Culture
Geno- Festival: le Pr Kambay Bwatshia appelle la jeunesse congolaise à « Voir, Juger et Agir » face au Genocost
À l’approche de la deuxième édition du Festival international sur l’appropriation du Genocost, le professeur émérite Kambay Bwantshia invite la jeunesse congolaise à transformer la mémoire en conscience citoyenne. Son triptyque — « Voir, Juger et Agir ».
Il résume l’ambition d’un rendez-vous culturel qui entend faire de l’art un instrument de mobilisation nationale et internationale.
La mémoire ne veut plus seulement être commémorée. Elle veut être racontée, interrogée, transmise et portée par une nouvelle génération. C’est dans cet esprit que se prépare à Kinshasa la deuxième édition du Festival international sur l’appropriation du Genocost, baptisé Geno-Festival, un rendez-vous culturel et intellectuel consacré à la mémoire des violences et des atrocités commises en République démocratique du Congo au cours des trois dernières décennies.
Attendu le samedi 29 août 2026 à l’Académie des Beaux-Arts, le festival ambitionne de réunir autorités, intellectuels, artistes, acteurs culturels et jeunes autour d’une même interrogation : comment transformer la mémoire du drame congolais en une conscience collective capable de porter l’exigence de reconnaissance et de justice ?
Au cœur de cette réflexion, une formule lancée par le professeur émérite Kambay Bwantshia, historien congolais et ancien recteur de l’UNISIC : « Voir, Juger et Agir. »
Trois verbes. Trois étapes. Mais surtout, trois exigences adressées à une jeunesse appelée à ne pas détourner le regard de son histoire.
« Voir, Juger et Agir » : le triptyque d’une conscience
Lors d’une conférence de presse organisée à Kinshasa, dans la commune de la Gombe, les initiateurs et plusieurs personnalités associées au projet ont présenté les enjeux historiques, culturels et citoyens de cette deuxième édition.
Pour le professeur Kambay Bwantshia, l’appropriation du Genocost ne peut se limiter à un discours institutionnel ou à une succession de cérémonies commémoratives.
Il faut d’abord voir, c’est-à-dire regarder l’histoire en face, connaître les faits et prendre conscience de l’ampleur des tragédies vécues par les populations congolaises.
Il faut ensuite juger, non pas dans le seul sens judiciaire du terme, mais comme un exercice de discernement historique, moral et citoyen.
Enfin, il faut agir
Agir pour transmettre la mémoire. Agir pour informer. Agir pour mobiliser. Agir pour faire du Genocost une question nationale, africaine et internationale.
À travers cette pédagogie en trois substantifs d’action, le professeur émérite place la jeunesse au centre du combat mémoriel.
Car une mémoire qui n’est pas transmise, rappelle l’esprit du Geno-Festival, risque de devenir une mémoire silencieuse. Et une mémoire silencieuse peut finir par disparaître.
Patrick Saidi : « Le Genocost est une affaire patriotique et citoyenne », initiateur du Geno-Festival, Patrick Saidi défend une approche résolument culturelle de la mémoire.
Pour lui, le Genocost ne concerne pas uniquement les familles directement touchées par les violences ou les institutions chargées d’en porter le dossier. Il interpelle l’ensemble de la société congolaise.
« Le Genocost est une affaire patriotique, citoyenne et de tous. C’est un hommage à nos frères et sœurs, à nos papas et à nos mamans tués par nos détracteurs. À travers le Geno-Festival, c’est une façon de mobiliser pour la reconnaissance du Genocost », a-t-il déclaré.
Le message est clair : la culture doit devenir l’un des espaces de résistance contre l’oubli.
Patrick Saidi estime qu’il est désormais temps de donner une dimension culturelle plus affirmée à la mobilisation autour du Genocost.
« Le Geno-Festival est un appel à la jeunesse congolaise », insiste-t-il.
Cet appel s’adresse à une génération qui, pour une grande partie, n’a pas vécu directement les premières années des conflits et des violences qui ont endeuillé le pays, mais qui en porte encore les conséquences sociales, économiques, psychologiques et historiques.
Quand la culture devient un territoire de mémoire
C’est précisément là que le Geno-Festival entend se distinguer.
L’événement ne se présente pas seulement comme une conférence sur l’histoire. Il propose un bouquet d’activités culturelles et artistiques, avec l’ambition de donner à la mémoire plusieurs langages : celui de la parole, de l’image, de la musique, de la scène et de la création artistique.
Dans un pays où la culture constitue l’un des plus puissants vecteurs de communication populaire, les organisateurs veulent faire de l’art une passerelle entre l’histoire et la jeunesse.
Se souvenir, mais autrement.
Faire comprendre sans enfermer la mémoire dans les archives.
Faire ressentir sans abandonner la rigueur historique.
Mobiliser sans réduire la tragédie à un simple slogan.
Le défi est considérable. Mais il correspond à une conviction portée par les initiateurs : la mémoire doit vivre dans la société pour devenir une force collective.
Un plateau d’intellectuels et de personnalités
La deuxième édition du Geno-Festival prévoit la participation de plusieurs personnalités du monde intellectuel, médiatique et culturel.Parmi elles, le professeur émérite Kambay Bwantshia, figure reconnue de la réflexion historique et académique congolaise.
Le festival annonce également la présence de Freddy Mulumba, ancien directeur général de la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC), connu pour ses réflexions sur les grandes questions de société et de communication.
D’autres intervenants, intellectuels et acteurs du monde culturel sont attendus pour enrichir les débats autour de l’histoire, de la mémoire, de la citoyenneté et du rôle de la jeunesse.
Le rendez-vous se veut ainsi un espace de confrontation des idées autant qu’un moment de rassemblement.
Une jeunesse face à son histoire
Derrière les conférences, les prestations artistiques et les échanges intellectuels, le Geno-Festival pose finalement une question plus profonde : quelle relation la jeunesse congolaise entretient-elle avec son histoire ?
Pour le professeur Kambay Bwantshia, la réponse passe par une démarche active.
Voir.
Voir ce qui s’est passé.
Juger.
Comprendre les mécanismes, les responsabilités et les conséquences.
Agir.
Refuser l’indifférence et transformer la connaissance en engagement citoyen.
Cette formule pourrait bien devenir l’un des marqueurs intellectuels de cette deuxième édition.
Car, dans la bataille pour la reconnaissance de la mémoire, le temps joue un rôle paradoxal : il peut apaiser les blessures, mais il peut aussi effacer les traces.
Le Geno-Festival choisit donc de répondre au temps par la transmission.
Le rendez-vous de l’Académie des Beaux-Arts
La grande rencontre culturelle est annoncée à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, avec la participation d’artistes appelés à donner une expression créative à cette exigence mémorielle.
Entre réflexions intellectuelles et performances artistiques, le festival entend créer un dialogue entre les générations.
Les aînés apportent le témoignage et l’expérience historique.
Les intellectuels proposent des outils de compréhension.
Les artistes donnent une voix aux émotions.E la jeunesse est appelée à reprendre le flambeau.
« Voir, Juger et Agir » : en trois mots, le professeur émérite Kambay Bwantshia résume ainsi un programme qui dépasse le cadre d’un simple événement culturel.
À Kinshasa, le Geno-Festival veut faire de la mémoire une responsabilité.
Et de cette responsabilité, un acte de patriotisme.
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