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Judith Suminwa « Dr Honoris Causa » : L’Université de Kinshasa consacre un leadership qui inspire toute une génération (Tribune de Serge TSHIANGA, Doctorant en Sciences de l’information et de la communication/UNIKIN)
Octroyer le titre de Docteur Honoris Causa à une Première ministre n’est pas un simple acte administratif. Je le dis à l’endroit de tous les détracteurs qui ne manqueront certainement pas de réagir à cette distinction. Il convient plutôt d’y voir un geste hautement symbolique, par lequel une université reconnaît, au-delà d’une fonction, une trajectoire, un leadership et une contribution à la transformation de la société congolaise.
La lauréate elle-même semble partager cette lecture. Dans son mot de circonstance, elle a tenu à distinguer les deux catégories de distinctions : « Il est des distinctions qui honorent une carrière. D’autres, plus rares, qui interpellent la conscience ».
Dans le cas de Son Excellence Madame la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, cette distinction prend une résonance toute particulière.

Une reconnaissance dans un contexte d’adversité
Cette distinction intervient à un moment où, sous son leadership, des progrès sont enregistrés dans plusieurs domaines de l’action gouvernementale. Mais surtout, ces avancées sont réalisées dans un contexte particulièrement difficile : celui d’un pays confronté à la guerre dans sa partie orientale ainsi qu’à d’importants défis géopolitiques, sécuritaires, économiques, sanitaires et humanitaires.
C’est précisément dans cette adversité que cette reconnaissance prend tout son sens.
Gouverner lorsque les circonstances sont favorables est une responsabilité.
Continuer à réformer, à construire, à investir et à faire avancer un pays lorsque la guerre impose ses urgences et que les équilibres géopolitiques se complexifient constitue une autre mesure du leadership.
Malgré les contraintes, l’action gouvernementale se poursuit : consolidation des réformes, investissements dans les infrastructures, amélioration de la gouvernance publique, attention portée aux questions sociales, à l’éducation et à la santé, ainsi qu’à l’autonomisation des femmes et à la jeunesse.
Ces avancées ne signifient évidemment pas que tous les défis sont résolus. Elles témoignent néanmoins d’une capacité essentielle : celle de maintenir le cap du développement sans jamais perdre de vue les urgences sécuritaires et humanitaires.
Un message fort à la jeunesse congolaise
Cette distinction porte également une dimension plus profonde. Elle vient consacrer le parcours singulier de cette « dame de fer » congolaise et, surtout, adresser un message à toute une génération.
Lorsqu’une université distingue une femme arrivée à la tête du Gouvernement par le travail, la compétence et l’engagement au service de la chose publique, elle rappelle aux jeunes filles que les plus hautes responsabilités ne leur sont pas interdites.
Elle rappelle également aux jeunes que l’excellence ne se mesure pas uniquement aux diplômes obtenus, mais aussi à ce que l’on construit, transforme et transmet à la société.
L’Honoris Causa crée ainsi un pont entre le savoir et l’action, entre l’université et la société, entre la connaissance et la responsabilité publique.
Une distinction dédiée aux femmes congolaises
La Première ministre elle-même a choisi d’adresser cette distinction à d’autres qu’à elle-même. Dans son mot de remerciement, elle l’a dédiée « au peuple congolais et particulièrement à la résilience des femmes qui portent au quotidien le destin de notre patrie », citant notamment celles qui « enseignent, qui recherchent, qui soignent, qui entreprennent ».
Cette dédicace donne à la distinction une portée qui dépasse largement la personne de la lauréate.
L’Université de Kinshasa reconnaît ainsi celles et ceux qui, dans la réalité du monde, donnent corps aux valeurs qu’elle enseigne : responsabilité, rigueur, persévérance, résilience et service à la collectivité.
L’UNIKIN, qui a formé et continue de former certaines des grandes compétences de la République démocratique du Congo, rappelle également qu’elle demeure l’un des piliers intellectuels majeurs du pays.
La lauréate ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme, dans sa leçon inaugurale, que l’histoire du pays « s’écrira également dans nos universités, dans nos laboratoires, dans nos institutions », assignant à l’UNIKIN la vocation de devenir « le laboratoire de notre stratégie internationale ».
Plus qu’un titre, une responsabilité historique

Derrière cette distinction, il y a donc davantage qu’un titre honorifique. Il y a la reconnaissance d’un leadership et d’un parcours accompli dans un contexte marqué par l’adversité.
Il y a aussi la reconnaissance d’une responsabilité historique : celle d’avoir contribué à ouvrir davantage la voie aux générations de jeunes filles qui aspirent, elles aussi, à exercer les plus hautes responsabilités publiques.
Depuis son entrée dans l’arène politique, Madame la Première ministre encourage les femmes à investir davantage l’espace politique et à participer activement à la gestion de la cité, dans une agora longtemps dominée par les hommes.
Mais, au fond, la véritable mesure d’un leadership ne réside pas seulement dans ce qui est accompli. Elle réside également dans les circonstances dans lesquelles on parvient à l’accomplir.
Un Honoris Causa n’est donc pas seulement un honneur accordé à une personne. La lauréate le formule elle-même avec justesse : « En acceptant ce diplôme honorifique, je reçois bien plus qu’un honneur, je reçois une noble mission ».
L’université au cœur du destin national
Cette distinction peut enfin être lue comme une invitation à repenser le rapport entre l’université et la construction de la nation.
La République démocratique du Congo traverse une période où elle doit simultanément répondre à des urgences sécuritaires, sociales et économiques tout en préparant son avenir. Dans cette perspective, les universités ne peuvent être de simples espaces de transmission des connaissances. Elles doivent également être des lieux de réflexion stratégique, d’innovation et de production de solutions adaptées aux réalités nationales.
C’est aussi une manière de reconnaître le chemin parcouru par un pays qui, malgré la guerre et les bouleversements qui l’entourent, continue d’avancer. Peut-être pas assez vite pour certains, peut-être pas encore comme il faudrait pour d’autres, mais résolument, il avance.
Comme l’a rappelé la Première ministre aux étudiants présents ce jour-là : « Le rayonnement de la République démocratique du Congo ne viendra pas de l’extérieur, il jaillira de votre ingéniosité ».
À travers cette phrase se dessine finalement l’essentiel du message porté par cet Honoris Causa : le développement du Congo ne sera durable que lorsque le savoir produit dans ses universités se transformera en innovation, en leadership et en action au service de la collectivité.
Par Serge TSHIANGA
Doctorant en Sciences de l’information et de la communication (UNIKIN)