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Imbroglio au Tribunal de commerce de Kinshasa/Matete : Deux décisions différentes rendues dans une même affaire « Mwant Jet » !
Sur les réseaux sociaux, sur Twitter notamment, dans une vidéo, Gueda Yav célèbre l’éviction de son associé Michael Yav Tshikung. “Évincé de l’actionnariat, merci Etat de droit. Vous allez vous accrocher mais naboyi bino sérieusement !”, a écrit sur son compte Twitter, Gueda Yav Amani, associée majoritaire qui détient 60% de la compagnie d’aviation Mwant Jet. Elle se base visiblement sur une autre décision du Tribunal de commerce de Kinshasa/ Matete rendue le vendredi 01 avril.
On risque de s’y perdre. Un peu d’explications pour comprendre le feuilleton Mwant Jet, qui se joue devant les cours et tribunaux et sur les réseaux sociaux par l’entremise de l’actionnaire majoritaire.
L’affaire a été jugée en première instance par le même Tribunal de commerce de Kinshasa/ Matete fin février dernier. Un jugement a été rendu. Visiblement pas du goût de l’associée majoritaire qui est allée en appel. Donc, auprès d’une instance supérieure, selon la procédure réglementaire ainsi que l’organisation des compétences judiciaires en RDC.
En appel, le ministère public, qui parle au nom de l’Etat congolais, a émis un avis écrit en soutenant, avec argument à l’appui, la décision du Tribunal de Commerce. Fin mars, un jugement est rendu par la Cour d’appel. Alors, pendant que Gueda Yav Amani, fait appel, l’appel étant suspensif, elle continue logiquement à assumer ses fonctions de gérante de la société, même si son mandat est déjà arrivé à sa fin.
L’arrêt de la Cour d’appel est rendu le 28 mars et devrait être appliqué avec notamment l’installation d’un administrateur provisoire dans cette entreprise d’aviation.
Curieusement, une autre décision du même Tribunal de Commerce de Kinshasa/Matete tombe encore le 1 avril. On aurait cru que c’est un poisson d’avril, le jour où certaines personnes se permettent de mentir.
La situation fait poser des questions notamment sur le fonctionnement des instances judiciaires. Peut-on revenir à une instance inférieure, la même instance pour des faits qui y ont déjà été jugés? Selon les spécialistes du droit, la réponse est non. D’autant plus qu’il y avait appel et que l’arrêt de la Cour d’appel a été rendu.
Que dit la décision en faveur de Gueda Yav?
Selon le jugement que Gueda Yav a publié sur son compte Twitter, il est encore une fois désigné un expert comptable pour “procéder à l’évaluation actuelle des parts sociales de la société afin de fixer le montant global des parts sociales du défendeur Yav Tshikung Michael à lui restituer”.
Sur l’expert comptable désigné, aucune motivation n’est faite sur ses compétences antérieures, ni sur son expertise. Du coup, on ne parle plus de l’audit demandé par l’associé minoritaire.
“Et même si on voudrait rendre les parts de l’associé minoritaire, il faudra faire l’audit sur la santé de la société afin de régler les problèmes de fond qui est celui de mauvaise gestion. Et Gueda Yav ne veut pas qu’on fasse l’audit. Pourquoi? Elle a des choses à cacher ou bien elle se reproche de quelque chose?”, soupire un proche de la société d’aviation Mwant Jet.
Dans cette décision du 1 avril, l’on autorise “Mwant Jet SARL à vendre les parts sociales du défendeur”. Encore une fois, sans parler des questions d’audit et d’évaluation de la gestion de la gérante actuelle.
L’on peut se poser vraiment des questions de savoir par quel miracle la justice peut traiter, dans la même instance judiciaire, deux fois la même affaire et rendre deux décisions différentes alors que l’affaire a été portée auprès d’une instance supérieure?
En fait, après la Cour d’appel, l’instance supérieure serait la Cour de cassation qui devrait être saisie. Mais, pour les questions économiques, il faudrait bien se référer aux règles de l’OHADA qui sont du reste supérieures aux lois locales sur les questions économiques.
Logiquement, on s’en tient à la décision de l’instance supérieure, surtout qu’il s’agit d’un jugement en appel. “Le jugement rendu le 1er avril est déjà attaqué. Michael Yav a fait appel. L’appel étant suspensif, ce jugement n’a pas effet. Seul l’arrêt de la Cour d’appel de mars a effet, en ce moment”, glisse un proche du dossier. Cette affaire est loin d’être à sa fin.
Dorcas Ntumba/CONGOPROFOND.NET
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Sud-Kivu : à Bukavu, des messages appelant au retrait rwandais apparaissent le jour dédié à Lumumba
La ville de Bukavu s’est réveillée, ce samedi 17 janvier 2026, dans une atmosphère particulière mêlant commémoration historique et messages politiques. Cette date, consacrée à la mémoire de l’Héros national Patrice Emery Lumumba, intervient dans un contexte sécuritaire et politique tendu au Sud-Kivu.

Des tracts dénonçant la présence rwandaise
Selon des images et témoignages relayés sur les réseaux sociaux, plusieurs tracts ont été aperçus dans différents quartiers de la ville. Ces messages dénoncent la présence rwandaise dans la province et appellent au retrait immédiat de ce qui est qualifié d’« envahisseurs rwandais ».
Dans l’un de ces messages, il est affirmé que « malgré la présence de l’armée rwandaise à Bukavu, la ville se réveille dans l’atmosphère particulière de commémoration de la journée de l’Héros national Patrice Emery Lumumba, le vrai ».
Un acte présenté comme patriotique
Les tracts visibles à Bukavu expriment une revendication claire. Ils exigent « le retrait des envahisseurs rwandais de la province du Sud-Kivu », un message que les auteurs présentent comme un acte patriotique.
Pour eux, cette mobilisation s’inscrit dans la continuité de l’héritage de Patrice Lumumba, figure emblématique de la lutte pour l’indépendance du Congo. Le texte souligne que cette cause est « une cause noble ayant précipité la mort du vaillant panafricain que les Congolais et les grands révolutionnaires du monde entier célèbrent à la date d’aujourd’hui ».
La Génération Z se revendique de la résistance
Les auteurs des messages se réclament notamment de la Génération Z congolaise. Ils estiment que « la population de Bukavu, jadis ville de la Résistance (…), s’invite dans la lutte de reconquête de l’indépendance de la RDC ».
Les slogans affichés se veulent également un avertissement, parlant d’« un message fort adressé aux envahisseurs rwandais, les avertissant de la couleur de l’ouragan populaire qui pointe à l’horizon ».
Après Goma, Bukavu à son tour

Cette action à Bukavu intervient au lendemain d’initiatives similaires rapportées à Goma.
« Hier, le 16 janvier 2026, c’était à Goma ; aujourd’hui, 17 janvier 2026, c’est le tour de Bukavu. Rien n’est hasard », peut-on lire dans le message. Les auteurs affirment qu’« quelque chose se prépare » et que « la population a déjà décidé de braver la peur ».
Des slogans explicites
Parmi les slogans diffusés figurent notamment :
« Retrait urgent des envahisseurs rwandais déguisés en rebelles »,
« Non à l’occupation rwandaise du territoire congolais »,
ou encore « On ne libère pas un peuple, mais un peuple se libère ».
Le message se conclut par une prise de position sans équivoque : « Bukavu dit NON aux M23 ».
Silence des autorités
Pour l’instant, aucune réaction officielle des autorités locales ou nationales n’a été rendue publique à propos de ces tracts et des messages qui les accompagnent. La situation reste suivie de près dans un contexte régional toujours marqué par de fortes tensions sécuritaires.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
