Provinces
Haut-Uéle : La réserve de Maïka Penge au bord de l’asphyxie écologique
La réserve et domaine de chasse de la Maïka Penge, située dans le nord-est de la République démocratique du Congo, dans la province du Haut-Uéle, est aujourd’hui confrontée à de graves menaces qui mettent en péril sa biodiversité.
D’une superficie actualisée de 25 000 km², cette aire protégée couvre plusieurs territoires de la province, notamment Rungu, Dungu, Niangara, Watsa et Wamba. Elle abrite une faune exceptionnelle, avec des espèces rares et emblématiques telles que l’éléphant de forêt.
Braconnage et exploitations illégales : un écosystème fragilisé
Les principales menaces pesant sur la survie de la réserve de Maïka Penge proviennent du braconnage, pratiqué aussi bien par certaines communautés locales que par des groupes extérieurs, notamment des pygmées et des braconniers internationaux.
Cette activité illégale cible particulièrement les espèces protégées et a des conséquences dramatiques sur la faune, affectant les éléphants, les antilopes et d’autres grands mammifères.
À cela s’ajoute l’exploitation illégale des ressources naturelles, notamment le bois et l’or. Des orpailleurs, souvent venus d’ailleurs, envahissent la réserve pour extraire l’or, dégradant gravement les habitats naturels et polluant les cours d’eau. Selon les rapports de terrain, ces activités se déroulent dans des zones écologiquement sensibles, rendant la régénération de la flore et de la faune presque impossible.
L’invasion des éleveurs, une menace silencieuse
Un autre facteur aggravant réside dans l’occupation progressive des terres par des éleveurs nationaux et étrangers. Les éleveurs Hema et Mbororo sont particulièrement pointés du doigt pour leur installation dans les limites de la réserve.
Certains vont jusqu’à acheter illégalement des concessions à l’intérieur des zones protégées, contribuant à l’envahissement des espaces réservés à la faune.
Les pratiques d’élevage, notamment celles des Mbororo, entraînent une dégradation accélérée des sols, une perturbation des habitats naturels et une compétition accrue pour les ressources essentielles, augmentant ainsi les conflits entre l’homme et la faune sauvage.
Un cri d’alarme lancé aux autorités
Face à cette situation alarmante, Gaga Karnold Maurice, expert en environnement et développement durable, et inspecteur chargé de la faune et de la flore dans la réserve de Maïka Penge, tire la sonnette d’alarme.
Dans une interview exclusive accordée à Congo Profond ce jeudi 29 janvier 2026, il appelle les autorités politiques et administratives de la RDC à accorder une attention urgente à cette réserve, menacée de disparition à moyen terme en l’absence de mesures immédiates.
Selon lui, le danger est tel qu’une génération entière pourrait ne jamais connaître ce patrimoine naturel d’importance mondiale. Il plaide pour un renforcement de la surveillance, un contrôle strict des activités humaines et une meilleure coopération entre autorités locales, communautés riveraines et experts environnementaux.
Des pistes concrètes pour sauver la réserve
Pour enrayer le déclin de la réserve de Maïka Penge, plusieurs recommandations sont avancées :
– Renforcement de la lutte contre le braconnage : mise en place de stratégies de surveillance plus efficaces, implication des communautés locales et recours aux technologies modernes (drones, surveillance satellitaire).
– Interdiction stricte de l’exploitation minière illégale : contrôle renforcé de l’orpaillage et création de zones de protection intégrale interdites à toute activité humaine.
– Réduction de la pression des éleveurs sur les terres protégées : encadrement rigoureux de l’élevage, interdiction de l’achat de concessions dans la réserve et application stricte des règles foncières.
– Sensibilisation et implication des communautés locales : programmes de sensibilisation à la conservation de la biodiversité et promotion d’une gestion durable des ressources naturelles.
Un patrimoine mondial en sursis
La disparition de la réserve de Maïka Penge constituerait une perte irréparable pour la biodiversité mondiale. Il est donc urgent que des actions concertées soient entreprises pour faire face aux menaces qui pèsent sur cet écosystème unique.
Les alertes et recommandations formulées par des experts tels que Gaga Karnold Maurice doivent être prises au sérieux afin de préserver ce patrimoine naturel pour les générations futures.
Junior Kasamba/CongoProfond.net
Provinces
Beni : Six membres de la communauté pygmée, dont la star Nzanzu Mangesse, tués lors d’une attaque attribuée aux ADF à Ngadi
La ville de Beni, au Nord-Kivu, a de nouveau été frappée par une attaque meurtrière attribuée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Au moins six civils issus de la communauté autochtone pygmée ont perdu la vie dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 2026 au quartier Ngadi, dans la commune de Ruwenzori.
D’après plusieurs témoignages recueillis auprès des habitants, les assaillants se sont introduits dans le quartier avant de s’en prendre à un campement occupé par des membres de cette communauté. « Les assaillants ont d’abord ciblé un campement des pygmées où ils ont exécuté les pygmées à l’arme blanche avant de poursuivre l’assaut dans d’autres parties de Ngadi », a relaté un jeune résident du quartier.
Après cette première attaque, les hommes armés auraient poursuivi leur incursion dans d’autres zones de Ngadi. Outre les six personnes tuées dont les corps ont été retrouvés et identifiés par la population locale, plusieurs civils auraient été enlevés et emmenés vers une destination inconnue, faisant craindre un bilan plus lourd dans les prochaines heures.
La population pleure également la disparition de Nzanzu Mangese, considéré comme l’une des personnalités les plus connues de la région. Son décès a provoqué une vive émotion parmi les habitants, qui dénoncent la persistance de l’insécurité dans cette partie du territoire de Beni.
Cette nouvelle attaque remet en évidence les défis sécuritaires auxquels restent confrontées les populations civiles, en particulier les communautés autochtones, malgré les opérations militaires menées contre les groupes armés actifs dans la région.
Franck Kaky/CONGOPROFOND.NET
