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Education

Examen d’État en RDC : entre frais officiels et taxes illicites, les parents au bord de l’asphyxie

La 59ᵉ édition de l’Examen d’État en République démocratique du Congo est entrée dans sa phase décisive avec le déroulement des épreuves de la hors-session. Débutées le lundi 4 mai 2026 par la dissertation, elles se sont poursuivies avec l’oral de français et d’anglais ainsi que les épreuves de pratique professionnelle, clôturées ce samedi 16 mai.

Cependant, derrière l’organisation officielle de ces épreuves, plusieurs dénonciations font état d’un système parallèle de perception des frais dans différents centres de passation à Kinshasa, au grand désarroi des parents et des écoles.

Des frais imposés au-delà des montants officiels

Selon plusieurs préfets des études et encadreurs interrogés par Congoprofond, les établissements scolaires ont été soumis à des exigences financières non prévues officiellement avant même que les élèves ne soient autorisés à participer aux épreuves.

Parmi les frais les plus dénoncés figurent ceux appelés « Orgamat » (organisation matérielle), « amortissement », « suivi » ou encore « contrôle des dossiers ».

« Dans notre centre, l’inspecteur chef de centre et ses adjoints sont venus avec l’intention de nous imposer 5 000 FC par élève et par épreuve. Un élève de Coupe et Couture, par exemple, devait payer jusqu’à 20 000 FC pour l’ensemble des épreuves », a confié un préfet des études à Kinshasa.

Plusieurs élèves interrogés reconnaissent également avoir payé des montants supérieurs aux frais officiellement fixés par les autorités provinciales.

À Kinshasa, les frais officiels des fiches, capture photo et numérisation avaient pourtant été arrêtés à 37 000 FC, tandis que ceux de participation à la hors-session étaient fixés à 80 000 FC.

Un examen devenu source de profit

Au fil des années, l’Examen d’État semble avoir perdu progressivement sa vocation première d’évaluation nationale certificative au profit d’un système où plusieurs acteurs cherchent à tirer des bénéfices financiers.

Des arrangements discrets s’organisent souvent entre responsables scolaires, organisateurs et parfois même certains parents afin de fixer des montants supplémentaires destinés à faciliter l’encadrement ou garantir certaines faveurs aux candidats.

Le système d’enrôlement des élèves illustre également cette dérive.

Autrefois, l’achat de la fiche E.01 était conditionné par un avis favorable de l’inspecteur itinérant après vérification rigoureuse du parcours scolaire du candidat. Aujourd’hui, les écoles déclarent massivement les élèves et versent directement les frais des fiches avant même le contrôle des dossiers.

« Le rapport du contrôle des dossiers est obligatoirement accompagné des preuves de paiement des fiches selon le nombre des candidats retenus », reconnaît un inspecteur contrôleur de Kinshasa-Plateau.

Des écoles transformées en “machines à candidats”

Cette logique financière a également poussé plusieurs écoles secondaires, particulièrement privées, à multiplier les inscriptions dans les classes terminales sans véritable suivi pédagogique.

Certaines structures ne disposent même pas d’infrastructures suffisantes mais ouvrent néanmoins plusieurs options afin d’attirer davantage de candidats.

« Plus on a beaucoup de candidats, plus la cagnotte devient importante », admet un promoteur d’école privée à Kimbanseke.

Pour plusieurs observateurs, cette situation contribue à la baisse progressive de la qualité de l’enseignement et à la banalisation de l’Examen d’État.

La gratuité comme piste de réforme ?

Face à ces dérives, certains acteurs éducatifs plaident désormais pour la gratuité totale de l’Examen d’État afin de limiter les abus financiers.

« La gratuité pourrait redonner à l’Examen d’État ses lettres de noblesse », estime un préfet des études.

Selon lui, la multiplication des frais de suivi et des promesses de réussite à 100 % crée une illusion dangereuse chez les élèves et les parents, qui finissent par croire que payer davantage garantit automatiquement la réussite.

Cette situation expliquerait également les scènes de colère et de violences observées dans certaines écoles après la publication des résultats.

Pour rappel, le député national Steve Mbikayi, alors ministre de l’ESU, avait déjà proposé par le passé la suppression pure et simple de l’Examen d’État, dénonçant ses nombreuses dérives financières.

Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une réforme profonde de cette évaluation nationale devenue, pour plusieurs familles congolaises, un véritable fardeau économique.

Jules Kisema Kinkatu/Congoprofond.net