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Provinces

Fonarev : faut-il oublier d’indemniser des victimes de spoliation ? Les voix se lèvent à Kenge

Le lancement des activités de Fonarev à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango, se veut une lueur d’espoir pour des nombreuses victimes de diverses violations. A Kenge, l’on évoque notamment les victimes des atrocités commises par la milice Mobondo, et aussi, à une certaine mesure, de ceux qui ont perdu des proches lors des massacres du 05 mai 1997 à la prise du pouvoir par l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo).

Le public ne comprend presque rien des activités du Fonarev. La presse n’ayant pas accès à ces assises.

Qu’à cela ne tienne, l’opinion publique souhaiterait que Fonarev elargisse son champ à l’indemnisation de tous ceux qui ont perdu non seulement des membres de famille, mais aussi des biens matériels. Dans tous les conflits en effet, des citoyens ont perdu des biens importants ou ont subi d’importants dommages.

M. Didas Niau-Niau, un habitant de Kenge, par exemple, a subi des troubles psychiques lors des bombardements de l’armée le 05 mai 1997, alors qu’il était en deuxième des humanités. Dans le récit qu’il a fait récemment devant la presse de Kenge, il a confié qu’il avait impression chaque jour et durant plusieurs années de vivre dans la guerre, voyant dans une sorte de rêve des soldats tomber devant lui ou le pourchasser. Dans ces troubles psychiques, il avait tendance de se jeter dans la l’eau ou plonger d’un immeuble pour éviter d’être pris. C’est lorsqu’il est à l’université, qu’il se rend compte que ce n’était qu’un problème psychologique, qui nécessitait une prise en charge par un psychologue ou un psychanalyste.

D’autres cas, qui devraient figurer dans l’agenda des activités de Fonarev, sont ceux des citoyens qui ont été spoliés de leurs biens. Dans des nombreux villages dans les conflits de Mobondo et la guerre de l’AFDL, des maisons d’habitation ont été incendiées par les militaires ou les assaillants, des champs dépossédés, des plantations saccagées, des bétails ravis, de l’argent extorqué.

Personne n’ignore que les soldats de l’AFDL se servaient dans des fermes à bétail partout où ils passaient. Les miliciens Mobondo ont commis les mêmes exactions dans les trois provinces issues de Bandundu.

Cette situation devrait interpeller la sensibilité du Fonarev, puisque l’agriculture et l’élevage sont les principales sources économiques dans les trois provinces du Kwilu, Kwango et Mayindombe. Fonarev devrait prendre en compte même une poule ravie, un potager ravagé.

Il n’existe pas une plus forte violation que ravir à un pauvre son pain de ce jour. Dans les trois provinces, des citoyens ont été dépossédés de leurs bien mobiliers, et parfois par des pouvoirs publics, qui pourtant ont la mission de les protéger et les promouvoir.

A Kenge, des sources dignes de foi ont été témoins, en 2020, de la spoliation au site de l’aérodrome, commandité par le gouverneur Jean-Marie Peti-Peti. A la place, le terrain a été distribué comme dans la Lex Plautia Papiria en faveur d’un clientélisme politique ou des proches des dirigeants sont devenus brusquement des propriétaires des terrains qu’ils n’ont acheté à personne. Les maisons des députés et ministres qui pillulent sur ce site sont construites littéralement sur les cendres des huttes des pauvres. Ces pauvres n’ont jamais été indemnisés !
Nombreux ont pris la route du village, persuadés qu’ils ne sont pas les bienvenus en ville.

Dans les cités de trois provinces, les ravins dûs au manque de politique de canalisation des eaux de pluie ont fait déplacer des populations. Certaines parcelles sont devenus des espaces publics et les anciens propriétaires n’ont pas été indemnisés.
Cette situation est courante dans les cités de Kenge, Popokabaka et Kasongo-Lunda, pour ne parler que de la province du Kwango.

L’organisation des activités du processus d’indemnisation des victimes de divers crimes au Grand Bandundu doit être une occasion de remettre tous ces problèmes sur la table pour remettre les congolais dans leurs droits les plus légitimes. Fonarev ne devrait pas se cloîtrer dans les quatres murs de crimes de guerre, mais ferait œuvre utile en élargissant son champ d’action aux autres types de crimes dont les congolais de nos trois provinces ont été victimes : crimes écologique, crimes économiques, etc. Il est temps ! Seulement, l’on espère que les fonds destinés à cette indemnisation ne seront point détournés sous prétexte que l’État veut finalement construire des prisons « modernes » dans l’espace Grand Bandundu !

Emile Yimbu/CONGOPROFOND.NET