Diplomatie
F. Tshisekedi formel face à la Communauté internationale : « Le dialogue avec les terroristes du M23 est une ligne rouge que nous ne franchirons jamais ! »
Au cours de la cérémonie d’échanges des vœux avec les ambassadeurs et chefs des missions diplomatiques organisée ce samedi au Palais de la Nation à Kinshasa, le Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a demandé à la communauté internationale des sanctions contre le Rwanda pour l’agression avérée contre la République Démocratique du Congo.
Dans une allocution d’une trentaine des minutes , le Chef de l’Etat s’est longuement attardé sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

« Nous avons pris note des condamnations émises par certains de nos partenaires à l’encontre du Rwanda pour son rôle dans la déstabilisation de l’Est de notre pays. Ces prises de position, bien qu’importantes, restent insuffisantes face à la gravité des actes commis et à leurs conséquences humanitaires désastreuses. Les preuves accablantes présentées dans le rapport des Experts des Nations Unies ne laissent aucune place au doute : des sanctions concrètes et immédiates doivent être adoptées pour mettre fin à cette agression et prévenir une escalade régionale. Donc ces engagements ne suffisent pas », a dit le président Tshisekedi avant d’ajouter que « Nous attendons de la communauté internationale bien plus qu’un discours de solidarité. Ce dont la République Démocratique du Congo a besoin de la part de ceux qui se considèrent comme ses amis : ce sont les actions décisives, un soutien concret et un engagement ferme pour répondre aux défis sécuritaires, économiques et humanitaires auxquels nous faisons face.

La République Démocratique du Congo ne demande pas de l’aide ; elle exige une solidarité juste et équitable, fondée sur le respect de sa souveraineté, de son intégrité territoriale et de ses droits fondamentaux. Ce soutien n’est pas une faveur ; c’est une responsabilité collective dans la préservation de la paix et de la sécurité internationales. La communauté internationale doit maintenant transformer ses déclarations en actions tangibles et dissuasives. Des sanctions ciblées contre le Rwanda, ses responsables militaires et politiques impliqués dans ces exactions, ainsi que leurs réseaux financiers, sont impératives », a dit le président Tshisekedi aux ambassadeurs .
Envers ceux qui continuent de plaider pour une éventuelle négociation avec les terroristes du M23, le Chef de l’Etat est resté catégorique.
« Mais permettez-moi d’être parfaitement clair : la République Démocratique du Congo ne se soumettra jamais aux pressions d’acteurs extérieurs qui tentent de nous imposer des conditions contraires à nos intérêts et à notre souveraineté.
Nous ne cesserons de réaffirmer notre position : le dialogue avec un groupe terroriste comme le M23 est une ligne rouge que nous ne franchirons jamais. Toute tentative de normaliser ou de légitimer ces criminels constitue une insulte à la mémoire des victimes et un affront aux principes fondamentaux du droit international ».
Le président de la république a aussi clarifié la question de l’application de la peine de mort en RDC.
« La République Démocratique du Congo, en tant qu’État souverain, a clarifié les conditions strictes de son application, limitée uniquement aux cas de terrorisme et de trahison au sein de l’armée.
Cependant, il est important de souligner qu’à ce jour, aucune exécution n’a été menée, témoignant de notre engagement à faire évoluer cette question dans un cadre réfléchi et respectueux des droits fondamentaux.
La justice congolaise doit refléter notre souveraineté, notre dignité et notre vision d’une nation forte où l’impunité et l’indiscipline n’auront plus de place », a dit le Président Tshisekedi.
Au paravant, s’exprimant au nom des ambassadeurs accrédités en RDC, l’ambassadeur du Maroc et Doyen du corps diplomatique, M. Rachid Agassim, a félicité le Président de la République pour son engagement à la recherche de la paix dans l’est du pays à travers sa mobilisation pour participer activement aux différentes étapes du processus de Luanda.
Pour lui, la réélection du Chef de l’Etat et son investiture, l’élection de la RDC au conseil des droits de l’homme des Nations -Unies pour les deux ans en cours , le lancement officiel de la candidature de la RDC au conseil de sécurité en tant que membre non permanent et le rôle notable joué par le Chef de l’Etat en qualité de médiateur de la CEEAC au Tchad sont des faits marquants de l’année 2024 en diplomatie.
Le président Tshisekedi a terminé son discours en exhortant chacun des diplomates d’être les ambassadeurs de la République Démocratique du Congo auprès de leurs gouvernements et institutions respectifs et de porter avec fierté le message d’un pays en plein dynamisme, ouvert au monde et déterminé à bâtir un avenir prospère.
Tshieke Tshienda Bukasa/CONGOPROFOND.NET
À la Une
Ukraine-Afrique : Kiev veut dépasser les 6,7 milliards USD d’échanges commerciaux avec l’Afrique
À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrée le 26 mai à l’Académie diplomatique Hennadii Oudovenko relevant du ministère ukrainien des Affaires étrangères, l’Ukraine a affiché sa volonté de renforcer ses relations politiques, économiques et sécuritaires avec les États africains. Prenant part au forum « Ukraine – Afrique : le Passé, le Présent et l’Avenir des Relations », le chef de la diplomatie ukrainienne, Andrii Sybiha, a livré un plaidoyer en faveur d’un partenariat « pragmatique et mutuellement bénéfique » entre Kiev et le continent africain.

L’Ukraine et l’Afrique unies contre le néocolonialisme
Dans son allocution, Andrii Sybiha a rappelé que la Journée de l’Afrique symbolise « la victoire contre le colonialisme » et l’unité des peuples africains. Établissant un parallèle entre les luttes historiques africaines et la guerre que mène actuellement son pays, le ministre ukrainien a estimé que l’Ukraine comprend « mieux que quiconque » la valeur de la souveraineté et de la liberté face à « une agression néocoloniale ».
Le chef de la diplomatie ukrainienne a également insisté sur le rôle majeur que peut jouer l’Afrique dans les efforts internationaux pour la paix. Il a appelé à une mobilisation commune contre la désinformation et l’influence russe sur le continent, évoquant notamment le recrutement illégal de mercenaires africains par des réseaux liés à Moscou.
« Cette pratique doit être arrêtée. Il s’agit de sauver des vies », a-t-il déclaré avec fermeté.
Kiev mise sur l’essor économique et humain de l’Afrique
Qualifiant le XXIe siècle de « siècle de l’Afrique », Andrii Sybiha a dénoncé les visions stéréotypées encore portées sur le continent. Selon lui, l’Afrique représente aujourd’hui l’un des principaux moteurs de croissance mondiale grâce à ses ressources naturelles, son dynamisme économique et surtout son capital humain.
L’Ukraine entend ainsi devenir un partenaire fiable de cette « Renaissance africaine ». Le ministre a souligné l’ouverture du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy au dialogue avec les dirigeants africains ainsi qu’avec African Union.
Évoquant les liens historiques entre Kiev et plusieurs pays africains, Andrii Sybiha a rappelé que des ingénieurs et scientifiques ukrainiens avaient contribué au développement industriel de nombreux États africains au XXe siècle. Il a notamment cité des infrastructures emblématiques comme le Haut barrage d’Assouan en Égypte ou encore le complexe sidérurgique d’Ajaokuta au Nigeria.
Offensive diplomatique ukrainienne sur le continent africain
Le ministre ukrainien a annoncé l’ambition de son pays de dépasser le volume commercial de 6,7 milliards de dollars enregistré avant la guerre. Pour atteindre cet objectif, Kiev multiplie les initiatives diplomatiques sur le continent.
Huit nouvelles ambassades ont récemment été ouvertes en Afrique, portant à 18 le nombre total de représentations diplomatiques ukrainiennes. De nouveaux projets d’implantation sont également envisagés, notamment une ambassade en Zambie ainsi qu’un consulat général au Cap, en Afrique du Sud.
« L’Ukraine considère l’Afrique non comme un objet d’aide, mais comme un acteur égal et puissant de la politique mondiale », a affirmé Andrii Sybiha.
Selon lui, l’Ukraine souhaite proposer des solutions technologiques concrètes dans plusieurs secteurs stratégiques, avec une approche fondée sur le bénéfice mutuel et le partenariat d’égal à égal.
Sécurité, agriculture et numérique : les trois piliers de la stratégie ukrainienne
Le chef de la diplomatie ukrainienne a présenté une vision baptisée « Ukraine — partenaire stratégique pour le développement durable de l’Afrique — 2063 », en référence à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Cette stratégie repose sur trois axes majeurs.
– Le premier concerne la sécurité alimentaire. L’Ukraine veut aller au-delà du simple rôle d’exportateur de céréales pour devenir un partenaire technologique capable d’accompagner la modernisation agricole africaine, notamment dans les infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques.
– Le deuxième pilier porte sur la sécurité et la cybersécurité. Fort de son expérience acquise dans le conflit avec la Russie, Kiev propose son expertise dans la lutte contre les drones, la guerre électronique ainsi que la protection des systèmes numériques. Un projet d’alliance cybernétique régionale et un centre de surveillance contre la désinformation russe figurent parmi les initiatives annoncées.
– Enfin, le troisième volet concerne la transformation numérique et la formation. L’Ukraine souhaite partager son expérience dans la digitalisation des services publics à travers la plateforme Diia et développer des partenariats universitaires pour former une nouvelle génération de spécialistes africains.
Pour Andrii Sybiha, l’Afrique ne doit plus être perçue sous l’angle de l’assistance humanitaire, mais comme un espace stratégique de coopération internationale.
« Ensemble, nous sommes capables de construire un espace entièrement nouveau de sécurité et de développement », a conclu le ministre ukrainien.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
