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Haut-Uele : La marche contre l’insécurité n’a pas eu lieu, la « ville morte » également annulée à Isiro
La marche pacifique annoncée mercredi 9 septembre 2026 à Isiro par une synergie de structures de la Société civile et le Conseil provincial de la jeunesse (CPJ) n’a finalement pas eu lieu. La journée « ville morte » annoncée pour ce jeudi 10 septembre sur l’ensemble de la province du Haut-Uele n’a pas non plus été observée, à la suite d’échanges entre les autorités provinciales, la Société civile et les organisations de jeunesse.
La marche devait dénoncer la dégradation de la situation sécuritaire dans le Haut-Uele, particulièrement dans la ville d’Isiro, et interpeller les autorités sur la protection des personnes et de leurs biens. Son annulation est intervenue après la réponse du gouverneur Jean Bakomito Gambu à la correspondance des organisateurs.
Dans sa lettre, l’autorité provinciale a notamment évoqué des réserves sur l’identité, la qualité et le mandat des signataires de la demande, ainsi que sur la représentation des structures concernées. Le gouverneur a également justifié sa position par le contexte sécuritaire et la situation sanitaire liée à la résurgence de la maladie à virus Ebola.
« J’accuse réception de votre correspondance sans numéro, du 07 septembre. À titre liminaire, je relève que cette correspondance ne permet pas d’établir avec suffisamment de précision l’identité, la qualité et le mandat de ses signataires », écrit Jean Bakomito Gambu, avant de préciser que, compte tenu du contexte sécuritaire et de la situation sanitaire, « les conditions ne sont pas réunies pour permettre l’organisation de manifestations publiques susceptibles de favoriser des rassemblements importants de personnes ».
Malgré l’absence de manifestation, un important dispositif des forces de l’ordre a été déployé mercredi matin dans plusieurs points sensibles d’Isiro. La circulation a fait l’objet d’une surveillance accrue, avec des contrôles visant notamment certains usagers. Les enseignants et fonctionnaires étaient appelés à présenter leurs pièces d’identité ou leurs cartes de service, tandis que la circulation des taxis, perturbée dans les premières heures, a progressivement repris normalement vers 9 heures.
Cette situation a également affecté les activités économiques. Une majorité de commerçants ont gardé leurs boutiques et magasins fermés, exprimant leur inquiétude face à l’insécurité qui affecte la capitale provinciale. Des petits commerces de quartier ainsi que les principaux marchés sont toutefois restés opérationnels.
L’insécurité demeure au centre des préoccupations à l’origine de cette mobilisation avortée. Les organisateurs avaient notamment évoqué l’incident survenu dans la nuit du 3 au 4 septembre, au cours duquel René Eyaka Ibambi, président provincial du CPJ, aurait été atteint par balle alors qu’il intervenait avec son équipe pour tenter d’empêcher le cambriolage d’une maison voisine. Les circonstances précises de cet incident restent à établir par les autorités compétentes.
Dans la population, la décision de ne pas autoriser la manifestation suscite des réactions divergentes. Certains habitants contestent les motifs avancés par les autorités et estiment que les préoccupations sécuritaires de la population nécessitent davantage de réponses. D’autres appellent plutôt au dialogue et au respect des procédures légales.
Des accusations faisant état de présumées complicités de certains acteurs des services de sécurité circulent également sur les réseaux sociaux, notamment à la suite d’images présentées comme montrant l’interpellation de certains agents. Ces allégations, qui n’ont pas été établies de manière indépendante, nécessitent des vérifications et, le cas échéant, des enquêtes officielles.
Pas de « ville morte »
La journée « ville morte » annoncée pour ce jeudi 10 septembre n’a finalement pas eu lieu. L’information a été confirmée par Me Héritier Atibasay Mutupeke, coordonnateur des mouvements associatifs, à l’issue d’une rencontre tripartite réunissant le gouverneur de province, des représentants de la Société civile et des organisations de jeunesse.
Selon Me Atibasay, les échanges ont porté principalement sur les questions sécuritaires, sociales et de développement du Haut-Uele. Il affirme que la rencontre s’est déroulée dans un climat apaisé et constructif, les participants ayant privilégié le dialogue et la collaboration.
Concernant l’appel à la marche et à la « ville morte », il soutient que la procédure légale applicable aux manifestations publiques n’aurait pas été respectée, notamment en raison de l’absence d’une signature conforme engageant officiellement la responsabilité des initiateurs.
Il a, en conséquence, appelé la population du Haut-Uele à vaquer librement à ses occupations, tout en invitant les citoyens à ne pas céder à la panique ni à la désinformation. Il a également encouragé les différentes composantes de la Société civile à collaborer avec les autorités provinciales et les services de sécurité.
Cette séquence met ainsi face à face deux impératifs : les préoccupations persistantes de la population concernant la sécurité et la nécessité, défendue par les autorités, de privilégier le dialogue et les voies légales dans un contexte également marqué par la résurgence d’Ebola.
Pour l’heure, la marche et la « ville morte » annoncées n’ont pas eu lieu à Isiro. La question sécuritaire, elle, demeure au cœur des attentes de la population et des échanges entre les autorités provinciales et les organisations citoyennes.
Junior Kasamba/Congoprofond.net