À la Une
Financement de la CENI: Le député Simon Mulamba adresse une question écrite à Nicolas Kazadi
Après le duel contradictoire entre le président de la CENI, Dénis Kadima, et Nicolas Kazadi, ministre des Finances, sur la question de financement des fonds alloués pour organiser les élections de 2023, l’élu de Tshikapa territoire, Me Simon Mulamba, a adressé une question écrite à l’argentier national.
«Il y a une semaine, le président de la CENI, Denis KADIMA, a, dans une interview accordée à Top Congo FM, soutenu que depuis l’arrivée de son équipe à la tête de cette institution, elle n’a pas encore reçu du gouvernement les fonds nécessaires pour les opérations électorales. Contrairement à ces propos, vous êtes également passé sur la même chaîne en rejetant ce qu’a soutenu le président de la CENI. Vous avez dit que près de 37 millions de dollars américains ont été remis à la CENI. Dans l’entretemps, l’Observatoire de la dépense publique (ODEP) révèle, avec documents à l’appui, que le Trésor public a décaissé 212 milliards de FC, soit 104,2 millions de dollars, dont plus de 90% couvre les dépenses de fonctionnement, rapporte-elle. Ce qui nous pousse à dire qu’entre le versement annoncé par vous et ceux retracés par le ministère du Budget, il se constate un écart de 67,2 millions de dollars», lit-on dans cette correspondance dont le destinataire est le ministre Nicolas Kazadi.
En outre, le député national Simon Mulamba Mputu demande au ministre de fournir à la représentation nationale des éclaircissements sur un questionnaire auquel il lui soumet.
“Qu’en dépit de tout cela, l’Inspecteur Général des Finances a annoncé par la voie des ondes qu’il compte dépêcher une équipe d’inspecteurs auprès de la CENI en vue de son contrôle, pourtant une institution hautement indépendante et jouissant d’une autonomie fonctionnelle.”
Cependant, «considérant votre statut de membre du gouvernement, la représentation nationale veut savoir, par retour du courrier sur ce qui suit:
De tout ce qui précède, qui dit vrai ?
Puisque la question du financement de la CENI engage tout le gouvernent piloté par le Premier Ministre SAMA LUKONDE. Aviez-vous reçu son autorisation en vue de parler au nom de tout le Gouvernent ? Selon vous, en vertu de quelle loi l’IGF doit-elle contrôler la CENI dès que nous savons que seuls le Parlement et la Cour des comptes peuvent contrôler la CENI ?»,
conclut Simon Mulamba dans sa correspondance.
Pour mémoire, le président de la CENI, Dénis Kadima, et le ministre des Finances se sont contredits gravement au cours des interviews accordées aux médias au sujet du financement de fonds à la seule institution ayant pouvoir d’organiser les élections au pays.
Clementus Lusamba Lua Mbombo/CONGOPROFOND.NET
À la Une
Lion de Sarambwe : le rugissement du FPR en RDC, fierté factice mais servitude réelle
Dans l’est du Congo, un surnom résonne comme un cri de guerre : les “Lions de Sarambwe”. Ce qualificatif, porté avec fierté par les combattants du RDF/M23, est bien plus qu’un simple nom de code ou un symbole de bravoure. C’est un emblème politique chargé de sens, une métaphore révélatrice dont les racines plongent au cœur de l’idéologie du Front Patriotique Rwandais (FPR).
Les implications pour les Congolais engagés dans cette rébellion sont aussi amères qu’aveuglantes. Pour comprendre l’essence du “lion”, il faut retourner à Kigali, en 1994. Le Front Patriotique Rwandais, mouvement politico-militaire alors dirigé par Paul Kagame, adopte un drapeau. Sur fond tricolore, figure en son centre un soleil et, au-devant, un lion d’or. Cet animal n’est pas un choix anodin.
Dans la symbolique africaine comme universelle, le lion incarne la puissance, la souveraineté, l’autorité royale et la force indomptable. Pour le FPR, vainqueur du génocide et nouveau maître du Rwanda, il représente la renaissance d’une nation forte, fière et conquérante. C’est le symbole de l’État-nation rwandais reconstruit, un État dont la sécurité et les intérêts sont érigés en absolu, quitte à en étendre les griffes au-delà de ses frontières.
Le transfert de ce symbole vers les unités opérant en RDC sous le label RDF/M23 est un processus de légitimation et de marquage idéologique. En les nommant “Lions de Sarambwe” – Sarambwe étant une localité et une réserve naturelle frontalière entre la RDC et le Rwanda –, on fait plus que décrire des combattants agressifs. On les inscrit dans la lignée symbolique du FPR. Ils ne sont plus une milice parmi d’autres.
ils deviennent les extensions territoriales, les “lions gardiens” des intérêts de Kigali dans l’arrière-cour congolaise. Leur rugissement est l’écho de celui qui figure sur le drapeau de Kigali. C’est une affirmation de puissance et de contrôle dans un espace considéré comme stratégique et vital. Le choix de “Sarambwe” est tout aussi parlant. Cette zone n’est pas un simple bout de terre. Elle est historiquement un point de friction.
C’est un espace aux frontières floues, riche en ressources (notamment la tourbière, immense puits de carbone et enjeu économique colossal). En s’appropriant ce toponyme, le RDF/M23 et ses parrains ne se contentent pas de se territorialiser. Ils signifient que leur domaine de chasse, leur “savane”, est cette région frontalière où la souveraineté congolaise est poreuse et contestable. Le lion, animal territorial par excellence, marque son espace.
“Lions de Sarambwe” signifie donc : “Nous sommes les maîtres ici, et cette terre est sous notre garde et notre loi.” C’est ici que réside la tragédie profonde de nombreux Congolais, souvent issus du Kivu, qui composent une partie significative de la troupe du RDF/M23. Enrôlés sous la bannière de revendications locales légitimes – insécurité, marginalisation politique, désespoir économique –, ils croient mener un combat congolais pour leurs droits dans leur pays.
Ils voient dans le RDF/M23 un instrument de libération et de reconnaissance. Mais en brandissant l’étendard implicite du “Lion”, ils servent inconsciemment un projet bien plus vaste et dont ils ne sont pas les bénéficiaires ultimes. Leur lutte est instrumentalisée, canalisée pour servir un intérêt d’État étranger : sécuriser la frontière rwandaise, créer une zone tampon sous influence directe, contrôler des ressources, et affaiblir durablement l’État congolais.
Ils sont les “lions” de basse-cour, se battant pour défendre et étendre le territoire de chasse d’un prédateur dont la tanière est à Kigali. Leur méprise est totale. Ils confondent la cause de leur communauté avec la stratégie sécuritaire et économique du Rwanda. Ils croient lutter pour leur intégration en RDC alors qu’ils sont utilisés comme le fer de lance d’une politique qui, in fine, perpétue l’instabilité de l’Est congolais et sa dépendance aux dynamiques régionales.
Le jour où ce lion aura assouvi sa faim ou changé de stratégie, ces “lions de Sarambwe” congolais risquent fort de se retrouver seuls, abandonnés dans une savane politique dévastée, stigmatisés dans leur propre pays pour avoir servi de chair à canon à un projet qui n’était pas le leur. Le surnom “Lions de Sarambwe” est donc une arme sémantique redoutable. Il habille une intervention étrangère et une manipulation de conflit local des atours d’une force naturelle et noble.
Il crée une continuité symbolique entre le pouvoir de Kigali et ses proxies en RDC, légitimant l’un par la force de l’autre. Pour les Congolais dupés par ce mirage, c’est un piège existentiel. Ils rugissent pour un roi qui n’est pas le leur, dans une réserve qui est leur patrie, croyant chasser pour leur survie alors qu’ils ne sont que les chiens de garde d’un intérêt qu’ils ne maîtrisent pas.
L’histoire retiendra que dans les collines du Kivu, le rugissement du lion du drapeau rwandais a réussi à étouffer, une fois de plus, les cris de détresse et les aspirations légitimes d’un peuple congolais, en les transformant en échos serviles de sa propre soif de puissance. La véritable lutte pour la dignité et l’intégration des communautés de l’Est se gagnera non pas en imitant le prédateur étranger, mais en reconstruisant, de l’intérieur, un État congolais juste et inclusif, capable de protéger tous ses citoyens – sans avoir besoin de lions importés.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
