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F. Tshisekedi consulte les forces politiques pour recréer une « Union sacrée » pour la RDC
Debout durant 6 minutes, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a finalement fait son adresse à la Nation ce vendredi 23 octobre 2020. » J’ai décidé d’entamer dès la semaine prochaine, une série des contacts visant à consulter les acteurs politiques et sociaux pour créer une union sacrée… », a dit en somme Félix Tshisekedi.
En effet, en liminaires, le Président de la République a fait entendre sa volonté de siffler la fin d’une récréation qui n’a que trop duré. Alors que le pays doit être reconstruit, a-t-il martelé, on assiste de plus en plus à des manœuvres qui n’ont pour objet que de déstabiliser les institutions, de désorienter la population et d’empêcher tout effort de redressement. » Le peuple congolais n’accordera aucun pardon à ceux qui, dans la classe politique, s’évertueront à créer ou à entretenir des entraves au progrès, animés qu’ils sont par une simple stratégie de survie politique ou de positionnement individuel», a-t-il déclaré.
Notons que c’est pour la sixième fois que le Chef de l’Etat s’est livré à un tel exercice cette année, après ses vœux Nouvel An, ses trois messages liés à la Covid-19 (annonce officielle de la présence du coronavirus au pays au mois de mars, proclamation de l’état d’urgence sanitaire en avril et levée de l’état d’urgence en juin) et enfin le message à l’occasion du 60me anniversaire de l’indépendance.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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Triangle de Bermudes budgétaire : Réformes, diplomatie et turbulences, qui perd le Nord ?
Le début de l’année 2026 devait consacrer la symphonie parfaite d’un trio gouvernemental rodé. Mais les chiffres tombés en janvier ont la dureté d’une taupe : 1.037,5 milliards de CDF de déficit, un trou de 350 milliards plus profond que prévu. Face à cette contre-performance, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se ruer vers le marché financier local pour émettre des bons du Trésor.
Dans ce triangle des Bermudes budgétaire formé par Adolphe Muzito (VPM Budget), Daniel Mukoko Samba (VPM Économie) et Doudou Fwamba (Ministre des Finances), l’heure n’est plus aux discours de façade. L’un d’eux tire visiblement en travers, et l’attelage tousse dangereusement. Adolphe Muzito incarne la rigueur budgétaire affichée. Il a réuni les partenaires techniques et financiers, promis un budget crédible et soutenable, et orchestré l’adoption d’un budget 2026 en équilibre à 54.335,7 milliards de CDF.
Sur le papier, il coche toutes les cases de l’orthodoxie financière. Mais cette discipline a un revers : le budget qu’il présente est un château de cartes si les recettes ne suivent pas. Or, janvier 2026 montre que les recettes n’ont atteint que 86% des prévisions. Adolphe Muzito n’est pas le problème, mais il est le premier à pâtir des faiblesses structurelles. Il construit de belles maisons sur des fondations qui s’effritent, et ses projections trop optimistes fragilisent son rôle de projectionniste.
Daniel Mukoko Samba, lui, joue dans la cour des grands. Son terrain de jeu, c’est Washington, les accords américains, et la diversification des partenaires pour sortir de l’emprise chinoise. Sa métaphore est élégante : “Sur un vélo, il faut deux pieds pour pédaler : l’économie et la sécurité”. Grâce à lui, la RDC tente de réussir le pari d’utiliser ses minerais stratégiques pour attirer les investissements américains. Mais pendant qu’il pédale sur le vélo de la diplomatie économique, la selle craque sous les réalités quotidiennes.
Le trou de janvier est là pour le rappeler : les caisses sont vides aujourd’hui. Le décalage est saisissant entre la hauteur de vue de ses annonces internationales et l’incapacité du pays à boucler ses fins de mois. Reste Doudou Fwamba, dont le portefeuille est le plus exposé. Il est aux commandes de la trésorerie, du paiement des dépenses, et de la régulation financière. C’est lui le réparateur qui doit actionner les leviers de l’endettement intérieur via les bons du Trésor pour combler les déficits.
Sur le fond, il tente des réformes courageuses, comme la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques. Mais les réformes de structure ne rattrapent pas un déficit de recettes. Le recours aux bons du Trésor, loin d’être un signe de bonne santé, est l’aveu d’une faiblesse : l’État n’a plus d’argent et doit puiser sur le marché financier local, asséchant le crédit disponible pour le secteur privé. Aujourd’hui, Fwamba est le plus fragilisé.
Il incarne la douleur immédiate, le pompier arrivé après l’incendie. Dans ce trio, si l’un d’eux ne produit pas les résultats escomptés, c’est bien celui qui est incapable de sécuriser la trésorerie au jour le jour. Mais attention : le véritable problème réside dans l’incapacité collective momentanée et peut-être à transformer les promesses de réformes et les accords internationaux en liquidités immédiatement disponibles dans les caisses de l’État.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
