Analyses et points de vue
Humeur : Tous à poil ! ( Par Alain Claude Christian Djate Yodi/Journaliste-Communicologue)
Il était une fois internet. C’est lui, la base de cette dérive qui envahit nos vies. Les barrières ont volé en éclat. Même sans le vouloir, on voit et on vit toutes ces choses que l’on ne voyait pas avant. Ces choses qui demeuraient dans le cercle privé de potes qui se choisissaient selon leurs affinités. Ces choses qui ne dépassaient pas le cadre d’une rue, d’un quartier, et pour lesquelles on surnommait des individus jugés extravagants ou ennuyeux. Ces choses pour lesquelles on réfléchissait avant de prononcer la moindre parole, parce que l’entourage scrutait et jugeait la moindre phrase.
Perdu ! On a tout perdu : le contrôle et la maîtrise de soi dans la prise de parole, dans l’expression d’un avis ou d’une opinion. Le digital immatériel a dématérialisé même le respect, la considération. Le dernier des illettrés peut se targuer de tenir tête au plus instruit de tous, au nom de…la liberté ! Les avis se multiplient et les débats sont du plus bas niveau.
Ils sont présents sur les réseaux, tous ces nouveaux héros d’un monde virtuel qui discute sur des choses on-ne-peut-plus réelles. Sur l’avenir du pays, et donc de nos vies. Ils sont sur leur clavier, ces vautours d’un nouveau genre qui ne supportent pas d’être contredits mais ont un avis sur tout. Ceux qui, incapables d’avoir un argument qui tient, tombent toujours dans la bassesse de l’insulte facile.
Les plus courageux affichent nom et prénom. Il leur importe peu de faire honte à leurs parents et à l’éducation qu’ils ont reçue d’eux. Soit parce qu’ils n’en ont pas reçu, soit qu’ils sont simplement à l’image de leur entourage. S’ils persistent, c’est certainement parce qu’ils sont applaudis, encouragés par une horde de ‘‘followers ». Des »suiveurs » que je qualifierai plutôt de suivistes.
Ensuite il y a ceux qui, impolis occasionnels ou permanents, se vendent pour porter leurs coups digitaux sous anonymat. Mais les deux ont ceci en commun qu’ils ont appris à vendre leurs services à des acteurs de la scène publique et politique qui certainement, pour quelques raisons que ce soient, leur ressembleraient.
D’horribles phrases, horriblement écrites, en phonétique, au mépris de toute grammaire et orthographe, affichent des idées tout aussi horribles mais hélas, publiques. Et elles tombent sur nos smartphones. Tous les jours ! On est fatigué de bloquer. Nul n’aurait pensé qu’il y en avait autant.
Mais bon, passons. Les réseaux ne sont pas un salon privé. C’est une énorme toile qui touche jusqu’aux extrémités de la terre. C’est le meilleur moyen de vendre ses compétences ou ses tares à la terre entière. Et tout ce qui est sur le net est…éternel ! Il faut garder cela en tête. En d’autres termes, cela vous rattrapera toujours.
Congolais !!!! CESSEZ DE VOUS INSULTER SUR LA TOILE. Vous nous mettez tous à poil !
Par Alain Claude Christian Djate Yodi (Journaliste-Communicologue)
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
