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Elbas Manuana Ndosi, la dernière entrée en scène d’un monument du théâtre
Le rideau est tombé. Le théâtre congolais perd l’un de ses plus illustres visages. Elbas Manuana Ndosi, gourou de la dramaturgie et figure emblématique de la scène culturelle nationale, s’est éteint ce mardi 3 février à l’hôpital de Ngiri-Ngiri, à Kinshasa, à l’issue d’une longue maladie. Avec lui disparaît bien plus qu’un comédien : une voix singulière, une présence magnétique, une mémoire vivante du théâtre et du cinéma congolais.

Un artiste qui incarnait une époque
Certaines figures ne se contentent pas de jouer des rôles, elles incarnent une époque. Elbas Manuana était de celles-là. Connu du grand public pour ses apparitions marquantes à la télévision, notamment dans la série culte C’est drôle, l’artiste dépassait largement le cadre de l’écran. Son véritable royaume restait la scène, cet espace sacré où le silence du public devient langage. Chez lui, le jeu n’était pas appris : il était habité, presque instinctif. Une présence rare qui s’impose sans effort et force le respect dès l’entrée en scène.
Un maître plus qu’un professeur
À l’Institut National des Arts (INA), Elbas Manuana n’était pas simplement enseignant : il était passeur. Passeur d’expérience, de rigueur et d’âme. Il transmettait une vision du théâtre comme art utile, vivant et profondément humain. Assister à ses cours revenait moins à écouter une leçon qu’à vivre une démonstration de vérité scénique, où la théorie rencontrait la chair du métier. Il posait sans cesse cette question essentielle : à quoi sert l’art s’il ne parle pas à la société ?
L’homme derrière l’artiste

La grandeur d’Elbas Manuana ne se mesurait pas seulement à son talent, mais aussi à sa disponibilité. Toujours accessible, prêt à conseiller, orienter et encourager, il croyait au dialogue entre générations. Là où d’autres gardent leurs secrets, lui ouvrait des portes. En 2003–2004, fidèle à cette philosophie, il associa plusieurs de ses étudiants à des productions professionnelles, notamment la série Les Makoza, ça se passe comme ça, produite par Maxime Agency. Un engagement concret, loin des discours : il ne promettait pas l’avenir, il le construisait.
Une absence qui interroge
Aujourd’hui, sa disparition laisse un vide immense. Un vide d’autant plus perceptible que le secteur culturel congolais, déjà fragile, perd l’une de ses rares figures tutélaires. Qui formera avec la même exigence ? Qui guidera avec la même humilité ? Qui portera cette flamme discrète mais tenace ?
Un héritage vivant

Les artistes comme Elbas Manuana ne meurent jamais vraiment. Ils survivent dans les gestes de leurs élèves, dans les planches qu’ils ont foulées, dans chaque comédien qui entre en scène avec courage. Son héritage se lit dans les œuvres, les carrières qu’il a lancées et cette éthique du travail bien fait qu’il a gravée chez ceux qui l’ont côtoyé.
Le théâtre congolais perd un maître, mais la légende demeure et la scène lui dit merci.
Barca Horly Fibilulu Mpia