Analyses et points de vue
Jean-Lucien Bussa et la déroute de l’aérien congolais : Quand l’incompétence prend son envol
Dans un pays où la notion de responsabilité politique semble aussi volatile qu’un vol d’Air Congo, le Ministre du Portefeuille, Jean-Lucien Bussa, a une fois de plus prouvé qu’il était le champion des solutions humiliantes et irresponsables. Négliger ainsi les fondations finira par voir les murs de la RDC s’effondrer. Il faut prendre soin des valeurs d’un pays pour éviter sa décadence.
En accueillant le Directeur Général d’Air Congo pour discuter de la relance du secteur aérien congolais, Jean-Lucien Bussa a pris une décision qui, bien que présentée comme un acte de bravoure, s’apparente davantage à une capitulation honteuse. La cession de 49% de l’entreprise nationale à Ethiopian Airlines est le clou du spectacle de cette farce.
Comment peut-on, en toute bonne foi, vendre une part significative de notre fleuron national à une compagnie étrangère tout en prétendant vouloir relancer notre secteur aérien ? Ce choix désastreux souligne non seulement un manque de vision, mais aussi un mépris flagrant pour l’avenir de notre propre économie. Le chemin le plus court mène souvent à la plus grande déception.
Le gouvernement congolais, au lieu de se concentrer sur le renforcement de sa propre compagnie aérienne, choisit la voie de la facilité. Dans un pays où les infrastructures sont déjà insuffisantes, cette décision semble être un acte de désespoir plus que de stratégie. Jean-Lucien Bussa s’enthousiasme pour l’argument selon lequel cette alliance avec Ethiopian Airlines augmentera notre connectivité.
Il estime que cela améliorera l’économie. Mais à quel prix ? Les Congolais doivent se demander si cette « amélioration » vaut la peine de sacrifier une part de leur souveraineté économique. Les promesses de développement stratégique post-Congo Airways ressemblent davantage à un discours de campagne qu’à une réalité tangible. Est-ce la seule solution viable ?
En réalité, cette décision pourrait bien se traduire par la mise à mal de l’emploi local et par une dépendance accrue vis-à-vis d’une entreprise étrangère. Les opérations de cette nouvelle entité, qui devraient commencer en décembre 2024 avec des avions arrivant en novembre, sont-elles vraiment la solution à nos problèmes aériens ?
On peut légitimement s’interroger sur la capacité de notre gouvernement à gérer des projets aussi ambitieux. La précipitation avec laquelle les choses sont mises en place donne l’impression d’un coup de marketing plutôt que d’une véritable stratégie de développement. Dans un contexte où la confiance des Congolais envers leurs dirigeants est déjà au plus bas, Bussa semble prêt à jouer avec le feu.
Il ignore les conséquences désastreuses que cela pourrait engendrer. Il est grand temps que le Ministre réalise que la solution à la crise aérienne ne réside pas dans une alliance avec une compagnie étrangère, mais dans la réhabilitation et le renforcement de notre propre infrastructure aérienne. Au lieu de cela, il se contente de vendre notre patrimoine national sous prétexte de relance économique.
Son incompétence, masquée par des discours pompeux sur le développement et la connectivité, ne fait que souligner l’irresponsabilité de sa démarche. Jean-Lucien Bussa n’est pas seulement un Ministre du Portefeuille; il est le symbole d’une classe politique qui préfère la facilité à la responsabilité, le spectacle à la substance. Il vaut mieux s’engager dans des efforts plus soutenus pour obtenir des résultats durables.
Alors que les Congolais aspirent à des solutions durables et à une véritable amélioration de leur qualité de vie, il semble que nos dirigeants soient bien plus préoccupés par leur image et leur confort personnel que par l’avenir du pays. Cette cession de 49% à Ethiopian Airlines n’est pas une promesse d’avenir, mais un affront à la dignité nationale et à la souveraineté congolaise.
Les Congolais méritent mieux que de voir leur avenir confié à des capitaux étrangers, et il est grand temps que leurs dirigeants commencent à agir en conséquence. Au lieu de jouer les acolytes de compagnies aériennes étrangères, Jean-Lucien Bussa devrait se concentrer sur la véritable relance de notre secteur aérien, et ce, sans humiliation ni irresponsabilité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique
C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.
Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.
La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.
C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.
Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
