Actualité
Haut-Uélé : Isiro paralysée, ce jeudi, par une mobilisation contre l’insécurité persistante
Silence pesant, artères désertées, rideaux baissés : la ville d’Isiro a tourné au ralenti ce jeudi, à la faveur d’une journée « ville morte » massivement suivie. À l’appel de la communauté Mayogo, habitants et commerçants ont suspendu leurs activités, transformant le chef-lieu du Haut-Uélé en une cité presque fantôme.

Une colère populaire nourrie par l’insécurité
Derrière cette mobilisation, un ras-le-bol profond. La population dénonce une insécurité devenue chronique, marquée par des vols à main armée, des pillages à répétition et des violences ciblant particulièrement les femmes.
Pour les initiateurs du mouvement, cette action citoyenne se veut un cri d’alarme : il est urgent, disent-ils, que les autorités prennent des mesures fortes pour endiguer cette spirale inquiétante.
Un appel des autorités resté sans effet
La veille, le gouvernement provincial avait pourtant appelé à la reprise normale des activités, tout en reconnaissant le bien-fondé des préoccupations exprimées. Un message qui n’a visiblement pas suffi à convaincre.
En maintenant la pression, la population d’Isiro traduit une défiance grandissante vis-à-vis des autorités et, surtout, une attente pressante de réponses concrètes face à une situation jugée intenable.
Un signal fort envoyé au pouvoir
Au-delà de la paralysie économique d’une journée, cette « ville morte » sonne comme un avertissement clair. Elle révèle une fracture entre gouvernés et gouvernants, et met en lumière l’urgence d’une action rapide et efficace pour restaurer la sécurité.
À Isiro, le message est limpide : sans garanties sérieuses, la peur continuera de dicter le quotidien des habitants.
Junior Kasamba / CongoProfond.net
Politique
Guillaume Ngefa Atondoko : l’inflexible gardien du Droit au service de la Justice du Peuple
Il est des nominations qui sonnent comme des professions de foi. Celle de Guillaume Ngefa Atondoko au poste de Ministre d’État, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, le 8 août 2025, est de celles qui redonnent espoir à tout un peuple en quête d’équité. Rares sont les personnalités dont le pedigree international et le courage personnel forcent autant le respect.
Ce juriste chevronné, diplômé de Columbia University et de l’Institut des droits de l’homme de Strasbourg, n’a pas attendu les ors de la République pour servir son pays. Dès les années 1990, alors que la dictature zaïroise étouffait toute velléité de liberté, il cofondait l’AZADHO (devenue ASADHO), bravant menaces et tentatives d’assassinat pour documenter les exactions. Son parcours à l’ONU, où il a piloté la Division des droits de l’homme de la MINUSMA au Mali avant d’en être expulsé pour son intransigeance, puis dirigé l’Examen Périodique Universel à Genève, a forgé en lui une cuirasse d’intégrité.
Aujourd’hui, c’est avec cette même intransigeance morale qu’il a accepté de relever le défi le plus périlleux de sa carrière : restaurer la foi des Congolais en leur justice. Conscient de l’immensité de la tâche dans un système judiciaire miné par la corruption et la lenteur, Guillaume Ngefa n’a pas perdu une minute pour poser les jalons de son ambitieux projet réformateur. Son action s’articule autour d’une vision claire : une justice de proximité, digitalisée et surtout indépendante.
Parmi ses premières initiatives marquantes, on note le renforcement immédiat de la coopération avec la MONUSCO pour l’humanisation du système pénitentiaire congolais, un dossier brûlant tant les conditions de détention sont souvent indignes. En recevant Patience Saï et en relançant les travaux du groupe technique sur la stratégie pénitentiaire, il a démontré que la modernisation des infrastructures carcérales et la protection des détenus, en particulier les femmes, figuraient au sommet de ses priorités.
Parallèlement, il travaille à la digitalisation de la chaîne judiciaire et à la réforme de la formation des magistrats, avec l’ambition affichée de faire de l’École de magistrature un creuset d’excellence éthique et non plus un simple lieu de passage. Mais au-delà des réformes techniques, c’est la dimension profondément humaine et politique de sa mission qui impressionne. Nommé dans un contexte de crise de légitimité suite aux affaires ayant éclaboussé son prédécesseur, il incarne un “pari risqué” sur l’éthique. Pourtant, cet homme qui a documenté les massacres des années 1990 et survécu à l’exil forcé sous Laurent-Désiré Kabila, aborde cette nouvelle bataille avec la sérénité des vétérans.
S’il se définit comme le “ministre du peuple”, c’est parce qu’il sait que la justice ne se décrète pas d’en haut ; elle se vit au quotidien dans les villages reculés et les quartiers populaires. En posant la première pierre d’une justice de proximité et en s’attaquant frontalement aux interférences politiques, Guillaume Ngefa Atondoko ne cherche pas à être populaire, mais à être utile. Et c’est précisément dans cette quête d’une justice intègre et souveraine que réside tout l’espoir d’un État de droit véritable en République Démocratique du Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
