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Joseph Kabila, de l’opposition politique à la quête d’un nouveau pacte pour le Congo (Tribune de Lumpungu Sukpengo Pius, chercheur)

La loi n° 07/008 du 4 décembre 2007 portant statut de l’opposition politique s’inscrit dans le cadre de l’article 8 de la Constitution de la République démocratique du Congo.

Selon cette loi, l’opposition politique est constituée d’un parti politique ou d’un regroupement politique qui ne participe pas à l’exécutif et ne soutient pas son programme.

Joseph Kabila dans l’opposition : Une évolution politique

Depuis le discours du 6 décembre 2020, prononcé à l’issue des consultations initiées par le président Félix Tshisekedi, l’ancien président Joseph Kabila et ses alliés du Front commun pour le Congo (FCC) se sont retrouvés dans l’opposition politique. Cette séquence a marqué la rupture entre le FCC et le Cap pour le changement (CACH), ainsi que la naissance de l’Union sacrée de la nation (USN).

Il serait donc contraire à l’esprit démocratique de considérer que Joseph Kabila n’a plus le droit de s’exprimer à la suite de cette rupture politique. L’opposition est une composante essentielle de la démocratie, et la liberté de parole demeure un principe fondamental de la vie politique.

Des prises de parole devenues des événements politiques

Connu pour sa discrétion face aux différentes turbulences politiques, Joseph Kabila suscite une attention particulière à chacune de ses prises de parole publiques.

3 interventions ont notamment marqué cette période :

  • le 23 mai 2025 ;
  • l’entretien accordé à La Libre Belgique, publié le 23 mars 2026 ;
  • l’allocution du 9 octobre 2026, prononcée après sa condamnation à mort.

Dans son allocution du 23 mai 2025, l’ancien président a dressé un tableau des crises sociales touchant différentes couches de la population congolaise. Il a également formulé des propositions de sortie de crise, regroupées en douze points sous l’appellation de « Pacte citoyen ».

Au nom du débat démocratique, il a ensuite accordé un entretien à La Libre Belgique, publié le 23 mars 2026. Il y a dénoncé ce qu’il considère comme la tyrannie et la dictature du régime en place, appelant à mettre fin à ce système. Il a également évoqué le risque d’une « soudanisation » de la situation dans l’Est du pays et critiqué le soutien de la Belgique au pouvoir de Kinshasa.

Dans son allocution du 9 octobre 2026, Joseph Kabila est revenu sur l’unité nationale qu’il affirme avoir laissée au terme de son mandat en 2019. Il a évoqué la reprise des travaux parlementaires sur la loi référendaire ainsi que les initiatives attribuées au pouvoir en faveur d’un changement de la Constitution, qu’il présente comme une démarche destinée à prolonger son maintien au pouvoir. Il a également établi une comparaison historique avec le prince Ivan le Terrible, figure du XVIe siècle.

Une conclusion qui sonne comme un avertissement

Joseph Kabila a conclu son allocution par cette déclaration : « Le Congo est en péril. Le sauver est un impératif et une urgence. »

Il a ensuite appelé le peuple congolais, qu’il considère comme la première victime de la « tyrannie et de la barbarie », à se prendre en charge, sous peine de trahir son destin de grandeur.

L’ancien président a enfin annoncé de nouvelles prises de parole dans les prochains jours afin de présenter ses convictions face à la gravité des situations évoquées. Cette fois, sa critique s’est également tournée vers les États-Unis, qu’il accuse de participer au bradage des ressources minières congolaises.

Analyse : le poids politique du discours

Il est difficile de prendre du recul sur sa propre gestion lorsqu’on est encore au pouvoir. Il faut parfois qu’un regard extérieur mette en lumière les erreurs et les insuffisances que l’on peine à reconnaître soi-même.

Cette réflexion s’applique au débat politique congolais. Joseph Kabila dénonce aujourd’hui la dictature, la tyrannie et la barbarie, des termes que ses propres opposants employaient hier pour critiquer sa gouvernance. Cette évolution invite à interroger la continuité des pratiques politiques et la manière dont les dirigeants appréhendent l’exercice du pouvoir.

Sur la forme, l’ancien président adopte une présentation institutionnelle en intitulant son intervention : « Adresse de Son Excellence Joseph Kabila Kabange ». Il ne met pas particulièrement en avant sa situation personnelle de condamné à mort, mais insiste sur le sort des opposants, des membres de la société civile et des officiers militaires arrêtés.

Le contexte de cette allocution mérite également attention. Elle intervient après la rentrée parlementaire, alors que la question de la loi référendaire est sur la table, mais aussi dans un climat marqué par les tensions politiques et les interrogations sur l’avenir institutionnel du pays.

D’autres éléments sont évoqués dans le débat public, notamment les difficultés diplomatiques attribuées au président Félix Tshisekedi lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, ainsi que la mort, fin septembre 2026, de l’auditeur Lucien-René Likulia Bakomi, présenté comme le magistrat ayant requis ou prononcé la condamnation de Joseph Kabila à mort. Les circonstances judiciaires exactes de cette condamnation et les responsabilités respectives des acteurs concernés doivent toutefois être distinguées avec précision.

L’allocution du 9 octobre ne doit donc pas être sous-estimée. Au-delà de son contenu, elle constitue un signal politique dont la portée dépendra notamment des initiatives que Joseph Kabila prendra par la suite et des réactions des autres acteurs nationaux.

L’ancien président se présente comme un patriote attaché au maintien de la Constitution, alors que des responsables de l’Union sacrée sont accusés par leurs adversaires de vouloir la modifier en profondeur. Il entend également incarner la défense des intérêts congolais face aux puissances étrangères et se positionner comme une figure de référence pour l’opposition, tout en mettant en avant la situation des militaires.

Cette posture peut être interprétée comme une tentative de consolider son soutien à l’intérieur du pays et auprès de partenaires extérieurs. Toutefois, les moyens qu’il entend mobiliser pour défendre ses convictions restent à préciser. Il importe, à cet égard, que toute action politique s’inscrive dans le respect des principes démocratiques et des voies pacifiques.

La responsabilité du chef de l’État

Face à cette situation, une responsabilité particulière incombe au président de la République, Félix Tshisekedi, en sa qualité de garant du fonctionnement régulier des institutions.

Il ne s’agit pas de demander au chef de l’État de contourner la justice ou de méconnaître la Constitution. Il s’agit plutôt de privilégier l’intérêt supérieur de la nation, la cohésion nationale et la recherche de la paix, en faisant passer ces impératifs avant les rivalités personnelles et les rapports de force.

Les interventions des partenaires étrangers n’ont jusqu’ici pas permis de mettre durablement fin aux crises congolaises. Dans le même temps, les ressources minières de la RDC continuent de contribuer aux économies extérieures, tandis qu’une partie importante de la population demeure confrontée à la souffrance et à l’insécurité.

Ce décalage alimente la défiance envers les acteurs politiques et peut contribuer à redonner une crédibilité à des responsables qui avaient eux-mêmes fait l’objet de critiques lorsqu’ils exerçaient le pouvoir.

Conclusion : privilégier un dialogue sans exclusion

Il revient au président Félix Tshisekedi de créer les conditions permettant à la CENCO et à l’Église du Christ au Congo (ECC) de conduire un dialogue national inclusif, sans restriction injustifiée, autour du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble qu’elles ont porté.

Les Églises ne cherchent pas à obtenir des postes politiques. Leur ambition, telle qu’elle est présentée dans cette démarche, est de contribuer à l’unité nationale, à la paix et au bien-être de la population.

La RDC a besoin d’un cadre de concertation capable de dépasser les antagonismes, de restaurer la confiance et de prévenir une aggravation des crises. L’urgence est de faire prévaloir l’intérêt collectif sur les ambitions individuelles afin de préserver la paix et l’avenir du pays.

LUMPUNGU SUKPENGO Pius

Chercheur Sociologue