Connect with us

Analyses et points de vue

Fifi Masuka Saini : Une gouvernance audacieuse à la croisée des chemins entre le Lualaba et la province chinoise de Fujian

Published

on

Le 25 juillet 2024, la gouverneure Fifi Masuka Saini a orchestré une rencontre d’une grande importance à l’hôtel du Gouvernorat du Lualaba. Cette séance de travail, réunissant des députés provinciaux de la province chinoise de Fujian et des représentants d’entreprises chinoises, s’inscrit dans une dynamique d’ouverture et d’attractivité économique pour la province cobaltifère du Lualaba.

Mais au-delà des discours d’opportunités d’investissement, cette rencontre soulève des questions essentielles sur les enjeux de la coopération internationale et sur les choix stratégiques de développement. L’initiative de Masuka Saini de projeter une vidéo sur les opportunités d’investissement et l’historique du Lualaba met en lumière une volonté manifeste de promouvoir la province sur la scène internationale.

Les projets emblématiques, tels que le siège de l’Assemblée Provinciale, témoignent d’un développement infrastructurel soutenu, mais soulèvent également des interrogations sur leur durabilité et leur impact à long terme sur la population locale. Le message de la gouverneure, appelant les hommes d’affaires chinois à investir dans le Lualaba, est une réponse directe à l’appel lancé par le président Tshisekedi lors de l’African Mining Indaba.

Toutefois, cette ouverture sur le monde doit être nuancée par une réflexion sur la nature des investissements souhaités : sont-ils réellement bénéfiques pour la population locale ou répondent-ils avant tout à des intérêts économiques externes ? La province de Fujian, avec ses 42 millions d’habitants et son réseau d’infrastructures développé, représente un modèle économique séduisant.

Les députés chinois, dont le chef de la délégation, Zhan Jia Han, ont exprimé un intérêt marqué pour les potentialités touristiques et agricoles du Lualaba. Cependant, cette admiration pose la question de l’adéquation entre les modèles de développement chinois et les besoins spécifiques du Lualaba. Peut-on réellement transposer un modèle basé sur une industrialisation rapide et des investissements massifs dans un contexte aussi différent ?

Si la rencontre a été marquée par des échanges amicaux, l’échange de cadeaux entre les délégations n’est pas qu’un simple geste symbolique. Il illustre la nécessité d’une diplomatie économique pragmatique, mais soulève également des inquiétudes quant à la transparence des accords à venir. Les investissements étrangers, s’ils sont mal encadrés, peuvent rapidement se transformer en dépendance économique, voire en exploitation des ressources sans bénéfice pour la population locale.

Fifi Masuka Saini, par cette initiative, a ouvert une porte vers de nouvelles opportunités pour le Lualaba. Cependant, il est impératif de garder à l’esprit que la véritable richesse d’une province ne réside pas uniquement dans ses ressources minérales, mais également dans le bien-être de ses habitants. La gouverneure doit veiller à ce que les investissements étrangers soient alignés sur les besoins locaux, favorisant un développement inclusif et durable.

Cette séance de travail est un premier pas vers une coopération mutuellement bénéfique, mais elle doit être suivie d’actions concrètes pour garantir que les promesses d’investissement se traduisent par des retombées tangibles pour la population du Lualaba. L’avenir de cette province dépendra de la capacité de ses dirigeants à naviguer habilement entre opportunités et enjeux, en gardant toujours à l’esprit le bien-être de leurs concitoyens.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Actualité

Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )

Published

on

Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.

Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.

Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.

La perfusion : le grand retour de l’État-providence

Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.

L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.

L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.

Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen

C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.

Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.

Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.

Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.

Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité

Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.

Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.

Aldo Kamwanga/Expert et Consultant 

Continue Reading