Agriculture
Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa : « Militariser l’agriculture » de Didier Mumengi fait vibrer le débat sur la souveraineté alimentaire
La 9ᵉ édition de la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa s’est ouverte, jeudi 10 septembre 2026, au Centre Wallonie-Bruxelles, sur une forte affluence.
Point culminant de cette première journée : le vernissage de Militariser l’agriculture, tome II, de Didier Mumengi. Entre littérature, économie et prospective, l’ouvrage de 484 pages a servi de catalyseur à un débat sur l’urgence agricole en République démocratique du Congo.

Il aura fallu davantage qu’une simple cérémonie littéraire pour contenir l’affluence. Dans l’amphithéâtre du Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, à Gombe, les sièges se sont remplis jusqu’à saturation. Jeudi 10 septembre, écrivains, responsables politiques, scientifiques, acteurs culturels et lecteurs se sont retrouvés autour d’un même objet : le livre, mais surtout l’idée qu’il peut encore porter une vision de transformation nationale.
Le vernissage du tome II de Militariser l’agriculture, publié aux éditions Elembo et préfacé par Didier Condola, a constitué le temps fort de cette ouverture. Fort de 484 pages, l’ouvrage prolonge une première réflexion publiée en 2022 sous le titre Guerre sans fin contre la faim, dans un volume de 396 pages.
Derrière le titre volontairement offensif de l’ouvrage, Didier Mumengi pose une équation à la fois économique, sociale et stratégique : comment faire de l’agriculture un instrument de souveraineté et un levier durable de développement dans un pays disposant d’un potentiel agricole considérable, mais encore fortement dépendant des importations alimentaires ?
Un livre au cœur d’une urgence nationale

La rencontre autour de Militariser l’agriculture a rapidement dépassé le cadre traditionnel d’un vernissage. Dans une salle comble, les échanges ont porté sur la souveraineté alimentaire, la production locale, l’industrialisation du secteur agricole et les conditions d’une transformation structurelle de l’économie congolaise.
Le docteur Jean-Jacques Muyembe a donné à l’ouvrage une reconnaissance symbolique particulièrement forte en déclarant : « Je déclare que cet ouvrage entre dans la bibliothèque nationale et internationale. »
La formule consacre moins un simple livre qu’une contribution au patrimoine intellectuel et au débat public. Elle traduit également la place que les organisateurs et plusieurs intervenants entendent donner à la littérature lorsqu’elle se saisit des grandes problématiques nationales.
Dans cette perspective, le livre devient un espace de confrontation des idées : diagnostic de la dépendance alimentaire, impératif de production, transformation industrielle et financement du secteur agricole.
Delly Sessanga, président de l’Envol, a pour sa part salué la pertinence de la réflexion de Didier Mumengi, estimant que les deux approches convergent sur « l’urgence nationale de la question agricole » et sur la nécessité d’un « protectionnisme productif ».
L’ancien candidat à la présidentielle insiste notamment sur l’industrialisation agricole à travers les micro-industries, considérée comme l’un des leviers de diversification de la croissance.
L’IDÉE-FORCE
Produire, transformer, financer, consommer local.
Pour Delly Sessanga, la souveraineté alimentaire ne saurait se limiter à l’augmentation de la production agricole.
Elle suppose également la capacité de transformer localement les produits, de financer les initiatives nationales et de créer un marché intérieur suffisamment dynamique pour absorber une part croissante de la production congolaise.
Une rentrée littéraire qui dépasse les frontières du livre
Si le vernissage de Militariser l’agriculture a dominé cette première journée, la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa ne s’est pas réduite à un seul ouvrage.
Pour sa 9ᵉ édition, la manifestation, placée sous le thème « Littérature : gardienne des mémoires et clé du développement intégral », a ouvert plusieurs espaces de rencontres autour du livre, de la création et de la pensée.
La République du Congo, désignée pays d’honneur, occupe une place particulière dans cette programmation qui entend rapprocher les deux rives du fleuve autour de leurs traditions littéraires et de leurs imaginaires communs.
Sur l’avenue de la Nation, devant la Bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles, plusieurs exposants ont également participé à l’animation de la manifestation. Parmi eux, la librairie Sadila SARL, fondée par Garcia Mpembele, a contribué à rapprocher les ouvrages du public.
La scène culturelle n’a pas été oubliée.
Le programme prévoit notamment Kulumbimbi, inspiré de l’ouvrage de Bayuwa Di-Mvuezolo, ainsi que le spectacle théâtral La Maison aux murs blessés de Joyeux Ngoma.
Autre moment attendu : la présentation de la Congolexicomatisation, dictionnaire porté par Eddy Malou, présenté comme un outil d’éveil patriotique et une exploration singulière de la langue et de la logomachie.
Cette diversité de propositions confirme l’ambition de la manifestation : faire de la littérature non seulement un espace de lecture, mais aussi une plateforme de débat, de représentation et de construction de la mémoire collective.
Lire pour penser, penser pour transformer
Au-delà des ouvrages et des spectacles, la question de la transmission s’est imposée comme l’un des fils conducteurs de cette rentrée littéraire.
Nancy Mbombo, coordinatrice du Forum international des femmes africaines (FIFAF), a insisté sur la nécessité de réhabiliter la lecture auprès des jeunes et des femmes congolaises.
« Je veux que la jeunesse congolaise et les femmes congolaises puissent aimer la lecture, car on dit que le pouvoir est dans la lecture », a-t-elle déclaré.
Cette dimension pédagogique donne à la manifestation une portée qui dépasse le calendrier culturel. Elle inscrit le livre dans une problématique plus large : celle de la formation du citoyen, de la transmission des savoirs et de la capacité d’une société à produire ses propres récits et ses propres solutions.
Pour Guillaume-Pépin Mandjolo, l’ouvrage de Didier Mumengi pourrait précisément contribuer à cette dynamique. « Je crois de tout mon cœur que ce livre va produire des fruits », a-t-il affirmé.
Du côté du Centre Wallonie-Bruxelles, l’engouement du public est perçu comme un signal positif. Richard-Ali, coordonnateur de l’institution, s’est réjoui de la mobilisation des Kinois autour de cette célébration du livre, particulièrement tournée vers les écrivains du Congo-Brazzaville.
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