte politique actuel) ou négocier avec Joseph Kabila (scénario le plus probable, mais illégitime).

D’aucuns affirment que Félix Tshisekedi parle de rupture mais gouverne en équilibriste entre Joseph Kabila et la rue. La RDC sur ce dossier Matata Ponyo se trouve au bord du précipice institutionnel. Ce conflit n’est pas qu’une bataille d’ego. C’est un test pour l’État de droit. Si les institutions continuent à se saborder. Elles ne doivent jamais oublier les leçons de l’histoire et l’arrivée de Mobutu au pouvoir.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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Exclu pour avoir défié Jacquemain Shabani : Lady Yangotikala, le député qui prive le VPM de sommeil

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L’annonce a fait l’effet d’une onde de choc dans les couloirs feutrés du Palais du Peuple. L’Honorable Lady Yangotikala Senga, élu de Kisangani sous les couleurs du regroupement AB, a été frappée le 1er avril 2026 d’une exclusion temporaire pour “dérogation à la règle de solidarité” au sein de l’Union sacrée. Son crime ? Avoir simplement exigé du Vice-Premier Ministre Jacquemain Shabani Lukoo qu’il assume son devoir de protection envers les électeurs de la circonscription PR 05.

Une requête aussi légitime que dérangeante, qui a visiblement troublé les nuits du patron de l’Intérieur et de la Sécurité. Mais loin de plier sous le poids de la sanction disciplinaire, le député de la Tshopo l’a reçue avec la sérénité des justes, prenant acte de cette mise au ban sans en reconnaître le fondement. Dans une déclaration empreinte d’une ironie mordante, l’élu a tenu à adresser ses remerciements les plus sincères… au Président du Sénat, Sama Lukonde.

Je le remercie de m’avoir permis d’être libre d’exercer mon pouvoir constitutionnel de contrôle”, a-t-il sobrement fait savoir. Un rappel cinglant du principe fondamental de la séparation des pouvoirs et de l’immunité d’action parlementaire. Lady Yangotikala n’a violé ni la Constitution ni le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, il le martèle avec force. Il n’a fait que tendre le micro des sans-voix de Kisangani vers les oreilles d’un membre du gouvernement sourd aux grondements de l’insécurité.

Cette exclusion révèle au grand jour l’inconfort grandissant d’un exécutif allergique à la moindre question gênante, préférant museler ses propres élus plutôt que de répondre de ses actes. En assumant cette exclusion comme un brevet de liberté, Lady Yangotikala Senga s’impose désormais comme un symbole d’intrépidité. Là où les calculs politiciens du Regroupement AB espéraient éteindre une voix critique, ils ont allumé un contre-feu médiatique dont Jacquemain Shabani aura bien du mal à se dépêtrer.

Pendant que le VPM Jacquemain Shabani Lukoo cherche un sommeil qu’on devine agité, l’intrépide député de Kisangani Lady Yangotikala continue de veiller. Cette affaire rappelle cruellement que sous la coupole du Palais du Peuple, il est encore permis de préférer la défense de sa population aux soubresauts disciplinaires d’un présidium aux abois.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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