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ESU en RDC : La circulaire « Marie-Thérèse Sombo » inquiète les apprenants et doctorants
La circulaire n°0002/MINESURS1/CAB.MIN/SASWMMW/2026 du 15 janvier 2026, relative aux défenses des mémoires de Diplôme d’Études Approfondies (DEA), continue de susciter une vive inquiétude au sein de la communauté universitaire congolaise.
Dans une correspondance officielle adressée aux plus hautes autorités du pays, le corps des apprenants et doctorants du Congo exprime son profond malaise et appelle à un dialogue urgent avec la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU).

Une mesure controversée dans un contexte déjà fragile
Selon les apprenants, cette note circulaire intervient dans un contexte particulièrement délicat pour l’ESU en RD du Congo. Le système universitaire fait face à de nombreux défis structurels : vieillissement du personnel scientifique, absence de programmes de bourses pour les jeunes chercheurs, insuffisance criante de moyens logistiques et financiers, notamment pour la mise en œuvre effective du système LMD (Licence-Master-Doctorat).
Pour les signataires, imposer des délais stricts sans résoudre ces contraintes de fond revient à exercer une pression excessive sur une élite scientifique déjà fragilisée.
Le système LMD appelé à une transition maîtrisée
Les apprenants rappellent que les réformes académiques réussies, notamment celles du deuxième cycle dans l’ancien système, avaient bénéficié d’une transition progressive. À leurs yeux, le passage intégral au LMD ne peut se faire dans la précipitation, au risque de compromettre la qualité de la recherche scientifique et la formation universitaire.
« L’enseignement supérieur ne peut évoluer sous la contrainte, mais à travers une préparation sérieuse et inclusive », soulignent-ils, rappelant que la recherche scientifique obéit à des exigences et à des délais qui ne se décrètent pas par circulaire.
Des délais jugés irréalistes et contre-productifs
La date butoir fixée à fin février et au 31 juillet 2026 pour certaines échéances académiques est jugée irréalisable par les doctorants et apprenants concernés. Ils s’interrogent ouvertement sur la qualité des résultats qui pourraient être produits dans un laps de temps aussi court, au regard des réalités du terrain.
À l’Université de Kinshasa (UNIKIN), par exemple, une décision rectorale antérieure autorise l’inscription des apprenants du troisième cycle jusqu’à l’épuisement des promotions concernées, prévu entre 2026 et 2027. Une rupture brutale risquerait ainsi de pénaliser injustement toute une génération.
Un sentiment d’abandon de la jeunesse scientifique
Au-delà des aspects administratifs, les apprenants dénoncent un sentiment d’abandon. Ils estiment que les communications officielles mettent davantage l’accent sur les contraintes que sur les mécanismes d’accompagnement, tels que les bourses d’études, le soutien à la recherche ou l’encadrement scientifique.
Pour eux, cette approche constitue un recul et non un encouragement à l’excellence académique, pourtant essentielle au développement du pays.
Un appel au dialogue et à la responsabilité politique
Dans leur correspondance transmise notamment au Président de la République, au Président de l’Assemblée nationale et à la Première ministre, les apprenants demandent à la ministre de l’ESU de reconsidérer sa décision et d’ouvrir un dialogue franc et constructif.
Ils rappellent que l’avenir de l’enseignement supérieur congolais dépend étroitement de la prise en charge et de l’accompagnement de sa jeunesse scientifique. À défaut d’une réponse satisfaisante, ils se réservent le droit d’emprunter toutes les voies de recours légales afin que leurs frustrations soient transformées en solutions durables.
L’ESU à la croisée des chemins
Entre réforme nécessaire et réalités du terrain, le dossier du DEA et du doctorat révèle les tensions profondes qui traversent l’enseignement supérieur en RDC. Pour de nombreux observateurs, seule une approche concertée, progressive et humaine permettra de préserver l’excellence académique tout en garantissant l’avenir des chercheurs congolais.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
Politique
RDC : Andy Bemba appelle à une refondation de l’État congolais « Le problème du Congo dépasse les hommes »
Le président national du parti Nouvelle Pensée(NP), Andy Bemba, a plaidé pour une rupture profonde avec le système politique actuel en République démocratique du Congo. Dans une déclaration faite ce samedi 23 mai 2026, il invite pouvoir et opposition à « réfléchir sérieusement à notre avenir » et à engager une refondation de l’État.
« Il est temps de marquer un arrêt et de réfléchir sérieusement à notre avenir. Reconnaître que notre système politique a montré ses limites », a déclaré l’homme politique. Pour lui, la crise congolaise ne peut plus être réduite à une alternance entre majorité et opposition. « Pouvoir comme opposition, nous devons penser à refonder notre État. Repartir à zéro pour ouvrir une nouvelle voie, celle du changement, de la responsabilité et de la révolution des mentalités. »
Le leader de la Nouvelle Pensée critique directement les slogans politiques simplistes. S’adressant aux opposants, il affirme : « “Art.64 Tshisekedi doit partir” ne peut pas être un projet politique ». Une manière de dire que la contestation centrée sur la personne du président Félix Tshisekedi ne suffit pas à porter une vision d’avenir pour le pays.
Andy Bemba insiste sur la profondeur des maux congolais. « Le problème du Congo dépasse les hommes. Il touche à la solidité de l’État, à l’unité nationale et à notre capacité à défendre nos intérêts. » Il met ainsi l’accent sur la nécessité de reconstruire les institutions, de renforcer la cohésion nationale et de doter le pays d’une stratégie capable de protéger ses ressources et sa souveraineté.
L’appel intervient dans un contexte marqué par les défis sécuritaires dans l’Est du pays, les tensions politiques, les débats sur la gouvernance et un malentendu sur le changement de la constitution.
Pour Andy Bemba, attendre reviendrait à aggraver la situation : « Pensons-y avant qu’il ne soit trop tard. »
La Nouvelle Pensée, formation politique encore jeune sur l’échiquier national, se positionne depuis sa création comme un mouvement prônant la transformation des mentalités et une rupture avec les pratiques du passé. Avec cette sortie, son président cherche à déplacer le débat public : au-delà des querelles de personnes, il propose de remettre à plat le contrat social congolais.
Reste à savoir si cet appel à « repartir à zéro » trouvera un écho auprès des autres acteurs politiques, au pouvoir comme dans l’opposition. Pour Andy Bemba, l’urgence est d’ouvrir une voie nouvelle, fondée sur la responsabilité collective et une révolution culturelle capable de redonner confiance aux congolais dans leur État.
Blaise ABITA ETAMBE
