Musique
Est de la RDC : Fabrice Mumpfiritsa dévoile un titre profond, entre douleur et cri d’une population oubliée
Le poète et artiste musicien tradi-moderne Fabrice Mumpfiritsa, figure engagée de la scène culturelle de l’Est de la République démocratique du Congo, a dévoilé ce jeudi 25 décembre 2025 un nouveau titre profondément chargé d’émotions et d’angoisse.
Intitulée « Kikima », un mot tiré de Kihunde, dialecte parlé dans plusieurs zones du Nord-Kivu, cette chanson résonne comme un cri du cœur, une plainte, mais aussi une interpellation directe. À travers cette œuvre, l’artiste met des mots simples sur une souffrance collective trop longtemps ignorée.
Dans une mélodie sobre et poignante, Fabrice Mumpfiritsa s’adresse sans détour aux dirigeants congolais et à la communauté internationale, accusés de regarder sans agir face aux drames répétés qui frappent l’Est du pays. Massacres, déplacements forcés, silence, impunité, tout y est évoqué avec une sincérité désarmante.
Portée par un style tradi-moderne teinté de reggae, la chanson laisse place à une émotion brute. L’artiste y exprime sa tristesse, mais surtout son sentiment d’abandon, partagé par des millions de Congolais.
« Vous vouliez combien de morts pour comprendre que nous sommes des êtres humains ? Si vous nous avez vendus, montrez-nous au moins les documents, même une simple photocopie, pour que nous sachions où nous sommes passés… »
Dans ses paroles, Fabrice cite plusieurs territoires meurtris, en autres Ituri, Beni, Masisi, Rutshuru, Bukavu, Walikale, Nyiragongo, et bien d’autres encore. Des lieux où l’on meurt souvent sans enquête, sans justice, sans réponses.
« Nous mourons dans le silence. Où êtes-vous ? Ça suffit ! », lance-t-il, comme un ultime appel.
Accueillie chaleureusement par les amateurs de musique tradi-moderne, « Kikima » s’impose déjà comme une chanson engagée, porteuse de mémoire et de vérité.
Pour rappel, Fabrice Mumpfiritsa et son groupe culturel Kiphumu BM comptent 17 albums à leur actif. Leur 18ᵉ album, dédié à la paix, à la cohésion sociale et à la cohabitation pacifique, est actuellement en attente en studio, retardé par le contexte sécuritaire préoccupant dans l’Est du pays. Intitulé « PV », cet album pourrait voir le jour au début de l’année 2026, si la situation le permet.
Un projet de plus qui confirme l’engagement constant d’un artiste qui, par la musique, refuse le silence.
Cedrick Sadiki Mbala
À la Une
10 ans après sa disparition, Marie Misamu demeure une voix intemporelle du gospel congolais
Dix ans après sa disparition, la RD Congo continue de se souvenir de Marie Misamu, figure emblématique du gospel chrétien dont la voix a marqué toute une génération. Décédée le 16 janvier 2016 à Kinshasa des suites d’une courte maladie, la cantatrice laisse derrière elle une œuvre spirituelle profonde et un héritage musical toujours vivant dans les églises, les foyers et les mémoires collectives.
Née le 16 novembre 1974 à Kinshasa, Marie Misamu découvre très tôt sa vocation. À seulement 11 ans, elle intègre une chorale d’église pentecôtiste, où son timbre doux et puissant se distingue immédiatement. Portée par une foi affirmée et un talent rare, elle se forge progressivement une identité artistique singulière, mêlant ferveur spirituelle, sensibilité musicale et profondeur du message chrétien.
Sa carrière professionnelle prend son envol à la fin des années 1990 et s’impose rapidement comme une référence du gospel en RDC. À travers une discographie riche de plusieurs albums marquants, dont « Nazhirea », « Ma Prière » et la trilogie « Mystère du Voile », Marie Misamu aborde des thèmes universels tels que la foi, la reconnaissance, la souffrance et l’espérance. Ses chansons, devenues des classiques, continuent d’accompagner prières et moments de recueillement.
Au-delà de la musique, Marie Misamu était une artiste complète. Styliste, décoratrice et parfois actrice, elle incarnait une créativité plurielle et assumée. Son charisme sur scène, son exigence artistique et son engagement spirituel lui ont valu plusieurs distinctions et une reconnaissance durable, tant au Congo que dans la diaspora africaine.
Aujourd’hui encore, l’héritage de Marie Misamu se transmet. Sa musique inspire les nouvelles générations d’artistes gospel, tandis que sa fille, Ruth Misamu, perpétue sa mémoire à travers des hommages et des concerts. Dix ans après, la voix de Marie Misamu ne s’est pas tue : elle continue de résonner comme un chant de foi, de consolation et d’espérance pour tout un peuple.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
