Analyses et points de vue
Francophonie : « le mécontentement du président Tshisekedi est significatif et impose le respect », (sénateur Joseph Ngalamulume)
Le sénateur Joseph Ngalamulume a exprimé son soutien à la ferme position prise par le Président de la République, Felix Tshisekedi face à l’ insensibilité de son homologue Français Emmanuel Macron, qui n’a pas condamné l’agression dont, est victime la RDC de la part du Rwanda, lors de son discours prononcé à l’occasion du récent sommet de la francophonie.
Il considère le fait pour Felix Tshisekedi de suspendre sa participation à ce sommet tenu à Paris, comme une dénonciation de l’hypocrisie de la France face à cette situation sécuritaire en République Démocratique du Congo.
« Nous félicitons le Président de la République Felix Tshisekedi qui a fait savoir au monde qu’il est pertinent de respecter la nation qu’il dirige. Il était venu pour un objectif, d’obtenir le soutien de ses pairs et de faire condamner l’agresseur, mais il a constaté le manque de sincérité, en tant que grand stratège, il a claqué la porte. Je pense que c’est une manière pour lui de dénoncer une messe noire qui aurait été dite contre son pays », a soutenu cet élu des élus.
Pour Joseph Ngalamulume, en choisissant de protester contre l’omission d’un président d’un pays francophone, Felix Tshisekedi remet en question les dynamiques de pouvoir qui ont trop souvent marginalisé la voix congolaise.
Il soutient que cette action doit être célébrée non seulement comme un acte de défi, mais également comme un appel à la prise de conscience collective.
« Si le président Macron a reconnu au deuxième jour que la RDC est agressée, cela remet en cause sa franchise, parce que normalement cette position ne devrait pas seulement être montrée après que le chef de l’État Felix Tshisekedi a dévoilé son mécontentement. La sincérité voudrait que dès le premier jour, l’agression du plus grand pays francophone soit découragée, c’est tout ce que nous attendions », a-t-il martelé.
Il sied de noter que, le sénateur Ngalamulule faisait partie de la délégation qui a accompagné le Président congolais à New York, pour participer à la 79 ème session de l’ONU.
Willy Theway Kambulu/ CONGOPROFOND.NET
Analyses et points de vue
La matrophagie : l’instinct cannibale ou la maternité dévorée
La matrophagie n’est pas un mythe oublié, ni une simple figure échouée sur les rives de la psychanalyse. Elle est le geste inaugural, trop souvent tu, de notre rapport à l’origine. Manger la mère, c’est d’abord tenter d’absorber ce qui nous a précédés pour ne plus lui être redevable : un monde sans dette, sans filiation, sans cet importun rappel que nous venons toujours d’ailleurs que de nous-mêmes.
Dans cette ingestion symbolique, l’enfant devenu adulte croit s’émanciper en digérant celle dont le corps fut le premier territoire. Mais le prix de cette autarcie est l’oubli de la vulnérabilité constitutive — celle qui nous lie aux autres par ce que nous avons reçu avant même de savoir vouloir. La matrophagie n’est donc pas un acte, mais un silence : celui d’une culture qui célèbre l’autonomie tout en ensevelissant les mères sous le poids de ce qu’elles ont donné sans jamais pouvoir être remboursées.
Car la matrophagie n’a pas besoin de crocs ni de feux de bois : elle s’exerce froidement, dans les interstices du quotidien. Elle se niche dans l’injonction faite aux mères de s’effacer dès lors que leur utilité a servi — après le sevrage, après les nuits blanches, après que leur corps a été morcelé par les attentes sociales. On loue leur abnégation tout en la leur reprochant dès qu’elle devient trop visible. On les somme de donner sans compter.
Puis on les accuse d’étouffer lorsqu’elles osent encore vouloir exister pour elles-mêmes. La matrophagie, c’est cette double contrainte qui transforme la mère en ressource, puis en gêne : source de vie réduite à l’état de vestige, une fois son capital de sollicitude épuisé. Elle révèle ainsi la contradiction brute d’une société qui sacralise la maternité comme fonction mais abandonne la mère comme personne. Ce que la matrophagie déchire, c’est le lien même qui pourrait fonder une politique de la vulnérabilité partagée.
En faisant de la mère le lieu du don sans retour, on installe au cœur du monde une dette impossible à honorer, et que l’on préfère donc effacer en effaçant celle qui l’incarne. Mais refuser la matrophagie, ce n’est pas simplement rendre hommage aux mères : c’est refuser la logique sacrificielle qui exige que le commencement soit dévoré pour que le continuateur puisse se croire autosuffisant.
C’est soutenir qu’aucun commencement ne doit être ni mangé ni oublié, mais porté comme ce qui nous empêche à jamais de nous prendre pour des dieux. La mère digérée hante les cultures qui l’ont avalée ; la mère reconnue, en revanche, pourrait devenir le premier maillon d’une chaîne où donner et recevoir ne s’opposent plus, où l’on cesse enfin de croire qu’il faut tuer ce qui nous a faits pour devenir quelqu’un.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
