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Haut-Uélé : les exploitants artisanaux de Watsa contestent l’interdiction des activités minières dans les concessions de Kibali
La décision du gouverneur du Haut-Uélé, Jean Bakomito Gambu, d’interdire toute exploitation minière artisanale à l’intérieur des concessions de Kibali Gold Mine (KGM SA) provoque une vive réaction dans le territoire de Watsa. Les autorités provinciales invoquent le respect de la législation minière, tandis que les exploitants artisanaux dénoncent une mesure susceptible de priver des milliers de familles de leur principale source de revenus.
Les exploitants réclament le dialogue
Réunis vendredi 3 juillet à l’Espace Oasis de Watsa, les membres de l’Association des jeunes exploitants artisanaux pour le développement et le progrès socio-économique du territoire de Watsa (AJEADPSW-FORCE) ont exprimé leur opposition à cette décision lors d’une conférence de presse. Leur président, Malande Tasile Michel, a insisté sur le fait que leur démarche ne visait pas à s’opposer aux autorités.
« Nous ne sommes pas contre l’État. Nous demandons simplement que les droits reconnus aux communautés locales par la Constitution, le Code minier et le Règlement minier soient respectés. Notre combat est celui des exploitants artisanaux qui vivent de cette activité depuis plusieurs décennies », a-t-il déclaré.

Selon lui, cette mesure intervient alors qu’un processus de concertation était déjà engagé entre les communautés locales et Kibali Gold Mine. « Nous étions engagés dans une dynamique de paix et de dialogue. Nous avons même désigné des représentants pour poursuivre les discussions. C’est pourquoi cette décision nous surprend », a affirmé Malande Tasile Michel, estimant qu’il fallait poursuivre les échanges plutôt que suspendre brutalement les activités.
Des inquiétudes sociales et juridiques
L’association soutient que plusieurs milliers de jeunes vivent directement de l’exploitation artisanale de l’or dans le territoire de Watsa. Son président estime qu’une interdiction sans solution de remplacement risque d’aggraver la précarité. « Les empêcher brutalement de travailler sans leur proposer d’alternative, c’est exposer des milliers de familles à la précarité », a-t-il averti. Les responsables demandent également au gouvernement provincial d’agir comme arbitre entre les communautés et la société minière afin de garantir les droits de chaque partie.
Les exploitants artisanaux soulèvent aussi des préoccupations liées à l’application du Code minier. Ils estiment que les communautés locales et les autorités coutumières n’ont pas été suffisamment associées à la délimitation des concessions. « Nous avons demandé que Kibali Gold Mine présente officiellement les limites de ses concessions aux communautés concernées. Jusqu’à présent, cela n’a pas été fait », a déclaré Malande Tasile Michel. De son côté, le deuxième vice-coordinateur de l’association, Splendeur Lumeri, s’est interrogé sur l’avenir des creuseurs.
« On nous demande de quitter les sites. Mais pour aller où ? Derrière chaque exploitant artisanal, il y a une famille qui dépend de cette activité », a-t-il lancé.
Une réunion attendue à Isiro
Les responsables de l’AJEADPSW-FORCE appellent enfin à privilégier le dialogue afin de préserver la paix sociale dans une province déjà confrontée à l’insécurité. « Le Chef de l’État fait de la paix une priorité. Nous pensons que cette vision doit également guider la gestion des questions minières afin d’éviter toute escalade des tensions », a déclaré Malande Tasile Michel, tout en dénonçant des actes d’intimidation visant, selon lui, les exploitants artisanaux.
En parallèle, le gouvernement provincial poursuit les consultations. Le ministre provincial des Mines, Didier Meduama Yolo, a convoqué les présidents des coopératives minières ainsi que les administrateurs des sites miniers à une réunion d’urgence prévue le lundi 6 juillet à Isiro, sous la présidence du gouverneur Jean Bakomito Gambu. Cette rencontre, à laquelle aucune absence ne sera tolérée selon le communiqué officiel, est présentée comme une étape importante pour favoriser un dialogue entre les autorités, Kibali Gold Mine et les représentants des communautés locales.
Junior Kasamba