Connect with us

Santé

Ebola : Muyembe repart de l’Ituri avec un message d’espoir

Le professeur Jean-Jacques Muyembe a quitté l’Ituri ce 15 septembre avec deux sentiments : l’espoir d’une épidémie désormais mieux maîtrisée dans la province et la nécessité de ne surtout pas baisser la garde.

Pendant plusieurs jours, le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale a parcouru des structures de la riposte, rencontré des acteurs engagés dans la lutte contre Ebola et échangé avec différents responsables.

À son arrivée, les informations disponibles à Kinshasa ne reflétaient pas toujours, selon lui, la réalité du terrain.

Sur place, il dit avoir constaté une amélioration importante. À Lita, notamment, il a observé une meilleure coordination entre les partenaires mobilisés autour de la riposte. Pour le scientifique, cette capacité à travailler ensemble constitue l’un des changements importants de la période actuelle.

Autre constat : les scènes de violence communautaire qui avaient accompagné certaines phases de la riposte semblent avoir diminué. Muyembe dit ne pas avoir vu de centres incendiés, de fortes résistances ni les scènes de panique qui caractérisent parfois les grandes flambées d’Ebola. Il reste prudent. « Cela ne veut pas dire que tout va bien », prévient-il.

Mais les indicateurs observés en Ituri lui permettent de parler d’une régression manifeste de l’épidémie.

La situation demeure cependant différente au Nord-Kivu. Muyembe décrit une épidémie « en deux vitesses », avec une situation plus favorable en Ituri et des efforts encore importants à fournir au Nord-Kivu.

Le vaccin attendu

L’autre annonce importante concerne la vaccination.

Après le lancement à Tshopo, la RDC dispose désormais d’un nombre de doses jugé suffisant pour envisager le début de la vaccination en Ituri. Le personnel de première ligne et les personnes ayant été en contact avec les malades seront prioritaires. Une stratégie plus large pourrait être envisagée si le suivi des contacts n’est pas suffisamment efficace.

Cette vaccination vient compléter les autres outils de la riposte.

Les écoles, autre front de la prévention

Muyembe a également insisté sur la prévention dans les écoles.

Pour lui, leur maintien ouvert est possible, mais il faut y renforcer l’hygiène, notamment l’accès à l’eau et le lavage des mains. Les parents doivent également rester associés au dispositif afin que tout cas suspect dans un ménage puisse être rapidement signalé.

La lutte contre Ebola dépasse donc largement les centres de traitement.

Une faiblesse à corriger

La mission du professeur Muyembe n’a toutefois pas été uniquement porteuse de bonnes nouvelles.

Il a pointé les faiblesses de la prévention et du contrôle des infections dans les structures sanitaires. Malgré les équipements de protection distribués, plusieurs médecins et infirmiers ont été infectés après avoir été en contact avec des malades. Pour lui, cette situation ne doit plus se reproduire.

La prévention et le contrôle des infections doivent donc être renforcés, car la protection du personnel soignant reste une condition essentielle de la réussite de la riposte.

Tirer les leçons

Au-delà de l’épidémie actuelle, Muyembe veut déjà préparer la prochaine.

Le retard enregistré entre les premiers signes de circulation du virus et la réaction officielle constitue, selon lui, une leçon majeure.

La RDC doit renforcer son système de surveillance afin de détecter rapidement les nouveaux virus.

L’Ituri dispose désormais d’un laboratoire important. Il faut, estime-t-il, que les différents acteurs travaillent ensemble pour exploiter cet outil et éviter qu’un virus puisse circuler durant plusieurs mois sans être détecté.

Car Ebola ne disparaîtra pas définitivement.

Le virus continue de circuler et d’autres flambées pourront survenir.

La vraie victoire ne sera donc pas seulement de mettre fin à l’épidémie actuelle. Elle consistera aussi à faire en sorte que la prochaine soit détectée beaucoup plus tôt.

Pour l’instant, Muyembe regarde l’Ituri avec davantage d’optimisme.

La population, dit-il, a changé de comportement. La résistance a progressivement laissé place à l’adhésion aux mesures sanitaires.

Et c’est sur cette confiance retrouvée qu’il fonde son message d’espoir.

L’épidémie n’est pas terminée. Mais, en Ituri, la riposte semble avoir repris le dessus.

Le professeur Muyembe espère désormais pouvoir célébrer la nouvelle année avec Ebola derrière lui.

Pour une province qui a vécu des mois sous la menace du virus, ce serait enfin le signe que le pire est passé.

Verite Johnson