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Enfants de la rue en RDC : L’accusation de sorcellerie, une cause majeure de rupture familiale

Les bouleversements sociaux, politiques et économiques qui ont marqué la RD Congo ces dernières années ont considérablement dégradé les conditions de vie de nombreuses familles. Face à ces difficultés, certains parents ont vu leurs capacités à subvenir aux besoins de leurs enfants diminuer, tandis que d’autres ont fini par les abandonner à la rue.

Les enfants dits « de la rue » sont ceux qui, pour diverses raisons, ne peuvent ou ne souhaitent plus retourner dans leur famille. Leur présence croissante dans les rues soulève de nombreux problèmes sociaux, notamment en matière de protection, de sécurité, de santé, d’exploitation sexuelle, de prostitution, de rapports sexuels précoces et d’exposition à différentes formes de violence et d’abus.

Pour mieux accompagner ces enfants, il est essentiel de comprendre les causes profondes de leur séparation d’avec leur famille. Le travailleur social doit ainsi identifier les circonstances qui ont conduit chaque enfant à vivre dans la rue afin de lui proposer un accompagnement adapté.

La rupture familiale ne touche pas uniquement les familles pauvres

Contrairement à une idée largement répandue, le phénomène des enfants de la rue ne concerne pas exclusivement les familles démunies. Des enfants issus de milieux relativement aisés peuvent également se retrouver dans cette situation, notamment à la suite de conflits familiaux, de difficultés relationnelles ou de tensions liées à l’autorité parentale.

Parmi les causes de rupture familiale, l’accusation de sorcellerie occupe une place particulièrement préoccupante. Dans certaines familles, l’enfant est désigné comme responsable des malheurs et des difficultés rencontrés par ses proches. Selon les données d’enquêtes évoquées par les intervenants du secteur, jusqu’à 80 % des enfants de la rue seraient accusés de sorcellerie. Ce chiffre mérite toutefois d’être rapporté à la source, à la période et à la population étudiée.

Cette situation est parfois alimentée par certaines pratiques observées dans des églises dites prophétiques, où des cérémonies de délivrance peuvent conduire à désigner des enfants comme étant à l’origine des problèmes familiaux. Il en résulte une forme de psychose sociale dans laquelle des comportements inhabituels ou des problèmes de santé sont interprétés comme des manifestations de sorcellerie.

Quand les problèmes de santé deviennent des motifs de stigmatisation

Parmi les signes parfois interprétés à tort comme des manifestations mystiques figurent certains troubles de santé, notamment l’épilepsie et l’énurésie, c’est-à-dire l’émission involontaire d’urine, particulièrement pendant le sommeil.

L’âge de l’enfant, la présence d’une maladie chronique et les difficultés économiques peuvent accentuer son isolement social. Progressivement, l’enfant, pourtant considéré comme un trésor pour sa famille, peut être perçu comme une charge. Dans ce contexte, les tensions financières et les difficultés quotidiennes favorisent parfois sa désignation comme bouc émissaire des malheurs familiaux.

Les crises d’épilepsie peuvent ainsi être assimilées à des transes ou à des manifestations supposées d’un monde mystique. De même, l’énurésie peut faire l’objet d’interprétations surnaturelles. Confrontés à ces croyances et à la stigmatisation qui en découle, certains enfants finissent par quitter leur foyer ou en sont chassés, trouvant refuge dans la rue.

Les ruptures familiales liées à des croyances spirituelles peuvent être particulièrement difficiles à réparer. Elles s’accompagnent souvent de blessures psychologiques profondes, qui compliquent la restauration de la confiance entre l’enfant et ses proches. La vulnérabilité liée à certains problèmes de santé peut ainsi devenir un facteur supplémentaire d’exclusion sociale.

La réunification familiale, une priorité de l’accompagnement social

Considérant la famille comme le premier milieu d’épanouissement de l’enfant, l’éducateur social doit orienter ses interventions vers la restauration des liens familiaux, chaque fois que cela est possible et conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Aucune structure d’hébergement ne peut remplacer pleinement le cadre familial lorsque celui-ci est protecteur et favorable au développement de l’enfant. C’est au sein de sa famille que l’enfant acquiert notamment sa langue, ses repères, ses traditions et son identité culturelle. La culture constitue, à cet égard, un socle important de son développement.

Sur le plan affectif, la vie en institution ne reproduit pas entièrement les relations et les interactions propres à la vie familiale. Les centres d’hébergement fonctionnent généralement selon des règles et une organisation collectives, tandis que la famille offre un cadre relationnel particulier, dans lequel l’enfant peut développer ses liens affectifs et ses repères personnels.

Toutefois, la réunification familiale ne doit pas être systématique. Elle doit être préparée et évaluée au cas par cas afin de garantir la sécurité de l’enfant et d’éviter son retour dans un environnement où il risque de subir de nouvelles violences, des accusations ou des discriminations.

Le rôle du soutien psychologique et de la sensibilisation

Lorsqu’un enfant accueilli dans un centre d’hébergement présente des difficultés de santé mentale, l’accompagnement peut nécessiter l’intervention d’un psychologue clinicien et d’autres professionnels compétents. Ce soutien contribue à améliorer son bien-être et à préparer, lorsque les conditions sont réunies, la médiation et la réunification familiale.

Un travail de sensibilisation doit également être mené auprès des parents et de l’environnement immédiat de l’enfant. Il s’agit notamment de mieux faire connaître les manifestations de certaines maladies, de lutter contre les interprétations stigmatisantes et de promouvoir une prise en charge fondée sur les connaissances médicales et psychologiques.

L’objectif est de favoriser un changement de regard sur les enfants vulnérables et de rappeler qu’aucun trouble de santé ne saurait justifier leur rejet, leur maltraitance ou leur exclusion du cercle familial.

Le CEPEF, un acteur de la protection de l’enfant et de la famille

Le Cercle d’études pour la protection de l’enfant et de la famille (CEPEF) est une organisation non gouvernementale initiée par des chercheurs et des experts en travail social. Elle œuvre à la promotion des droits de l’enfant, à la protection de la famille ainsi qu’à la réinsertion socio-économique des enfants et des jeunes vivant dans la rue.

Pour renforcer les compétences des institutions chargées de la prise en charge des enfants et des familles, le CEPEF fait appel à des professeurs d’université, à des experts et à des chercheurs spécialisés, notamment dans le domaine de la psychologie. Parmi les personnes citées figurent la sœur professeure Jacky Bukaka, PhD, le Dr Abraham Mifundu, l’abbé José Mpundu et Mme Etiennette Mukwanga.

À travers des formations en cours d’emploi et des échanges d’expériences, l’organisation entend améliorer les pratiques professionnelles, particulièrement en matière de santé mentale, de protection de l’enfance et d’accompagnement des familles.

Le CEPEF se veut également à l’écoute des enfants, des jeunes, des familles, des acteurs sociaux et des pouvoirs publics afin d’adapter ses stratégies aux réalités du terrain. Son intervention commence par un diagnostic institutionnel destiné à identifier les besoins réels et à améliorer la qualité de la prise en charge des enfants et des familles.

Zagor Mukoko-Sanda