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Justice sans réparation : Me Carlos Ngwapitshi dévoile le piège du Tribunal économique en RDC
Sous les apparences d’une avancée majeure, le projet de Tribunal pénal économique et financier (TPEF) annoncé en grande pompe par le gouvernement congolais ne convainc pas tous les observateurs. Pour Me Carlos Ngwapitshi Ngwamashi, avocat au Barreau de Kinshasa/Gombe et chercheur en criminologie économique, ce tribunal n’est rien de plus qu’un habillage politique d’une réforme creuse.

« La création de ce tribunal est une réponse politique, pas une solution technique à la criminalité économique », tranche-t-il.
L’homme de droit dénonce une conception juridico-institutionnelle qui rate sa cible dès le départ. Le texte ignore sciemment les véritables centres de pouvoir. L’article 7 du projet, notamment, exclut les détenteurs d’immunité, ceux-là mêmes qui, souvent, pilotent ou couvrent les grands réseaux de détournement. Résultat : les prédateurs principaux échappent d’office à la rigueur du droit.
« L’exclusion de ceux qui gèrent la chose publique vide ce tribunal de sa substance », insiste-t-il.
Au-delà de cette lacune politique majeure, la dimension punitive du projet pose question. Vingt ans de travaux forcés ? Confiscations ? Très bien, mais quid de la restitution ? Aucune garantie, aucune disposition claire sur le retour des fonds dans les caisses publiques. Une justice qui punit sans réparer, c’est une illusion dangereuse, selon Me Ngwapitshi : « Que gagne-t-on à enfermer quelqu’un 20 ans si l’argent détourné ne revient jamais à l’État ? »

Face à ce constat d’échec, il propose une idée audacieuse, mais structurante : la mise en place de chambres de médiation judiciaire. Dans ces espaces, une fois les faits établis, un médiateur chercherait à obtenir la restitution volontaire des fonds. Loin d’une vision angélique, il s’agit d’un outil de récupération pragmatique, adapté à un État congolais qui saigne chaque année des milliards de francs congolais/dollars à cause de la corruption et de l’impunité.
Mais cette innovation n’a de sens que dans le cadre d’une réforme en profondeur. Le juriste appelle à une transformation systémique du dispositif judiciaire en matière économique :
– Spécialisation effective des magistrats et enquêteurs dans la criminalité économique et financière ;
– Coordination renforcée entre institutions clés : parquet financier, IGF, Cour des comptes ;
– Réforme procédurale ambitieuse, avec intégration de la médiation, imprescriptibilité des infractions économiques et exclusion de toute grâce présidentielle pour ces crimes.

Pour Me Ngwapitshi, ce n’est pas seulement un tribunal qu’il faut construire, mais une justice qui restaure, répare et rend confiance à un peuple longtemps spolié. Sinon, conclut-il avec gravité, ce tribunal « ne jugera pas les crimes économiques, il les racontera ».
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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Kenge : Des réactions contrastées à l’annonce du retour de 2 magistrats
L’annonce du retour prochain à Kenge du magistrat Makwanza et du procureur Émile Ndjale continue de susciter des réactions au sein d’une partie de la population du chef-lieu de la province du Kwango, particulièrement parmi certains groupes de jeunes.
Selon plusieurs sources locales, des discussions seraient en cours au sein de la jeunesse afin d’évaluer les actions à entreprendre pour exprimer leur désaccord avec cette éventuelle réaffectation. Des consultations informelles se tiendraient notamment autour de l’organisation d’activités citoyennes destinées à faire entendre leur position.
D’après les informations recueillies, plusieurs options seraient envisagées. Certains jeunes évoqueraient la possibilité de profiter de la marche de l’opposition prévue le 3 juin pour faire connaître leurs préoccupations, tandis que d’autres privilégieraient une initiative distincte à une date ultérieure afin de démontrer leur mobilisation.

Un retour qui ravive des controverses passées
Le magistrat Makwanza et le procureur Émile Ndjale avaient déjà fait l’objet de critiques de la part d’une frange de la population locale concernant leur gestion de certains dossiers judiciaires. À l’époque, plusieurs accusations avaient été formulées à leur encontre par des citoyens et des organisations locales.
Ces allégations portaient notamment sur de supposés abus dans l’exercice de leurs fonctions ainsi que sur des comportements jugés incompatibles avec leurs responsabilités. Toutefois, il convient de rappeler que ces accusations relèvent des dénonciations faites par leurs détracteurs et qu’elles n’ont pas nécessairement fait l’objet de décisions judiciaires définitives établissant leur responsabilité.
En juillet 2025, un mouvement de contestation populaire avait conduit à une forte tension dans la ville de Kenge, poussant les deux magistrats à quitter temporairement leur poste.
Entre interrogations et attentes
L’éventualité de leur retour suscite aujourd’hui diverses interrogations au sein de la population. Certains habitants estiment que cette décision risque de raviver des tensions encore présentes, tandis que d’autres appellent au respect des procédures administratives et judiciaires en vigueur.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs plaident pour l’apaisement et le dialogue afin d’éviter toute escalade et de garantir le maintien de l’ordre public. Les autorités compétentes sont également attendues sur leur capacité à gérer cette situation avec sérénité et dans le respect de l’État de droit.
Alors que les spéculations se multiplient, l’attention reste désormais tournée vers les prochaines décisions administratives et les réactions qu’elles pourraient susciter au sein de la population de Kenge.
Émile Yimbu/CONGOPROFOND.NET
