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Ituri : L’autre histoire que les caméras racontent rarement
Lorsque l’on parle de l’Ituri en dehors de ses frontières, ce sont souvent les images des violences ou, ces dernières semaines, de l’épidémie d’Ebola qui reviennent en premier. Cette réalité existe. Elle est douloureuse et personne ne peut l’ignorer.
Mais l’Ituri ne se résume pas à cela.
Derrière les gros titres, une autre histoire s’écrit chaque jour. Les marchés ouvrent leurs portes dès l’aube. Les écoles accueillent leurs élèves. Les champs continuent d’être cultivés. Les motos sillonnent les routes. Les petits commerces vivent. Des entrepreneurs investissent encore. Des artistes créent. Des journalistes racontent. Bref, la vie continue.
À travers cette chronique, il ne s’agit ni de nier les difficultés, ni d’effacer les pages les plus tumultueuses de l’histoire de cette province. Il s’agit simplement de regarder l’Ituri dans son ensemble, avec ses blessures, mais aussi avec sa capacité à avancer. Car une province ne peut être racontée uniquement à travers ses crises.
Entre le 14 et le 23 juillet, j’ai parcouru une nouvelle fois Mambasa, Irumu, Djugu et Mahagi. Du marché aux écoles, des champs aux ateliers, des centres urbains aux villages, les scènes observées racontaient toutes la même chose : malgré les incertitudes, les habitants continuent de construire leur avenir.
L’épidémie d’Ebola a ralenti le rythme de nombreuses activités. La prudence s’est imposée dans les habitudes quotidiennes. Pourtant, elle n’a pas arrêté la vie. À Bunia comme dans plusieurs territoires, les chantiers se poursuivent, les familles s’organisent et chacun cherche, à sa manière, à avancer.
Bien sûr, l’Ituri reste confrontée à de nombreux défis.
À Mahagi, une frontière placée sous surveillance rappelle combien une crise sanitaire peut avoir des conséquences humaines, économiques et transfrontalières. Dans certains coins d’Irumu et à Mambasa, les attaques des ADF continuent d’alimenter l’inquiétude. À Djugu, les groupes armés locaux et les tracasseries restent une préoccupation quotidienne pour de nombreuses communautés.
Oui, ce visage existe. Il fait partie de l’histoire actuelle de la province.
Mais il existe aussi une autre façade, moins médiatisée, qui mérite autant d’attention.
Celle d’une province résiliente. D’une terre aux ressources abondantes. D’une province où les talents émergent dans la musique, le sport, la culture, les médias ou encore l’entrepreneuriat. D’une province riche de sa diversité humaine et de son patrimoine naturel.
Pour ceux qui observent l’Ituri depuis l’extérieur, cette province demeure souvent associée à une histoire mouvementée. Pourtant, ce n’est pas un résumé fidèle de ce qu’elle est aujourd’hui. L’Ituri est aussi une terre d’opportunités où, malgré les obstacles, des femmes et des hommes continuent de travailler, d’innover et d’espérer.
Malgré Ebola. Malgré une frontière fermée. Malgré un aéroport privé du trafic des passagers ordinaires. Malgré l’insécurité qui persiste dans certaines zones, les communautés continuent de vivre et de s’adapter.
Les musiciens démontrent qu’ils peuvent porter la voix de l’Ituri bien au-delà de la province. Les journalistes montrent que leur plume et leurs images peuvent servir une information utile et responsable. Les autorités poursuivent des efforts pour répondre aux nombreux défis. Les entrepreneurs prouvent qu’une matière première produite en Ituri peut être transformée et consommée localement, offrant une autre image de l’est de la République démocratique du Congo, trop souvent réduit aux conflits et aux urgences humanitaires.
L’Ituri, et plus largement l’est de la RDC, ne se résument pas à ce que montrent les caméras lorsqu’elles couvrent une crise. Pendant que certains objectifs sont braqués sur les drames, d’autres histoires continuent de s’écrire, plus discrètes mais tout aussi importantes. Des histoires de courage, de travail, d’innovation et d’espérance.
Cette chronique n’a pas la prétention de raconter toute l’Ituri. Elle veut simplement rappeler qu’une province ne peut être enfermée dans une seule image.
L’Ituri est aussi cela.
Et peut-être, justement, cette autre histoire mérite, elle aussi, d’être racontée
L’Ituri autrement, c’est maintenant !
Vérité Johnson/CONGOPROFOND.NET